‹ Lecons sur les maladies mentales (volume 2)Chapitre 95 sur 201 · S4 CLASSIFICATION DES MALADIES MENTALES · texte numérisé non relu

S4 CLASSIFICATION DES MALADIES MENTALES

sées par leurs causes, telles que la folie puerpérale, ou de ces formes psychologiques, telles que la manie, la mélancolie, la démence, qui ont longtemps passé pour des affections définies, au lieu d'être considérées comme des états généraux de l'esprit, qui peuvent correspondre aux mécanismes pathologiques les plus divers et les plus opposés.

Morel, par un trait de hardiesse, nous avons presque dit de génie, a trouvé la véritable base sur laquelle peut s'appuyer une classification rationnelle des maladies mentales. Il a compris que ni les lésions ni les symptômes ne pouvaient être invoqués ici, et c'est à l'étiologie qu'il a fait appel. Groupées, en effet, d'après les causes qui leur ont donné naissance, les maladies mentales se rangent par familles naturelles et présentent dans leur évolution, dans leurs rapports, dans leurs transformations, un ensemble qui satisfait l'esprit et répond assez exactement aux nécessités de la clinique.

La tentative de Morel devait naturellement passer pour unehérésie à une époque où, fidèles aux traditions de Pinel et d'Esquirol, les aliénistes français se refusaient à accoler ensemble des formes absolument diverses de délire. Mais aujourd'hui cette objection est sans valeur. Nous savons en effet que le délire n'est après tout qu'un symptôme, qu'il fait partie le plus souvent d'un groupe d'éléments morbides, et qu'en étudiant la condition d'un aUéné, les troubles physiques doivent attirer notre attention au même titre que les désordres intellectuels.

Les principes de Morel serviront donc de base à la classification que nous croyons devoir adopter et qui diffère notablement de la sienne. Cette première tentative, en effet, imparfaite comme le sont presque toujours les œuvres ori-

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ginales des premiers inventeurs, est absolument en retard aujourd'hui sur les progrès de la science. Morel divisait les maladies mentales en six groupes. Le premier comprenait les folies héréditaires ; le second, les folies par intoxication ; le troisième, les folies déterminées par la transformation de certaines névroses ; le quatrième, les folies sympathiques ; le cinquième, les folies idiopathiques, parmi lesquelles il rangeait, on ne sait trop pourquoi, la paralysie générale; enfin, le sixième groupe comprend la démence et les formes terminatives.

Nous ne perdrons pas un temps précieux à critiquer les imperfections et les lacunes d'une œuvre dont nous adoptons pleinement le principe. Mais, appuyé sur une vue plus large des conditions générales de la pathologie, nous chercherons h établir une échelle graduée, en commençant par les formes d'aliénation mentale qui se dégagent le plus complètement des lésions anatomiques, pour arriver à travers plusieurs étapes successives à celles où les troubles matériels constituent le fond môme du tableau.

Il est un axiome fondamental qui doit nous servir d'excuse et nous faire pardonner la hardiesse d'une tentative pareille, venant après tant d'autres tentatives. Toute classification est une œuvre artificielle, une figure schématique destinée à faciliter les descriptions et h permettre aux observateurs de ranger méthodiquement leurs connaissances. Mais la nature n'admet point ces distinctions, et tout arrangement systémati([ue n'estqu'une image plus ou moins défigurée delà réalité.

Je me propose donc do classer dans un ordre défini les notions que nous possédons, comme on range les livres sur les rayons d'une bibliothèque, d'après un système qui les rend faciles II trouver. Mais autant il importe d'avoir un bon

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