FOLIE SIMULÉE. 41Ô
tlons qu'on pourrait classer en quelque sorte par catégories déterminées. Pour échapper à la conscription, un jeune homme cherche à se faire passer pour fou; c'est là une imposture sur laquelle les médecins militaires seront souvent appelés à se prononcer. Dans la vie civile, on voit quelquefois les jeunes gens simuler l'aliénation mentale pour échapper au contrôle de leur famille ou pour éviter un mariage qu'on veut leur imposer. Enfin, dans les prisons, les condamnés simulent souvent la folie pour être admis à l'infirmerie et jouir d'im traitement plus doux. Mais il est incontestable que la cause principale de la simulation, c'est la criminalité. Le coupable simule l'irresponsabilité pour éviter les conséquences de son action. Cette hypothèse est la seule que nous examinerons icij car, une fois éclairés sur ce point, vous le serez suffisamment sur tous les autres.
Un crime a été commis, le coupable est arrêté, mais il cherche à sefaire passer pour fou. Quel sera le rôle de l'expert?
Il est deux genres d'examen qui s'appliquent à la circonstance. D'abord l'examen direct ou personnel, qui s'adresse à l'accusé lui-même. Ensuite, l'examen indirect, qui ressort des pièces du procès, des dépositions des témoins, des antécédents de l'individu, de la nature du crime. C'est par ce dernier qu'il est indispensable de commencer l'expertise, et de même que dans la médecine ordinaire, avant de formuler un diagnostic, on cherche à connaître l'histoire du malade et de sa malaJie, il faut, dans le cas actuel, s'inquiéter des circonstances qui ont accompagné, précédé ou suivi le crime avant d'interiï.ger le criminel.
Il faut donc discuter méthodiquement un certain nombre de questions qui permettent d'éclairer le problème.
r Quel est l'acte en lui-même et de quelle manière a-t-il
été commis? On peut souvent ici puiser d'importants renseignements dans l'étude des faits révélés par l'enquête.
Le criminel agit avec ruse et préméditation ; il prend des précautions, il se cache pour atteindre son but; après le crime il prend la fuite. Est-il arrêté, il nie avec aplomb et proteste de son innocence. Souvent il a des complices que l'instruction permet de découvrir. Enfin , avant de tomber sous le coup des poursuites, il vaquait aux occupations de la vie ordinaire. C'était, à tous les égards, un homme semblable aux autres.
L'aliéné, au contraire, ne cherche presque jamais à se cacher, il ne prend aucune précaution pour éviter d'être arrêté. Enfin, et ceci est de la plus haute importance, il n'a point de complices. Tout criminel qui conspire avec un ou plusieurs associés doit être par cela seul rayé des cadres de l'aliénation mentale.
Tels étaient les caractères du crime de Papavoine, qui fut exécuté pour avoir assassiné deux jeunes enfants, et qui était très certainement non pas un coupable, mais un fou.
2° Quels sont les caractères de l'acte ^en lui-même?
Bien souvent l'absurdité, l'atrocité du crime, la manière dont il a été commis, suffisent pour étabhr au moins une présomption de folie. Le meurtrier frappe et tue, puis il s'échappe et va se cacher. L'aliéné au contraire redouble de fureur en voyant couler le sang de sa victime, il la frappe plusieurs fois du suite, il la mutile, il la coupe en morceaux, il séjourne assez longtemps sur le théâtre du crime pour compromettre sa sûreté personnelle. Enfin, il est des actes qui portent en eux-mêmes le cachet de la folie. Le sergent Bertrand, qui escaladait les murs d'un cimetière pour déterrer les femmes récemment ensevelies et se livrer sur elles à des actes obscènes, était évidemment un aliéné.