‹ Lecons sur les maladies mentales (volume 2)Chapitre 66 sur 201 · DU DÉLIRE AIGU · texte numérisé non relu

DU DÉLIRE AIGU

Sommaire. — Délire aigu , manie suraiguë. — Le délire aigu peut éclater clans le cours de diverses affocLions aiguës : pneumonie, fièvre typhoïde, typhus pétéchial, état puerpéral. — 11 peut être provoqué par le rhumatisme, la goutte, l'abus de l'alcool, de l'opium; par des maladies cérébrales ou spinales. — Délire nerveux des opérés.

Le délire aigu peut éclater en dehors de toute autre maladie. — Ses causes. — Causes prédisposantes. — Causes physiques. — Causes morales.

Symptômes. — Période d'invasion. — Insomnie. — Perte d'appétit. — Amaigrissement.

Période d'état. —Agitation des plus intenses. — Hallucinations presque toujours terrifiantes.

Troubles de la motilité. — Embarras de la parole. — Exagération des réflexes. — Paralysie des mouvements. — Sitophobie. — Hydrophobio.

Période de dépression. — Somnolence. — Mussitalion. — Fuiigiiiosilés. — Pétéchies. — Extases. — Phénomènes congeslils. — Altération de la physionomie.

Terminaisons. - Mort ouguérison. — Dans ce dernier cas, récidives fréquentes. — Lésions anatomiques. — Pronostic et traitement.

Messieurs,

C'est h la description de la manie et de Texcitation maniaque que nous avons consacré les leçons précédentes, et nous sommes amené, pour comploter la série, à nous occuper d'une question qui présente avec celles que nous avons étudiées les rapports les plus intimes; nous voulons parler du délire aigu (1).

(I) Dans rétat actuel do nos connaissances, le délire aigu doit être

Messieurs, il existe un état des plus violents, un étal qui s'accompagne d'un appareil symptomatique des plus graves, et qui présente avec la manie des analogies tellement manifestes, qu'il a été considéré par M. Baillarger comme une manie suraiguë. C'est qu'en effet les troubles intellectuels constituent sinon la totalité, du moins la partie la plus apparente de cet ensemble morbide ; et cependant il n'est pas douteux que bien souvent il échappe au cadre trop étroit des psychoses pour traverser la frontière de l'aliénation mentale et rentrer dans le domaine de la pathologie ordinaire. C'est là, certainement, une des principales difficultés de la question ; c'est assurément Tune des conditions qui ont le plus contribué à l'obscurcir.

On a vu des malades entrer à Thôpital avec tous les caractères d'une manie des plus prononcées et des plus furieuses, à tel point qu'on songeait à les transférer dans un asile d'aliénés, lorsque bientôt un examen plus a tentif a fait découvrir une pneumonie. Grisolle cite des faits de ce genre dans son T7^aité de la 'pneumonie ; vous en trouverez également dans deux thèses sur le délire aigu dans cette affection, soutenues par MM. Judée et Moreau.

Il est intéressant de citer la pneumonie, parce qu'elle passe, à tort peut-être, pour le type le plus franc d'une affection organique. Il est curieux de voir une lésion aussi grossièrement matérielle donner lieu à un complexus symptomatique qui rentre, par certains côtés, dans le cadre de l'aliénation mentale.

considéré comme une véritable maladie, comportant des lésions anatomiques bien définies. La place de cet article serait donc ailleurs, car il ne s'agit plus ici d'un état général, tel que la manie et la mélancolie; mais c'est pour nous conformer à l'usage généralement reçu que nous plaçons la description du délire aigu à la suite de la manie et de l'excitation maniaque.

DU DÉLIIU: AlOr SYMI'TOMATIOÏ'K. 30o

Mais il n'en est pas seulement ainsi clans la pneumonie; on voit des phénomènes de ce genre se produire dans la fièvre typhoïde. Vous savez que le délire de la fièvre typhoïde ressemble parfois h la manie aiguë de la façon la plus complète. C'est en pareil cas que Ton a si souvent commis des erreurs de diagnostic et que l'on a fait transporter dans des asiles des malades h l'autopsie desquels on trouvait bientôt les altérations habituelles des plaques de Peyer.

Ce qui existe pour la fièvre typhoïde s'est montré également pour une maladie presque inconnue dans notre pays, mais fréquente en Angleterre, ainsi que dans le nord de l'Europe et de l'Amérique; je veux parler du typhus pétéchial, qui offre des analogies si nombreuses avec la dothiénentérie.

Il est d'autres affections d'un caractère tout différent qui peuvent donner lieu à la manifestation du délire aigu. On voit se développer dans l'état puerpéral, surtout chez les femmes dont l'accouchement a été laborieux et pénible, une manie suraiguë, qui ne diffère en rien de celle que nous avons observée chez les aliénés.

L'alcool, les diverses substances capables de provoquer des folies toxiques, le rhumatisme, la goutte peuvent conduire à des manifestations du même genre. Dans l'extrême Orient, c'est l'opium qui joue le rôle de l'alcool, et vous savez combien sont fréquents les accidents cérébraux causés par les abus de cette substance.

Enfin il n'est pas douteux que des maladies cérébrales, telles que la méningite et l'encéphalite, ou des maladies spinales, peuvent donner naissance h tous les symptômes du délire aigu ; et c'est incontestablement à cet ensemble de faits, qu'ils avaient bien observés, sans pouvoir les in-

terpréter, que les anciens avaient donné le nom de phrenitis ou de phréîîésie.

De ces phénomènes, on peut encore rapprocher le délire nerveux des opérés, cette forme de délire particulier que vous connaissez tous, qui survient après de grands traumatismes et que Dupuytren attribuait à une intoxication particulière. Nous savons aujourd'hui que ce délire nerveux traumatique ne se développe que chez des sujets prédisposés, surtout chez des alcooliques.

Après avoir fait largement la part de ces délires symptomatiques ou sympathiques, nous restons encore en présence d'un résidu considérable. Il est un fait d'une vérité incontestable, c'est que, en dehors de toute autre maladie, le délire aigu peut éclater, soit chez des aliénés, soit chez des sujets qui jusqu'alors avaient joui d'une santé parfaite. C'est à l'étude des faits de ce genre que je désire consacrer cette leçon, me réservant d'étudier plus tard la question avec tous les développements qu'elle comporte.

Il est un premier point qui me paraît offrir une importance exceptionnelle. C'est une notion qui domine l'ensemble du problème et sans laquelle il est impossible d'arriver à une connaissance vraiment systématique du sujet; cette notion, la voici : le délire aigu n'éclate jamais ou presque jamais que chez les individus prédisposés.

D'abord, en ce qui concerne les aliénés eux-mêmes, ce délire se manifeste surtout chez les maniaques et chez les mélancoliques, et principalement chez ces derniers; on l'observe fréquemment aussi dans les cas de manie aiguë et de folie circulaire ; mais il est plus intéressant de l'étudier chez les individus qui n'ont encore présenté aucun signe d'aliénation mentale.

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