‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 3)Chapitre 119 sur 275 · HÉRÉDITÉ SIMILAIRE · texte numérisé non relu

HÉRÉDITÉ SIMILAIRE

peuvent conduire, on voit aisément par quel chemin, à la paralysie générale. C'est ainsi que la folie puerpérale est une maladie essentiellement héréditaire; mais qui ne voit ici que c'est une susceptibilité particulière à l'influence de certaines causes qui est transmise héréditairement? Car la folie puerpérale comporte tous les genres de délire et n'en exclut aucun. Nous en dirons autant de l'alcoolisme, l'un des penchants les plus héréditaires parmi les instincts vicieux. Mais, comme le fait très justement observer M. Lasègue, les alcooliques héréditaires sont des cérébraux avant même d'avoir subi l'influence de l'alcool. Ils ont une faiblesse de caractère qui les porte aux excès de boisson, et, si je puis ainsi m'expriraer, une faiblesse de cerveau qui les rend éminemment sensibles à l'action nocive des liqueurs fermentées. Quelques verres de vin suffisent pour leur faire littéralement tourner la tête et déranger l'équilibre de leur raison.

Au reste, c'est surtout par la dipsomanie que se manifeste la transmission héréditaire de l'alcoolisme.

Mais s'il nous faut un exemple d'un travers purement intellectuel, et qui se transmet avec une étrange opiniâtreté dans certaines familles, nous le trouverons dans l'impulsion au suicide, qui peut exister, on le sait, en dehors de toute autre déviation des facultés intellectuelles. Les auteurs classiques en ont rapporté nombre d'observations, mais je n'en connais pas de plus concluante que celle d'un sujet que j'ai observé à Bicêtre dans le service de M. Moreau (de Tours) et dont l'histoire est rapportée dans l'ouvrage que j'ai déjà souvent cité (I). Je vais la résumer en quelques mots.

(I) Li Psijchùlngic mnrhi le, p. 173,

366 CES CAUSES DE LA FOLlË.

Un homme de quarante ans, d'un caractère doux et honnête, habitué à une vie sobre et régulière, est conduit à Bicêtre à la suite d'une tentative de suicide : il s'était jeté dans la Seine. Cet homme appartient à une famille dans laquelle l'impulsion au suicide est héréditaire depuis trois générations. Son grand-père, homme très violent, s'est pendu dans les bois de Clairvaux, oii il était garde des eaux et forêts, et sa femme, grand'mère de notre sujet, l'avait souvent menacé de se tuer, comme sa sœw\ qui s'était jetée dans un puits.

Voilà donc trois exemples de suicide ou d'impulsion au suicide dans la première génération.

La fille de cet homme, à la suite de chagrins domestiques, s'est jetée sous un marteau de forge. Son fils aîné, homme paresseux et débauché, prétendait se tuer dès qu'il aurait réalisé un certain chiffre de fortune. On ne sait ce qu'il est devenu. Peut-être a-t-il donné suite à son dessein. Le père du malade, frère du précédent, était un homme des plus honorables. Il est parvenu à l'âge avancé de soixante-quatorze ans ; mais, frappé d'un violent chagrin par la mort de sa femme, il s'est jeté sous les roues d'une locomotive.

Nous arrivons à la troisième génération. Le frère aîné du malade, fils du vieillard dont nous venons de parler, s'est jeté du haut des tours Notre-Dame. Le frère cadet, objet de toutes les sollicitudes de notre malade, qui l'avait élevé depuis son enfance, était tourmenté sans aucun motif d'un désir irrésistible de se donner la mort ; il avait souvent proposé à son frère de se lier ensemble et de se jeter tous les deux dans la Seine. Cette proposition avait été toujours repoussée; mais un jour, enrentrant de ses occupations, son frère le trouva pendu dans sa chambre. Notre homme

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