HÉRÉDITÉ INTERMITTENTE
passée. C'était un mathématicien distingué; il remplit pendant longtemps les fonctions d'ingénieur dans la colonie et devint correspondant de l'Académie des sciences.
Dans la transmission de la folie en ligne droite, on signale quelquefois l'hérédité intermittente; le fils échappe à la folie, mais il en transmet le germe à ses enfants. Certaines-familles historiques en ont offert l'exemple. Ce n'est là, d'ailleurs, qu'un cas particulier de ce que Morel avait appelé l'hérédité latente. Dans les cas de cette dernière espèce, les enfants sont frappés les premiers : ils sont conduits dans une maison de fous par leurs parents, qui doivent y entrer eux-mêmes quelques années plus tard. Cette hérédité ascendante se rencontre aussi dans un grand nombre d'autres maladies, et surtout par rapport à la phthisie pulmonaire. On voit souvent mourir phthisiques des jeunes gens dont les parents subiront plus tard la même destinée.
Dans les familles qui ont conservé pendant longtemps le souvenir et le portrait de leurs aïeux, on voit quelquefois se produire des faits d'atavisme; un enfant reproduira les traits et le caractère de l'un de ses ascendants mort longtemps avant lui, et cette apparition d'un type depuis longtemps disparu se reproduit quelquefois à des intervalles réguliers. C'est ainsi que, dans les familles renommées par leur avarice, on voit apparaître de temps en temps un dissipateur chargé de remplir la mission providentielle de rétablir l'équilibre en restituant au public les trésors qu'une longue avarice avait amassés. Or, l'atavisme se rencontre aussi dans la transmission héréditaire de l'aliénation mentale : c'est un cas de transmission intermittente à longue échéance et dans lequel plusieurs générations saines d'esprit ont conservé, pour le transmettre un jour, le germe de la maladie. •
36i • DES CALSîS h'd LA fOLlK.
Je crois devoir vous signaler ici un fait très curieux, qui se rattache à l'hércdité, mais qui ne semble se prêter à aucune explication rationnelle : la longévité des parents, surtout lorsqu'elle est bilatérale, semblerait créer chez les enfants une prédisposition à la folie; des observations parfaitement authentiques et très nombreuses en font foi.
Enfin, il est un dernier point qui se rattache, assez indirectement, il est vrai, à l'hérédité : il paraît démontré que les accouchements difficiles, lorsqu'ils ont pour conséquence une déformation crânienne trop accentuée, peuvent déterminer des troubles intellectuels qui se rattachent, il faut bien le dire, plutôt à l'idiotie qu'à l'aliénation mentale. C'est là, selon toute apparence, un ordre de faits qui tend à suivre une progression croissante. La civilisation nous élargit le crâne et nous rétrécit le bassin, et l'on doit voir dans ces déformations congénitales, de nature mécanique pour ainsi dire, une conséquence de plus des conditions sociales 011 nous vivons aujourd'hui.
Je vous ai signalé maintenant les divers modes de transmission héréditaire qui paraissent devoir perpétuer l'aliénation mentale. Il me reste à vous entretenir de la forme du délire au point de vue de l'hérédité.
La règle en pareille matière, d'après Esquirol et Moreau (de Tours), c'est la similitude. Dans la plupart des cas, les mélancoliques descendent de mélancoliques, les maniaques et les persécutés ont eu des parents qui présentaient le même genre de délire. Mais cette transmission similaire se rencontre surtout par rapport à certaines formes d'aliénation mentale. On pourrait même ajouter qu'elle consiste surtout dans la prédisposition à subir les mômes influences. C'est ainsi que, chez les paralytiques généraux, M. Doutrebente,,a signalé l'hérédité des tendances congegtives qui