‹ Lecons sur les maladies mentales (volume 2)Chapitre 63 sur 201 · SYMPTOMES PHYSIQUES DE LA MANIE · texte numérisé non relu

SYMPTOMES PHYSIQUES DE LA MANIE

développent toute la force qu'ils ont; ils se croient capables de tout briser et se jettent tôte baissée contre les obstacles sans aucune hésitation. Mais plusieurs d'entre eux présentent un affaiblissement musculaire réel.

Les maniaques ont souvent la voix rauque dès le début de leur affection; il ne s'agit pas là des effets de la fatigue, mais plutôt d'un trouble de l'innervation du larynx.

Parmi les phénomènes du même genre, il faut noter l'insomnie, signe évident de l'excitation crérébrale. On voit des sujets qui, pendant de longues périodes, ne paraissent pas avoir dormi une minute et qui cependant continuent leurs exercices sans désemparer un seul instant.

Terminons cette description par l'énumcration de quelques autres signes physiques qui caractérisent encore la manie. Au début de l'accès, le pouls est précipité, la figure devient vultueuse; plus tard, le pouls redevient calme et la ligure rentre dans les conditions normales. La respiration est de môme plus fréquente pendant l'accès.

Mais ce sont surtout les troubles de la calorification qui sont faits pour nous surprendre. Ces malades, dont l'état extérieur se rapproche de la fièvre la plus intense, présentent une température normale et môme cette température aurait une certaine tendance à descendre un peu au-dessous du chiffre physiologique. D'après Ludwig Meyer, l'abaissement serait d'un demi-degré. Quelquefois, dans l'excitation maniaque, on trouve au contraire une légère élévation de température; d'après Westplial, cette élévation pourrait être de 1 degré; presque toujours alors, il s'agitd'undébut de paralysie générale. Gomme vous le voyez, c'est là un élément de diagnostic très précieux. 11 nous paraît difficile de poursuivre ces expériences d'une façon continue, et

chez un assez grand nombre de sujets l'agitation des malades s'y oppose.

Les sécrétions sont altérées; elle offrent en général une abondance et une fétidité remarquables. Les sueurs exhalent cette odeur de souris qui a été donnée comme la caractéristique générale de l'aliénation mentale, et qui n'est pas le résultat de la malpropreté, car elle existe même chez ceux qui reçoivent les soins les plus attentifs.

Au reste, les maniaques ont l'habitude de satisfaire immédiatement et sans aucun scrupule leurs besoins naturels, même pendant qu'on les interroge. C'est là un trouble moral, car d'une manière habituelle ils ne présentent aucune paralysie des sphincters ; les matières ne s'écoulent pas contre leur volonté.

La salive est très abondante et en même temps fétide ; chez certains malades, la sialorrhée marque le début des accès .

Presque toujours, l'haleine est infecte, ce qui s'explique à la fois par les troubles digestifs, par l'état de la bouche et par celui des sécrétions.

Chez les femmes, on voit souvent la menstruation se supprimer ; souvent aussi la santé revient volontiers quand le flux menstruel se rétablit.

Les digestions des maniaques sont rapides, et même ils ont un appétit vorace qui les fait se précipiter sur les aliments et les engloutir à la manière des animaux.

Ils sont en général constipés ; certains d'entre eux présentent de la dyspepsie et même refusent les aliments ; cette répulsion peut aller jusqu'à la sitophobie, et l'on ne sait s'il faut attribuer cette horreur des aliments à l'anorexie, au goût désagréable qu'ils ont dans la bouche, à des hallucinations ou à des idées délirantes.

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En gonoral, au commencement, les maniaques prosenient les attributs extérieurs d'une merveilleuse santé : la face est animée, les yeux sont brillants, les couleurs sont vives; mais tous ces avantages vont dispnraître plus tard, et cette modification est annoncée par une diminution dans le poids du corps. Souvent, au début de la manie, on voit le poids augmenter; mais presque toujours, au bout d'un certain temps, l'amaigrissement se produit et devient rapide.

Dans d'autres formes de folie, on a signalé des phénomènes du même genre. Il faudrait pouvoir se livrer à des observations très prolongées pour obtenir sur ce point des résultats indiscutables.

Rappelons enfin l'état de la peau chez les maniaques : elle est flasque, sa coloration est brune, et son état de sécheresse contraste parfois avec avec les sueurs abondantes que l'on observe dans d'autres cas de folie.

Tels sont les caractères de la manie proprement dite; mais, quand on pénètre dans un quartier d'agités, on constate de la manière la plus frappante qu'il existe au moins deux grandes catégories de malades : les uns sont des maniaques tels queje viens de vous les décrire; d'autres, au contraire, présentent un tableau bien distinct ; ils sont atteints, non de manie proprement dite, mais d'excitation maniaque. C'est là un état bien distinct, et c'est à l'excitation maniaque que je me propose de consacrer ma prochaine leçon.

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