PHÉNOMÈNES PHYSIQUES DU DÉUKE AIGU
psychologiques, il n'est pas moins nécessaire de s'attacher à l'étude des phénomènes physiques, qui exercent dans cette variété de délire une influence plus grande que partout ailleurs.
On a constaté souvent chez ces malades une accélération énorme du pouls (140 pulsations). Ces faits ont été signalés par Abercrombie, par Galmeil et beaucoup d'autres auteurs; le pouls est en même temps petit, souvent irrégulier, facilement dépressible. On a quelquefois rencontré un phénomène inverse, le ralentissement du pouls ; un médecin danois, Jensen, a observé un homme chez lequel le chiffre des pulsations tombait à S6. En outre, il existe des modifications de la température, qui est presque toujours élevée ; on a vu le thermomètre atteindre 41 degrés, et même dépasser ce chiffre.
A côté de ces phénomènes se présentent les troubles de la motilité. On observe d'abord un état convulsif qui dans ses manifestations les moins violentes paraît se rattacher à un état intellectuel, mais qui devient bientôt plus intense. Le malade s'agite ; souvent on observe des grimaces, des grincements de dents, des crampes, des troubles convulsifs de toute espèce. Quand ces phénomènes acquièrent une intensité plus remarquable, on croit voir se produire de véritables décharges électriques.
Souvent, à côté, de ces manifestations morbides, on voit se développer un embarras de la parole qui semble quelquefois résulter de la sécheresse de la bouche, mais qui dans l'immense majorité des cas se relie directement à l'état cérébral.
L'un des faits les plus remarquables que nous présente le délire aigu, c'est l'exagération des réflexes. On a vu se produire chez certains malades, qu'on essayait d'alimenter
parla sonde œsophagienne, de véritables convulsions, quelquefois suivies de mort. En même temps il se manifeste d'autres phénomènes du même ordre ; il y a une exagération évidente de la sensibilité, qui porte à la fois sur la sensibilité tactile "et sur les sens spéciaux.
On constate aussi dans beaucoup de cas des paralysies du mouvement, qui portent tantôt sur les muscles du pharynx (déglutition), tantôt sur le voile du palais (nasonnernent), tantôt enfin sur l'articulation des sons ; nous reviendrons tout à l'heure sur ce dernier point.
Si nous examinons les fonctions de la vie végétative, nous y trouvons des désordres de même nature. Chez beaucoup de ces malades on voit apparaître de la sitophobie, soit parce que des hallucinations terrifiantes leur montrent des objets repoussants, soit parce qu'ils ont la crainte de trouver des mets empoisonnés.
Chez certains d'entre eux, cette répulsion est beaucoup plus prononcée pour les aliments liquides que pour les aliments solides; c'est alors une véritable hydrophobie. Cependant certains caractères permettent de la différencier de l'hydrophobie ordinaire ; on ne voit point se produire ici les accidents spasmodiques qui, chez les enragés, sont déterminés par les points brillants ou le contact des liquides. Ce trouble est lié à une perte complète de l'appétit et à un amaigrissement très prononcé, qui en quelques jours va transformer complètement la physionomie du malade.
Si la vie se prolonge assez longtemps, car la mort peut survenir dès les premiers jours, on voit succéder à cette excitation morbide une période de dépression dont je ne puis vous donner une idée meilleure qu'en la comparant à celle de la fièvre typhoïde. On voit l'excitation intellectuelle être remplacée par de la somnolence ; on voit ce délire