‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 3)Chapitre 159 sur 275 · FOLIE PUERPÉRALE · texte numérisé non relu

FOLIE PUERPÉRALE

fant, 4° la folie de l'allaitement. Nous aurons à passer en revue ces quatre chapitres différents.

Messieurs, la folie jnierpérale proprement dite est celle qui se développe après l'accouchement et avant le retour des règles, à la fin de la première semaine ou au commencement de la seconde, et surtout du cinquième au dixième jour. Quelquefois le délire apparaît brusquement, mais, le plus habituellement, il est précédé de prodromes, tels que de l'irritabilité, de l'insomnie, un malaise général, une angoisse excessive. Une fois le délire établi, il peut affecter les formes les plus diverses ; la plus commune est la manie, la mélancolie est moins fréquente.

La manie puerpérale se caractérise par un bavardage incessant, incohérent et semé d'injures violentes, avec conceptions délirantes, où l'on voit poindre quelquefois un vague déiïre des persécutions; mais ces conceptions sont trop fugaces et banales pour mériter une dénomination spéciale. Vous savez déjà que toutes les formes d'aliénation mentale sont modifiées par le sexe ; les vociférations, les cris, les fureurs du maniaque sont remplacés chez la femme par un bavardage excessif. C'est peut-être l'exagération d'une tendance naturelle. Ce délire, si caractérisé dans la manie puerpérale, s'accompagne en outre d'une perturbation des sentiments affectifs, qui se manifeste par une aversion profonde pour le mari ou l'amant et par une indifférence absolue pour l'enfant, indifférence qui peut se changer en haine et aboutir à l'infanticide. Aussi, doit-on toujours, en pareil cas, retirer l'enfant des mains de la mère, car il y a des femmes qui, dans cet état, ont de véritables impulsions homicides.

Un fait très remarquable, c'est que l'érotisme et l'obscénité accompagnent presque toujours le délire puerpéral.

Marcé, Foville et la plupart des modernes nient la fréquence de ce phénomène, peut-être exagéré par les anciens ; ils ont raison, si par érotisme ils entendent le désir sexuel ; mais ce qui est essentiellement particulier à la manie puerpérale, c'est le débordement d'obscénités qui vient souiller les lèvres des femmes les plus chastes et les mieux élevées. Souvent, sous l'empire de ces tendances, elles formulent les accusations les plus graves contre les hommes de leur entourage, et ces accusations sont quelquefois mieux écoutées qu'elles ne l'auraient mérité. Vous comprendrez facilement les conséquences fâcheuses qui peuvent en résulter.

La durée de la manie puerpérale est généralement de six à huit mois. Le pronostic est relativement favorable, car il y aguérison dans les deux tiers des cas. Très souvent la maladie se termine par une crise de stupeur, d'où la malade sort guérie.

Il me reste maintenant, messieurs, à vous parler de la mélancolie puerpérale^ caractérisée par la dépression habituelle de la mélancolie simple. Cette forme est, dit-on, trois fois moins commune que la précédente ; elle présente deux caractères importants. Ce sont d'abord les hallucinations, surtout ceUes de la vue et de l'ouïe qui se rencontrent très souvent dans cette forme de délire : c'est ensuite une tendance fort prononcée au suicide. Aussi, toutes les fois que vous aurez affaire à une mélancolie puerpérale, prévenez la famille et entourez la malade de toutes les précautions nécessaires. Ici, la durée est plus longue et la guérison moins certaine que dans la manie.

Nous glisserons sur les autres formes de délire qui peuvent éclater dans l'état puerpéral, pour vous parler des troubles physiques qui coïncident avec l'orage intellectuel.

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