VINGT ET UNIÈME LEÇON
DU TI\AITI:MENT de L\ FOLIM ils Gf'NÉUAL. CLASSIFICATION DES MALADIl':S MENTALI^S.
SoMMAiRK. — Considérations générales sur le traitement de la folie. — Curabilité des maladies mentales. — Période prodromiquc ou initiale.
— Période d'état. — Autophilie. — Nécessité presque absolue de l'iâolement. — Convalescence : périodes terminales. — L'isolement devient alors moins nécessaire*. — Traitement moral. — Traitement physique. — Ti'aitement hygiénique. — Exercice. — Travail agricole. — Arts mécaniques. — Travail intellectuel, — Divertissements, spectacles. — Régime analeptique. — Traitement médical. — Sédatifs. — Bains. — Obscurité, lumière colorée. — Révulsifs. — Traitement pharmaceutique. — Purgatifs. — Saignée. — Opium. — Morphine. — Chloral. — Tartre stibié. — Bromures alcalins. — Alcool. — Bcllar done. — Digitale. — Toniques. — Quinquina. — Arsenic. — Ferrugineux. — Sulfate de quinine. — Stimulants diffusibles. — Ilaschicli.
— Emménagogues. — Contrainte. — Divers moyens de la pratiquer. Classification des maladies mentales. — Difficultés qu'elle présente. —
Absence fréquente de lésions analomiques. — Intervention fâcheuse do la psychologie. — Innombrables variétés de l'aliénation mentale. — Classification de Morel basée sur l'étiologie. — Classification de l'auteur. — Premier groupe naturel : vésanies. — Deuxième groupe : folies névropathiques. — Troisième groupe : folios dialhésiques. — Quatrième groupe : folies sym|)alliiques. — Cinquième groupe : folies toxiqui's.
— Sixième groupe: folies avec lésions matérielles. — Septième groupe : malformations congénitales : idiotie et crétinismc.
Messieuus,
Rosumer clans un tableau d'ensemble les considérations générales qui s'appliquent au traitement de la folie est un effort difficile, et je ne puis le tenter qu'à la condition d'invoquer toute votre induli^encc. Vous le savez en effet, clia(|uo
forme de la maladie, chaque malade pris individuellement réclame des soins particuliers, et c'est surtout ici, c'est surtout dans le traitement de l'aliénation mentale que la règle de Tindividualisme s'applique dans toute sa rigueur.
Il n'en existe pas moins des principes généraux, qu'on peut formuler en s'appuyant sur l'ensemble des notions particulières, à la condition de s'élever à une hauteur suffisante pour envisager les règles du traitement, dans chaque cas particulier, comme des conséquences qui découlent naturellement de quelques grands principes. Leur nombre est assez limité pour qu'il nous soit possible de les renfermer dans les bornes étroites d'une seule leçon.
Il est tout d'abord un premier point sur lequel je ne saurais assez insister : c'est que la folie est une maladie essentiellement curable. C'est une erreur, c'est un préjugé profondément enraciné dans l'esprit des gens du monde, que l'aliénation mentale ne guérit jamais. Le médecin doit savoir au contraire que, parmi les aliénés confiés à ses soins, il en est plusieurs qui peuvent espérer un rétablissement complet. Cette conviction doit régner avant tout dans sa conscience; car la perte de l'espoir mène à l'indifférence en thérapeutique, qui favorise trop la paresse d'esprit, si naturelle à plusieurs d'entre nous, pour n'être point acceptée avec enthousiasme.
La folie est donc essentiellement curable; il en est surtout ainsi pendant la période prodromique ou initiale, et, malheureusement, il est rare que le malade soit mis en contact, à ce moment critique, avec un aliéniste de profession. Souvent, il poursuit le cours de ses occupations habituelles sans être inquiété, et lorsque enfin son état mental attire l'attention, ce sont des praticiens ordinaires, des chirurgiens, des accoucheurs, qui les premiers sont appe-
l'ÉRiODE iNiTiALt:, l'ÉRiODi: d'état, 439
les auprès de lui. Voilà pourquoi des notions élémentaires en médecine mentale sont indispensables h tout homme qui veut exercer l'art de guérir. 11 importe, en effet, dans les cas élémentaires, de formuler un diagnostic précis et rigoureux. 11 faut surtout se garder de partager les illusions de la famille, qui répugne presque toujours à reconnaître Tcxistence d'une maladie mentale chez l'un de ses membres, et qui, chose étrange, parvient souvent à faire partager ses erreurs à des médecins môme assez instruits.
A cette période initiale, le repos de l'esprit, l'exercice physique, le changement de lieu, les voyages peuvent souvent rendre les plus grands services, surtout quand on les associe à un régime tonique et h des moyens pharmaceutiques choisis avec discernement.
Mais le délire éclate, les phénomènes aigus de la maladie se manifestent. C'est alors qu'il faut reconnaître l'absolue nécessité de la séquestration et de l'isolement. Cette mesure, qui ré[)ugne presque toujours aux familles, est commandée par une impérieuse nécessité. Rien n'est plus facile que d'en indiquer les motifs. Et d'abord, il faut éloigner le malade du milieu qui l'environne et qui, bien souvent, entretient et surexcite ses troubles intellectuels. L'une des premières conséquences de l'aliénation mentale, c'est l'autophilie ; c'est cet état psychologique dans lequel le malade devient le centre de ses propres pensées. Uien ne se passe dans le vaste univers qui ne se rapporte directement à lui. Rien ne se produit dans le cercle qui l'euNironne qui ne soit immédiatement interprété en fa\eur de son délire. S'il regarde les personnes qui l'entourent, il lui semble que tous les yeux sont braqués sur lui. S'il écoute une conversation, s'il ouvre un journal, il croit à chaque instant y saisir des allusions h ses idées. Enlin, les liai-
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lucinations se mettant de la partie, il finit par étendre son délire sur tout ce qui l'environne et par se considérer comme le point de mire de tous les événements qui se passent dans sa sphère. Cette exaltation morbide du sentiment individuel s'exagère et s'exaspère dans le cercle étroit de la vie do famille. Là, le malade exerce une influence tyrannique sur tout son entourage ; ses moindres caprices deviennent des événements, et il finit par détester ceux qui, courbés devant lui, ne craignent rien autant que de contrarier la moindre de ses volontés.
Transporté dans un asile, il tombe de cette hauteur artificielle 011 il s'était élevé. Il n'est plus qu'une fraction d'une vaste communauté, un six-centième d'un établissement qui contient six cents malades, et, ce qui accuse le plus manifestement à ses yeux la diminution de son importance, c'est l'obligation de suivre la règle de la maison, qui ne se prête plus à ses exigences tyranniques.
Aussi, dans beaucoup de cas, voit-on naître chez le malade ce calme imposé par la discipline et qui est le plus puissant sédatif des esprits agités, inquiets, difficiles à vivre; on le voit bien au collège et dans les rangs de l'armée, 011 les plus turbulents s'humanisent. Il est bien entendu que, pendant ces premiers temps, il faut absolument interdire les visites des amis et de la famille, qui renouvelleraient les mêmes crises, en apportant au malade les mêmes causes d'excitation. Il faut Téloigner des personnes qui lui sont antipathiques et de celles qui, par des complaisances exagérées, quelquefois même par une particij)ation directe, ont excité, soutenu et fortifié son délire. Et d'ailleurs, contrairement à un préjugé vulgaire, le contact des fous dans un asile est bien fait pour ramener le malade au sentiment de la réalité. Il se produit là un phénomène de
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réaction dont un alionistc sait iiien souvent profiter dans l'intérêt du malade. Quant h la contagion de la folie, ce n'est pas dans un tel milieu qu'elle s'exerce. Son influence ne se manifeste que dans les limites étroites de l'inlimité, et c'est là précisément une des raisons pour lesquelles il peut être utile de soustraire le malade à son entourage.
Enfin, et c'est là un argument péremptoirc, l'isolement est une garantie pour l'aliéné lui-même. On le protège contre ses propres écarts; on lui impose des règles d'hygiène, on lui inflige un traitement qu'il aurait certainement repoussé s'il était resté chez lui. En outre, dans les cas de sitophobie, on l'oblige à prendre quelque nourriture, et c'est bien certainement l'un des meilleurs arguuients qu'on peut faire briller aux yeux d'une famille récalcitrante. Que ferez-vous, lui dit-on, si le malade refuse obstinément de manger? Il y a là, pour ainsi dire, une réduction à l'absurde qui friomphe souvent des plus mauvaises volontés.
S'il est impossible de faire entrer le malade dans un établissement spécial, il faut absolument créer une maison de santé antour de lui; il faut l'isoler de ses proches, le loger dans un appartement réservé et lui donner des domestiques qui ne soient que des gardiens déguisés. C'est un moyen de traitement beaucoup plus dispendieux et difficile, mais que certaines familles parviennent à réaliser.
Telles sont les conditions qui conviennent aux malades pendant la période active de leur phrénopalhie; mais plus tard il n'en esi pas ainsi. Ohî^hI survient la convalescence, il est souvent de la i)lus haute utilité de mettre en liberté le malade et do lui rendre le contact de gens sains d'esprit, qui achèvent de consolider la guérison. Par contre, rien n'est plus dangereux que les sorties préma-
tiirées, qui peuvent avoir les conséquences les plus regrettables. Gomment saisir le point précis où il convient d'agir? C'est surtout en pratiquant l'expérience qu'on y parviendra; Jes sorties provisoires permettent de juger le malade et de prévoir, dans une certaine mesure, s'il fera un bon usage de sa liberté quand elle lui sera définitivement rendue.
Mais il faut envisager, en aliénation mentale, un genre de terminaison tout opposé. Le malade peut verser dans la démence; il perd alors l'activité des phénomènes qui ont marqué les périodes antérieures de son délire, il devient un corps inerte et n'est plus dans la famille qu'un membre inutile et gênant. C'est surtout alors que les parents veulent le placer. C'est surtout alors que la chose est inutile et nuisible. En effet, le malade incurable, s'il possède des moyens d'existence, peut vivre infiniment plus heureux en liberté que dans l'intérieur d'un asile, car il apprécie parfaitement le droit d'aller et venir, sans être soumis à des règles inflexibles et à une surveillance perpétuelle. Pourquoi donc les familles, jusque-là récalcitrantes, choisissent-elles de préférence ce moment pour le faire interner dans un asile? Parce que la provision de bons sentiments qu'elles avaient au début s'est bientôt épuisée. A l'intérêt succède l'indifférence, et bientôt l'aversion et le dégoût. On place le malade, mais c'est pour s'en débarrasser.
Ainsi donc, au point de vue de l'isolement, on peut distinguer trois grandes périodes dans la marche de Taliénation mentale :
1° Une période initiale, oii l'isolement est souvent utile ;
2° Une période d'état , oii la séquestration est absolument nécessaire ;
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3o Enfin, une période terminale, oii, les conditions étant changées, il est préférable, dans bien des cas, de laisser le malade on liberté.
IraUcmcnt moral. — L'internement du malade est le premier et le principal élément du traitement moral, mais il est tout \m ensemble de moyens qui se rattachent à ce principe et qui méritent une place importante dans les soins à donner à l'aliéné.
Par traitement moral, Leuret entendait une sorte d'intimidation systématique. Le malade était tancé, menacé, réprimandé pour ses conceptions délirantes, et s'il persistait h les soutenir, il était puni par des moyens de rigueur, dont la douche formait la base principale. Il est incontestable qu'il y avait là une exagération manifeste. Mais on ne saurait méconnaître la part de l'influence que certains hommes savent exercer par leur attitude sur la guérison des aliénés. Il ne faut point sans doute les contredire ouvertement, comme le faisait Leuret ; mais il est utile de causer avec eux, de solliciter leur confiance et de chercher à combattre leurs conceptions erronées. Impuissant dans la période active de la folie, le raisonnement peut rendre des services au cours de la convalescence, quand le malade hésitant commence à concevoir quelques doutes sur la justesse de ses idées, Il va sans dire que cette méthode ne doit être employée qu'avec la plus extrême réserve et la plus grande discrétion.
Traitement phymjue. — Nous arrivons maintenant au traitement physique, qui comprend trois ordres de moyens : hygiéniques, médicaux et pharmaceutiques.
Traitement Jiycjiénique. — L'exercice, le travail, soit l)hysique, soit intellectuel, est w\\ puissant moyen de sédation chez les fous. Le travail agricole a été surtout recommandé, et il n'est pas douteux ([u'unc vie active en [)lcin
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air est très utile, surtout pour les aliénés robustes et qui ont conservé une certaine vigueur physique.
On peut aussi exercer les malades aux arts mécaniques dont ils ont fait autrefois l'apprentissage. Ils arrivent ainsi dans une certaine mesure à contribuer à leur propre entrelien. Dans beaucoup d'établissements, les vêtements des malades sont confectionnes dans la maison, et le service intérieur est fait par eux en grande partie. Il ne faut point d'ailleurs exagérer le système, et si le travail des champs peut être utile aux malades, ce n'est point une raison pour organiser l'exploitation des aliénés par l'agriculture.
Reste la question du travail intellectuel. Dans une certaine mesure, nous le croyons utile et même nécessaire pour les esprits cultivés; les illettrés eux-mêmes peuvent en tirer un bon parti, et dans les établissements oii des écoles sont organisées pour les aliénés, plus d'un malade qui à son entrée ne savait ni lire ni écrire, est sorti guéri et pourvu d'une instruction élémentaire.
Les sujets d'étude qu'il est permis de choisir sont fort divers. Les langues, la littérature, la géographie, la peinture et la musique peuvent être cultivées par les aliénés. En Angleterre on les exerce souvent au calcul et l'on prétend obtenir de bons résultats de cette gymnastique. Il est évident qu'il s'agit ici surtout d'une question de mesure. Mais, si nous recommandons le repos pour les esprits fatigués, il ne faut point oublier que pour des cerveaux actifs l'inertie absolue devient bientôt une fatigue.
C'est dans le même ordre d'idées qu'on peut recommander les divertissements de toute espèce, les concerts, les représentations théâtrales, les promenades. Il est souvent utile d'accorder aux malades des sorties pendant lesquelles, sous une surveillance attentive, ils peuvent oublier la monotonie
T.tAriEMENl PHYSIQUE. ItÉGiMC. TUA mOMICNT .\IKf)IC\L. 44o
de l'asile. Nous connaissons une maison de santé en Angleterre où l'on autorisait autrefois certains aliénés à suivre à cheval la chasse au renard, mais on a reconnu des inconvénients à cette pratique, et il a fallu restreindre cet excès de liberté.
Régime. — Aux moyens que nous venons d'énumérer, il faut joindre un régime essentiellement analeptique. Les aliénés sont souvent doués d'un grand appétit. Ils ont besoin de nourriture, et cette nourriture doit être généreuse ; ils doivent manger de la viande, des aliments azotés et phosphores, mais on doit leur refuser les excitants, les condiments épicés et ne leur accorder le vin qu'en petite quantité, sauf les cas particuliers ; on sait en effet que la plupart des aliénés se grisent avec une facilité déplorable et que l'ivresse exerce sur leur état mental une influence des plus fâcheuses.
Traitement médical. — Nous comprenons sous ce titre les moyens destinés à exercer une action physique sur les malades et qui cependant ne rentrent point dans la catégorie des médicaments. On peut les diviser en trois grandes classes: les sédatifs, les révulsifs et les excitants.
Parmi les sédatifs, la première place appartient au bain prolongé. On peut avec avantage laisser séjourner les aliénés pendant plusieurs heures dans un bain dont on entrelient la température à un degré constant. Certains malades supportent des bains de plusieurs heures et môme de plusieurs jours. On peut combiner avec les bains lièdcs des affusions froides sur la tcte.
Parmi les autres moyens sédatifs, nous citerons surtout l'obscurité plus ou moins complète et la lumière colorée, (système PoUi) qui semble réellement dans certains cas exercer une bienfaisante influence.
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La médication révulsive se fait évidemment dans le même sens que la médication sédative, bien que les procédés soient différents ; elle a surtout pour but de décongestionner les centres nerveux en appelant h la surface un afflux sanguin. Nous citerons en première ligne, parmi les moyens de cet ordre, les bains sinapisés, dont on fait un grand usage en Angleterre, surtout dans les cas d'agitation et d'insomnie (1).
Les autres révulsifs le plus souvent employés sont les frictions sèches ou stimulantes, les vésicatoires et le selon. Ce dernier moyen est souvent employé avec un certain succès dans le traitement delà paralysie générale. J'ai vu, dans des cas de stupeur, réveiller la vitalité par la méthode de Baumscheidt qui consiste, on le sait, à faire une multitude de piqûres d'aiguille à la peau à l'aide d'un appareil spécial, puis à exciter le point choisi avec une huile irritante, qui amène une éruption très abondante.
Parmi les moyens stimulants, je citerai surtout l'hydrothérapie, dont l'usage est devenu presque général dans le traitement des maladies mentales, et l'électricité surtout sous la forme de courants galvaniques dirigés à travers l'encéphale.
Traitement pharmaceutique, — L'emploi dos moyens pharmaceutiques ne jouit point en général d*une grande faveur parmi lesaliéuistes deprofession. On comprend que, découragés par des insuccès répétés, ils préfèrent s'en tenir aux moyens hygiéniques et aux médications extérieures,
(i) Nous avons déjà p:irlé de ce moyen de truitcincnt (p. 274). Pour de plus amples détails, consulter rnrticle de Laurent, Annales médico-pitychologiques, t. IX, 18G7. C'est à M. le docteur Newinglon f(ue revient surtout l'honneur d'avoir introduit ce moyen dans la thérapeutique des maladies mentales,
ihAiiKMKiNT rnAiLMACKirinui;. 4^7
obéissant en cela à la tradition de Pinel. Et cependant il est incontestable que l'emploi des remèdes internes peut rendre chez les aliénés de très importants services. On comprend d'ailleurs que je ne puis ici me permettre qu'une énumération très rapide des moyens qu'il convient d'employer.
Commençons par les méthode les plus anciennes, qui sont en honneur depuis la plus haute antiquité.
L'utilité des purgatifs a été reconnue de tout temps. D'abord, les aliénés ont une tendance constitutionnelle à la constipation. Ensuite, la révulsion sur le tube intestinal est assurément au nombre des médications les plus utiles dans les cas d'aliénation mentale. Les anciens purgeaient les fous avec de l'ellébore ; nous avons recours à des purgatifs dont l'action est plus régulière : l'huile de ricin, additionnée de quelques gouttes d'huile de croton, les purgatifs salins et surtout les pilules à base d'aloès. Chez presque tous les aliénés, il est utile de commencer le traitement par des évacuations abondantes, et les purgations doivent être souvent répétées dans le cours du traitement.
Notons d'ailleurs que la sitophobie et d'autres délires analogues sont souvent entretenus par un état de gastricité qui se dissipe par l'emploi d'une médication appropriée.
Après les purgatifs vient la saignée, moyen dont on abusait autrefois, et qui, discrédité depuis la réforme de Pinel, est tombé dans un abandon peut-être exagéré. Gerics, il n'en faut user qu'avec la plus grande prudence; mais chez certains paralytiques généraux manifestement congestifs, chez les épileptiques et chez certains vésaniques, la saignée peut rendre de véritables services. Nous préférons de beaucoup à la phlébotomic les api)lications de sangsues soit à la tôte, soit h l'anus.
- Nous arrivons aux calmants, dont riniportancc ne sau-
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rait être méconnue, mais qui jouissent d'une faveur peutêtre excessive.
L'opium et les injections de morphine occupent une place très importante dans le traitement de la folie, surtout dans les formes caractérisées par l'agitation. Ces moyens peuvent également réussir dans certains cas de lypémanie où les allures du malade témoignent d'une excitation vive. On a peut-être exagéré Futilité de ces moyens, et l'on est arrivé à exercer sur les centres nerveux une pression absolument abusive. Ce n'est point un motif pour méconnaître les importants services que peut rendre cette médication, dont il faut seulement éviter les excès.
Le chloral, soit isolé, soit combiné aux injections hypodermiques de morphine, est un calmant de premier ordre et dont l'indication trouve surtout un emploi dans les cas oii l'insomnie joue un rôle prépondérant.
11 est un médicament dont l'influence dépressive a été souvent utilisée, surtout en Angleterre : c'est le tartre stibié, qui amène, comme on l'a dit avec raison, un état de quiétude d'autant plus remarquable qu'il avait été précédé par une vive agitation.
La combinaison du tartre stibié avec l'opium et les autres calmants donne souvent des résultats beaucoup plus accentués que l'usage isolé de ce médicament.
Les bromures alcalins ont conquis une position tellement importante dans le traitement des maladies nerveuses et mentales, qu'il serait absolument inutile d'en plaider la cause ; tout au plus doit-on protester contre l'abus qui s'en est fait quelquefois.
Les trois grandes indications de l'emploi des bromures en médecine mentale sont : V la mélancolie; 2° les troubles psychiques liés à Tépilepsie ; 3° les perturbations intellec-
TUAITEMEM rilAUMACEUTlQL'E. 449
tuclles qui se développent sur un fond hystérique. Dans ces trois conditions, les effets des bromures alcalins sont souvent merveilleux, et s'il ne faut pas toujours attendre un succès complet de ce mode de traitement, il faut du moins s'y adresser en première ligne et le continuer avec une longue persévérance.
Parmi les calmants, il faut encore ranger l'alcool, qui, suivant les circonstances, peut agir comme un sédatif ou comme un stimulant. C'est surtout chez les anciens alcooliques qu'il trouve son emploi, mais il peut être fort utile à dose modérée dans certains cas de dépression profonde de l'activité fonctionnelle des centres nerveux.
Citons enfin la belladone, qui est le plus souvent associée à l'opium ou à ses dérivés, et la digitale, qui peut rendre de grands services dans les cas où les fonctions circulatoires sont compromises, et en particulier dans la folie cardiaque.
Les toniques, il est à peine besoin de le dire, jouent un rôle des plus importants dans le traitement des maladies mentales. L'affaissement physique dont elles s'accompagnent si souvent, la perte des forces et de l'appétit, l'amaigrissement enfln. nous font un devoir de remonter les malades, et dans ce but on aura surtout recours an quinquina et à ses dérivés, à l'arsenic, à l'alcool, et, dans les cas d'anémie, aux préparations ferrugineuses. Le sulfate de quinine a quelquefois favorablement modifié le type de certains délires dont les accès étaient franchement périodiques.
Les stimulants diffusibles sont rarement employés. Le thé et le café sont habituellement proscrits; cependant il est des cas où ils ont pu rendre quelques services, surtout chez les malades qui, après avoir dépassé les premières périodes où l'excitation prédomine, sont tombés dans un état dedé-
ISO DU inAlTE.AJEN'T bE La FOLIÉ EN CÉ^ÉKaL.
pression monotone. Chez les hallucinés, on a quelquefois employé le haschich. Les résultats de cette médication se sont montrés jusqu'à présent trop irréguliers et trop infidèles pour qu'il soit permis de la recommander.
Enfin, chez les femmes dont la menstruation est dérangée, il est incontestable que les emménagogues ont souvent rendu les plus grands services, et qu'en faisant couler les règles, on a pu quelquefois mettre fin à un accès d'aliénation mentale.
Nous sommes loin d'avoir épuisé la liste des moyens pharmaceutiques que l'on peut opposer aux divers accidents de la folie. Nous avons eu surtout pour but de démontrer l'immense importance de cet ordre de moyens trop dédaignés par les anciens aliénistes, fidèles aux traditions de l'école de Pinel, et laissés quelquefois dans l'ombre par les modernes qui accordent volontiers la préférence aux grands moyens hygiéniques, à l'isolement, à l'exercice, au régime, aux traitements extérieurs. Sans méconnaître leur importance, nous croyons qu'on peut les combinera l'emploi des remèdes dont la médecine ordinaire fait un si grand usage et avec un succès si légitime.
Mais, pour administrer un médicament, il faut presque toujours le consentement du malade, et chez les aliénés ce consentement nous fait souvent défaut. On emploie alors une foule de subterfuges ingénieux; on les trompe en mélangeant les médicaments à leur nourriture, on invente mille stratagèmes, mais enfin il est des cas où il faut recourir à l'usage de la force.
Contrainte. — Nous touchons ici, par l'un de ses plus petits côtés, à une question de la plus haute importance, celle de la contrainte. Depuis longtemps ce sujet est à l'or-
CONinAINTH. 481
dre du jour, et nos voisins en Angleterre, exagérant peutêtre les réformes de Pinel, en sont arrivés presque à proscrire l'usage de la camisole et à laisser ouvertes les portes de leurs asiles, où les aliénés se trouvent en liberté. 11 faut pourtant se rendre compte du \érita])le état des choses et ne point accepter des mots pour des réalités. S'il est impossible d'abandonner certains aliénés h leurs impulsions désordonnées, il ne faut point croire que la contrainte exercée sur eux est moins odieuse parce qu'elle s'exerce par les bras des gardiens.
Chez les sujets décidés à se mutiler eux-mêmes, à commettre des tentatives de suicide qui réussissent parfois, chez ceux qui déchirent leurs vêtements et qui brisent tout ce qui est à leur portée, la contrainte est nécessaire, et ce n'est véritablement qu'une question accessoire de savoir si elle sera exercée au moyen d'une camisole ou par l'emploi direct de la force musculaire. Nous ne saurions point approuver non plus l'abus extrême qu'on a fait quelquefois des préparations narcotiques et en particulier des injections hypodermiques de morphine. On supprime ainsi la nécessité de la contrainte, mais c'est en abrutissant les malades ou pour mieux dire en les empoisonnant. Est-ce à leur avantage? Nous ne le croyons pas. Mais, ce qui nous paraît incontestable, c'est qu'on commet une erreur profonde en considérant les partisans de la contrainte, réduite à de justes proportions, comme des hommes peu libéraux et des adversaires du progrès. II serait plus juste de les regarder comme des esprits positifs qui, sans se payer de mots, veulent toucher le fond des choses et connaître la réalité en tout.
Nous avons formulé les principes généraux qui doivent présider au traitement des aliénés ; les détails que comporte