‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 3)Chapitre 158 sur 275 · FOLIE MENSTRUELLE · texte numérisé non relu

FOLIE MENSTRUELLE

Esquirol et Brierre de Boismont en ont rapporté de curieux exemples. L'aliénation mentale prend surtout alors la forme de la manie. Quelquefois aussi on observe la mélancolie, l'obtusion des facultés et la demi-stupeur.

Le retour des règles peut souvent amener la guérison, et l'un des cas les plus remarquables en ce genre est celui que rapporte Esquirol, oii le retour des fonctions menstruelles détermina une guérison immédiate après des accès bien caractérisés de folie.

Mais j'arrive à un fait plus curieux encore : il existe, chez certaines femmes, une folie périodique qui se reproduit à chaque époque menstruelle. Nous savons qu'à l'état phy^ siologique il existe des troubles moraux dont la fréquence est tellement grande qu'ils attirent à peine l'attention. La plupart des femmes sont irritables et difficiles à vivre aux approches de l'époque menstruelle. Elles subissent plus facilement l'influence des moindres émotions ; elles sont enfin plus vulnérables qu'à l'état normal ; plusieurs d'entre elles éprouvent un malaise profond, des congestions et de la céphalalgie.

Franchissant enfin les limites extrêmes de l'état physiologique, certaines femmes deviennent absolument aliénées à l'époque des règles, pour reprendre leur raison immédiatement après. Nous en rapporterons, d'après Hitzig (j), un cas extrêmement remarquable : une mère avait tué son enfant, en le jetant à l'eau. Elle fut arrêtée et mise en jugement, sous l'inculpation de meurtre. Pour se défendre, elle prétendit qu'à l'époque de ses règles, elle éprouvait toujours un malaise extrême de corps et d'esprit, et c'était sous l'influence de cet état pathologique qu'elle avait commis son

(1) Am, fur Psychiatrie, de WestphaJ, t. VllI, p. 65.

crime. Gomme elle paraissait absolument saine d'esprit, elle fut renvoyée en prison , pour y être soumise à une observation rigoureuse. On put alors constater qu'à chaque époque menstruelle, elle subissait en effet une crise d'aliénation mentale. En conséquence, 'elle obtint un verdict d'acquittement.

La forme la plus commune du délire, en pareil cas, est la manie aiguë ; mais on observe quelquefois la mélancolie accompagnée d'hallucinations. Chez certaines malades, les idées religieuses prédominent; chez d'autres, c'est la démonomanie qui occupe la scène. Enfin, il est des femmes qui, à chaque apparition des règles, ont un accès de nymphomanie.

Malgré sa gravité incontestable, cette folie périodique peut guérir. La grossesse exerce à cet égard une heureuse influence. Enfin, on voit quelquefois les accès périodiques disparaître à l'âge critique.

Et cependant la ménopause est une des causes les plus importantes de la folie chez la femme. Non seulement on voit l'aliénation mentale se développer avec toutes ses formes diverses, à cette époque de la vie, mais encore il existe incontestablement, chez la plupart des femmes parvenues à cet âge, un caractère irascible, difficile et fantasque. C'est là, très certainement, l'une des causes de la mauvaise réputation dont jouissent les belles-mères ; car, de 45 à SO ans, beaucoup de femmes, sans être positivement aliénées, ont un caractère insupportable.

Les maladies utérines ont été depuis longtemps rangées parmi les causes habituelles de la folie. Pinel, Esquirol. Nasse, Jacobi, Guislain, et parmi les contemporains, MM. Azam et Bazin, en ont rapporté de nombreux exem-

FOLIE UTÉRINE. î]8!

pies. TûLitefois une polémique assez vive s'est engagée sur ce point.

11 n'est pas douteux que beaucoup de femmes aliénées ont des lésions utérines ou ovariennes. On constate chez elles des ulcérations et des granulations du col , de la leucorrhée, des déplacements, enfin le cancer. Reste à déterminer si la maladie utérine a précédé la folie ou s'est développée postérieurement aux troubles intellectuels. 11 est universellement admis aujourd'hui que, dans certains cas, les affections utérines peuvent déterminer la rupture de l'équilibre intellectuel, et l'on a vu la guérison de l'affection locale faire disparaître les aberrations intellectuelles. On ne saurait donc aujourd'hui contester l'influence de cette cause ; il s'agit maintenant de ne point en exagérer la fréquence.

Chez l'homme, les maladies delà vessie, et plus rarement celles des organes génitaux, peuvent déterminer la folie, et l'on cite un cas de guérison obtenu par l'uréthrotomie chez un malade atteint d'un rétrécissement ancien. Mais il est incontestable que, dans le sexe masculin , les affections locales des organes génitaux ont une influence infiniment moins grande sur les troubles de l'esprit que chez la femme.

Il nous reste à vous parler de la plus importante de toutes les folies génitales, je veux parler de celle qui résulte de la grossesse, de la parturition et de l'allaitement.

Cette maladie mérite toute votre attention, tant par sa fréquence, sa gravité, et la nature de ses symptômes, que par la perturbation qu'elle jette si souvent dans les ménages, dans les moments les plus critiques de la vie de

88â DES FOLIES SYMPATHIQUES.

famille. C'est donc une des questions qui intéressent le plus directement le praticien.

Permettez-moi d'abord, Messieurs, de vous exposer quelques considérations préliminaires qui sont indispensables à l'intelligence du sujet.

La folie puerpérale, qui, pendant longtemps, a été considérée comme un état vague, mal défini, sans limites précises, n'a été bien étudiée pour la première fois que par Esquirol. C'est à lui qu'on en doit la création. Cette maladie, envisagée au point de vue psychologique, ne présente aucune uniformité. On y voit régner les états psychiques les plus divers ; tantôt c'est la manie qui prédomine, tantôt la mélancolie ; la stupeur se rencontre très souvent, ainsi que les délires partiels et les monomanies impulsives. Il est donc inutile, ou pour mieux dire impossible, d'établir une division fondée sur la forme du délire.

Mais il est une autre division qui s'impose naturellement. L'état puerpéral amène dans l'organisation de la femme des modifications profondes et durables ; celle qui a enfanté une Tois est bien différente de celle qui est restée stérile. Or, le cerveau participe à ces perturbations qui se manifestent dans toute l'économie, et nous savons tous combien la femme, pendant la grossesse, est irritable, difficile à vivre, sujette à des envies, qui constituent un véritable délire.

La durée de ces phénomènes se divise en quatre périodes, dont chacune peut présenter des troubles intellectuels différents. Il y a donc quatre formes de folie puerpérale : 1° la foHe de la grossesse, 2° la folie de l'accouchement, qui a lieu pendant le travail même, 3° la folie puerpérale, proprement dite, qui se manifeste après la naissance de l'en-

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