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DIFFICULTÉS ET OBSTACLES. 4S

n'en est pas moins vrai que l'anatomie pathologique, même en pareil cas, a porté la précision là oîi régnaient auparavant les idées les plus vagues et les plus confuses.

Ce progrès, nous ne l'avons point encore réalisé en aliénation mentale. Nous possédons à coup sûr une vue plus nette des conditions dans lesquelles prospère ou périclite le fonctionnement cérébral. Mais il nous est absolument impossible, pour le moment, de formuler les principes qui doivent nous permettre de ranger selon leurs affinités naturelles les groupes symptomatiques auxquels nous avons aifaire.

Telle est la première et la principale difficulté à laquelle on s'est heurté tout d'abord ; mais, en l'absence de lésions bien définies, il fallait s'en rapporter aux symptômes, et c'est ici que l'intervention de la ps^^chologie a porté un préjudice énorme aux progrès de la médecine mentale. Détournée de sa voie légitime, notre science a paru pendant longtemps n'être qu'une simple annexe de la métaphysique. Erreur profonde, car, on le reconnaît aujourd'hui, elle doit occuper une place parmi les sciences naturelles, à côté des autres branches de la médecine et de la physiologie. Tel est le deuxième obstacle placé sur notre chemin.

Une classification aussi simple que celle du fondateur de l'école française ne pouvait évidemment servir qu'à tracer un cadre ; mais les innombrables variétés, les combinaisons infinies que présentent les formes si riches et si nombreuses de l'aliénation mentale, devaient nécessairement faire éclater ce cadre trop étroit, dans lequel on cherchait à les enfermer. Troisième et dernier obstacle, qui nous a valu ces classifications discordantes, où l'on voit les maladies caractérisées par une lésion anatomique, comme la paralysie générale, venir se rangera côté d'autres maladies caractéri-

sées par leurs causes, telles que la folie puerpérale, ou àe ces formes psychologiques, telles que la manie, la mélancolie, la démence, qui ont longtemps passé pour des affections définies, au lieu d'être considérées comme des états généraux de l'esprit, qui peuvent correspondre aux mécanismes pathologiques les plus divers et les plus opposés.

Morel, par un trait de hardiesse, nous avons presque dit de génie, a trouvé la véritable base sur laquelle peut s'appuyer une classification rationnelle des maladies mentales. Il a compris que ni les lésions ni les symptômes ne pouvaient être invoqués ici, et c'est à l'étiologie qu'il a fait appel. Groupées, en effet, d'après les causes qui leur ont donné naissance, les maladies mentales se rangent par familles naturelles et présentent dans leur évolution, dans leurs rapports, dans leurs transformations, un ensemble qui satisfait l'esprit et répond assez exactement aux nécessités de la clinique.

La tentative de Morel devait naturellement passer pour unehérésie à une époque oii, fidèles aux traditions de Pinel et d'Esquirol, les aliénistes français se refusaient à accoler ensemble des formes absolument diverses de délire. Mais aujourd'hui cette objection est sans valeur. Nous savons en effet que le délire n'est après tout qu'un symptôme, qu'il fait partie le plus souvent d'un groupe d'éléments morbides, et qu'en étudiant la condition d'un aliéné, les troubles physiques doivent attirer notre attention au même titre que les désordres intellectuels.

Les principes de Morel serviront donc de base h la classification que nous croyons devoir adopter et qui diffère notablement de la sienne. Cette première tentative, en effet, imparfaite comme le sont presque toujours les œuvres ori-

CLASSIFICATION ÉTlOLOfilQUE. 4SS

ginales des premiers inventeurs, est absolument en retard aujourd'hui sur les progrès de la science. Morel divisait les maladies mentales en six groupes. Le premier comprenait les folies héréditaires ; le second, les folies par intoxication ; le troisième, les folies déterminées par la transformation de certaines névroses ; le quatrième, les folies sympathiques ; le cinquième, les folies idiopathiques, parmi lesquelles il rangeait, on ne sait trop pourquoi, la paralysie générale; enfin, le sixième groupe comprend la démence et les formes terminatives.

Nous ne perdrons pas un temps précieux à critiquer les imperfections et les lacunes d'une œuvre dont nous adoptons pleinement le principe. Mais, appuyé sur une vue plus large des conditions générales de la pathologie, nous chercherons à établir une échelle graduée, en commençant par les formes d'aliénation mentale qui se dégagent le plus complètement des lésions anatomiques, pour arriver à travers plusieurs étapes successives à celles oii les troubles matériels constituent le fond même du tableau.

Il est un axiome fondamental qui doit nous servir d'excuse et nous faire pardonner la hardies£e d'une tentative pareille, venant après tant d'autres tentatives. Toute classification est une œuvre artificielle, une figure schématique destinée à facihter les descriptions et à permettre aux observateurs de ranger méthodiquement leurs connaissances. Mais la nature n'admet point ces distinctions, et tout arrangement systématique n'est qu'une image plus ou moins défigurée de la réalité.

Je me propose donc de classer dans un ordre défini les notions que nous possédons, comme on range les livres sur les rayons d'une bibliothèque, d'après un système qui les rend faciles à trouver. Mais autant il importe d'avoir un bon

catalogue, autant il serait absurde de considérer la rédaction de ce catalogue comme le but suprême de la science et le dernier terme de nos efforts.

D'ailleurs, il faut bien se le rappeler : les genres et les espèces, en pathologie, ne sont fondés que sur le rapprochement de certains faits groupés par leurs analogies, et ce serait une erreur profonde que de leur attribuer la même valeur qu'en histoire naturelle, et de comparer, par exemple, le groupe des névroses à la famille des myrtacées.

Ces principes une fois établis, je me sens plus à l'aise pour aborder le sujet.

Parmi les maladies mentales, il en est un grand nombre qui paraissent ne coïncider avec aucune lésion anatomique appréciable, soit parce que nos moyens d'investigation sont encore trop imparfaits, soit parce qu'il s'agit, en réalité, de lésions fonctionnelles. Je ne veux point rentrer ici dans une discussion qui a été soulevée plus haut (p. 216). Il nous suf • fîra de dire que ces affections, dont l'existence est incontestable, forment le premier groupe naturel des folies sous le nom de vésanies. On peut prendre pour types de cette classe la folie circulaire et les délires partiels.

En second lieu, et immédiatement après le premier groupe, vient la famille parfaitement naturelle des folies novropathiques. L'hystérie, l'épilepsie, la chorée, le goitre exophthalmique, la paralysie agitante s'accompagnent souvent d'un état mental particulier. Le malade peut souvent alors franchir les frontières de la raison pour envahir le domaine de la folie. Nous voyons intervenir ici, si je puis ainsi m'exprimer, un élément pondérable, car s'il n'y a point de lésion anatomique bien définie dans les folies névropathiques, du moins elles plongent par leurs racines dans un substratum pathologique dont l'origine est évidem-

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ment matérielle. Elles ne relèvent pas de ce qu'on appelait autrefois les maladies de l'esprit.

Un troisième groupe est formé par les folies diathésiques, dont l'origine se rattache à ces états généraux connus sous les noms de goutte, de rhumatisme, de tuberculose, etc. Ici encore l'élément matériel devient de plus en plus prépondérant ; car, si nous ne connaissons point la nature intime des diathèses, nous leur reconnaissons des conséquences matérielles bien plus nettement définies que celles des névroses. Rattacher la folie aux diathèses, c'est donc la rapprocher de plus en plus des causes vulgaires qui président à l'origine des autres manifestations morbides.

Un qua trième groupe est constitué par les folies sympathiques, oii la lésion d'un viscère situé en dehors de l'encéphale réagit sur les fonctions de cet organe ; le cerveau n'est point directement lésé ; mais l'influence d'une lésion matérielle de l'organisme vient retentir sur lui.

Un cinquième groupe est formé par les folies toxiques de Morel. Ici l'agent matériel devient de plus en plus visible : c'est un poison qui circule dans toute l'économie, etqui vient affecter le cerveau, comme la plupart des autres organes.

Avec le sixième groupe, nous arrivons aux lésions organiques, parmi lesquelles la paralysie générale occupe la place d'honneur. On peut y joindre l'aphasie, presque toujours consécutive à des lésions matérielles et bien définies, ainsi que la démence hémiplégique et les autres déchéances de l'esprit qui se rattachent aux altérations matérielles de l'encéphale (1).

(1) L'aphasie n'est pas une folie clans le sens ordinaire du mot; mais c'est un trouble psychologique bien défini, qui résulte souvent de lésions matérielles évidentes. C est à ce titre que nous lui accordons une place dans notre tableau.

Enfin, pour descendre à un degré au-dessous , il faut atteindre les malformations congénitales qui donnent naissance à l'idiotie et au crétinisme. Ce sont en quelque sorte des mutilations du cerveau, qui formeront notre septième et dernier groupe.

Le tableau des divisions que nous avons admises se déroulera donc de la manière suivante :

Folies i

Jo vésaniques ou essentielles (sans lésion). Types : folie circulaire, délires partiels.

i hystérique, épileptique.

choréique, etc.

goutteuse, rhumatismale.

3" diathésiques. . } tuberculeuse, cancéreuse, anémique, etc.

génitale.

cardiaque.

gastro-intestinale.

( pulmonaire^ etc.

f alcoolique.

5» toxiques J saturnine.

( morphiniquc, etc.

. paralysie générale.

6" organiques ou \ aphasie, cérébro-spinales j délire aigu.

( démence hémiplégique, etc.

( idiotie.

7° congénitales ou .^^.^.j,j^,

morphologiques ^^^.^;,^.g^g^

4" sympathiques.,

Sans attacher la moindre importance à cette classification, je la considère, permettez-moi de le répéter, comme un moyen commode de grouper nos connaissances, et je me propose de la suivre dans les études de pathologie spéciale que nous allons entreprendre. Jusqu'ici, en effet, nous nous sommes occupé exclusivement de pathologie générale,

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