FOLIE SIMULÉE
3" Quel a pu être le motif du crime ?
Il n'existe jamais de cause suffisante pour justifier une action criminelle, mais on comprend que la vengeance, la cupidité, la passion, poussent un homme à se rendre criminel. Ce sont là des motifs sinon suffisants, du moins compréhensibles. Mais comment expliquer l'action de Lemaire qui assassine sa belle-mère, parce que, disait-il, il voulait absolument être guillotiné? Après son exécution l'on découvrit, à l'autopsie, des traces évidentes de méningite. C'est précisément ici que le simulateur commence à se dévoiler. Interrogé sur les motifs de son crime, il dira : « J'ai des absences, des faiblesses d'esprit.» Jamais l'aliéné n'invoque de pareilles erreurs. lise glorifie, au contraire, de ce qu'il a fait. Souvent aussi l'on saisit, surtout chez les mélancoliques et les persécutés, des hallucinations qui les ont poussés au crime. Il est de la plus haute importance de savoir si chez ces sujets il existait des hallucinations à une époque antérieure, ce qui nous conduit à la question suivante :
4° A quel moment remonte la folie ?
Il est évident que si, dans le cours de son existence antérieure, le malade a été déjà traité dans une maison de santé, il faudra tenir le plus grand compte de cette circonstance.
Mais le plus souvent, chez les simulateurs, c'est après l'arrestation que la folie éclate. Il faut se rappeler cependant que, comme l'a fort bien observé M. Motet, il est des sujets qui ont un accès de folie en prison, motivé par le trouble et l'inquiétude que leur cause une situation aussi grave.
S° Quel intérêt le sujet peut-il avoir à simuler la folie?
Dans le cas de criminalité, la réponse n'est point douteuse. On saisit immédiatement un motif qui peut ù lui seul suffire pour inspirer la conduite de l'inculpé.
422 DIAGNOSTIC DE LA FOLIE liN GÉNÉRAL.
Restent enfin les antécédents héréditaires ou personnels du sujet, qui devront être scrutés avecattention, et ses écrits, qui pourront souvent fournir des renseignements utiles.
J'arrive maintenant à l'examen direct. Mis en présence d'un homme qui simule là folie, l'esprit sera frappé par l'exagération de ses réponses, parleur défaut de logique, par leur absurdité. En général, les simulateurs se font de la folie la même idée que le vulgaire, qui ne regarde comme fous que les gens qui divaguent absolument. Gomme le dit fort ■ bien Morel, un aliéné auquel on demande son âge peut répondre : six 7nois ou six mille ans^ mais il ne dira point : 245 fr. 35, comme le fit un simulateur cité par lui. Ainsi, l'absurdité même des réponses doit mettre l'expert en garde; d'ailleurs, les simulateurs tombent facilement en des contradictions qui proviennent de la difficulté de soutenir leur rôle. Un sujet examiné par l'expert se prétendait fils du duc de Mecklembourg-Strelitz. « Je ne crois pas à votre délire, lui ditun jour l'expert. — Je le sais, répondit-il, et j'ensuis bien fâché. » Parcontre, il faut noter l'opiniâtreté de certains simulateurs qui jouent leur rôle jusqu'au bout. Tuke et BuckniU citent le cas d'un célèbre pick-pocket qui, s'entendant condamner h quatre ans de prison, fut frappé d'une attaque d'apoplexie, avec hémiplégie droite et démence. 11 persista pendant de longs mois à jouer ce rôle ; il se vautrait dans la plus ignoble saleté pour mieux prouver son délire ; mais un beau jour ce pauvre hémiplégique, profitant, d'im défaut de surveillance, descella les barreaux qui protégeaient une croisée, sauta par la fenêtre, escalada les murs de sa prison et se sauva. On ne l'a jamais revu, mais il est certain qu'il s'est joué des médecins en leur faisant admettre la réalité d'une hémiplégie et d'une démence absolument simulées.