TROL'BLES SENSORIELS DE LA MAME
trière et pendant tout ce temps elle ne ressentit aucun inconvénient de ce genre de vie.
Si les maniaques sont insensibles au froid, ils le sont souvent aussi à la chaleur; ils se brûlent sans exprimer le moindre malaise. Quant aux coups, ils n'ont pas Tair de les sentir. Cette insensibilité presque absolue peut expliquer l'abus de la violence que l'on constate souvent chez eux. Un homme d'une vigueur moyenne briserait peut-être cette table d'un coup de poing s'il n'était retenu par la crainte de la douleur: les maniaques ne sont pas arrêtés par des considérations de ce genre ; c'est là peut-être le secret de leur force.
Un fait non moins remarquable, c'est leur répulsion pour toute espèce de vêtements ; ils déchirent constam- . ment leurs habits et l'on voit plusieurs d'entre eux se promener dans un état de nudité complète. Il s'agit peut-être d'un malaise vague accompagné, chez certains d'entre eux, d'un certain degré d'hyperesthésie cutanée.
A côté de Tanesthésie nous trouvons en effet l'hyperesthésie. Chez certains maniaques, on constate une acuité extrême de la vue et de l'ouïe; la lumière et le bruit sont pour eux des causes d'excitation manifestes, et voilà pourquoi l'obscurité et le silence sont au nombre des moyens thérapeutiques qui leur réussissent le mieux.
Il faut joindre à ces symptômes les névralgies très intenses qu'il n'est pas rare d'observer chez ces malades.
Enfin, il est des troubles divers qui offrent un caractère tout particulier et doivent se lier à des perturbations cérébrales.
Beaucoup de maniaques sont sujets à de la diplopie; certains d'entre eux présentent un phénomène plus typique et moins fréquent, c'est la perte du sens des dimensions des objets, qui leur paraissent tantôt plus grands,
tantôt plus petits que nature. Chez d'autres, c'est une sorte d'erreur d'appréciation. Souvent, au cours d'un accès de manie, le malade prend une fenêtre pour une porte; voilà pourquoi tant de fous furieux se jettent par la croisée, croyant sortir de leur appartement par le chemin le plus ordinaire.
Il existe un autre phénomène encore plus singulier que l'on rencontre quelquefois chez les maniaques : c'est le trouble visuel qui consiste à voir les objets renversés; on dirait que l'opération cérébrale qui consiste à redresser les images qui vont se peindre sur la rétine, est suspendue chez ces malades. C'est là un phénomène étrange dont je ne chercherai pas à vous donner l'explication.
A côté de ces troubles de la sensibilité, il existe une surexcitation extraordinaire de la motilité; je ne parle pas ici de ce besoin de mouvement qui peut passer pour un symptôme d'irritation cérébrale; mais il est incontestable qu'il y a chez eux une exagération manifeste de la force musculaire. On les enveloppe d'une camisole de force, ils la déchirent sur-le-champ, et l'on a vu des aliénés de cette espèce se rompre les muscles ou plutôt s'arracherdes insertions musculaires, dans la violence de leurs efforts. Il semble exister surtout chez eux une absence totale du sentiment de la fatigue. On voit des femmes délicates hurler, s'agiter pendant des mois entiers, sans prendre un instant de repos.
Cependant il faut bien dire que l'excès de force que l'on attribue aux maniaques n'est pas toujours aussi considérable qu'on l'a prétendu.
Esquirol, en France ; Ludwig Meyer, Griesinger et plusieurs autres auteurs en Allemagne, ont montré combien il était facile de se faire illusion à cet égard. Les malades