‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 3)Chapitre 160 sur 275 · FOLIE DE LA GROSSESSE · texte numérisé non relu

FOLIE DE LA GROSSESSE

Je VOUS citerai d'abord la diminution ds poids, signalée par les auteurs allemands. En pesant la femme à son entrée et à sa sortie de l'hôpital, on a pu constater une différence en moins, qui peut s'élever jusqu'à 29 kilogrammes. On comprend que l'expulsion du fœtus, des membranes et du liquide amniotique, ne suffit pas pour expliquer une réduction pareille, dont une large part doit être mise sur le compte de la maladie ; car, depuis Nasse, la perte de poids est signalée au début de la plupart des affections mentales. — Un autre point très important, ce sont les accidents épileptiformes et la présence fréquente d'albumine dans les urines. Simpson était disposé à considérer la folie puerpérale comme un effet de l'urémie, et les crises épileptiques comme de véritables accès d'éclarapsie; mais il esi certain que des cas bien authentiques de délire dans l'état puerpéral ont parcouru leur évolution complète, sans que jamais l'albumine ait apparu dans les urines. Nous pensons donc qu'il faut envisager ce phénomène comme une simple coïncidence et non comme la véritable cause du délire. — Je vous rappellerai également les troubles digestifs, qui sont assez habituels, tels que la constipation, l'anorexie, l'embarras gastrique ; ce qui se voit d'ailleurs au début de toutes les maladies mentales.

Dans les cas où la guérison n'a pas lieu, la folie puerpérale aboutit la plupart du temps à la démence. Nous laissons de côté ces cas extrêmement graves qui simulent le délire aigu et se terminent dans quelques jours par la mort.

Je vais maintenant, messieurs, vous dire quelques mots sur la folie de la grossesse.

Vous connaissez tous cet état mental particulier à quelques femmes enceintes, qui arrivent à manifester des

désirs, des exigences et des envies, qui ne laissent pas d'avoir une certaine influence sur le progrès de l'évolution du fœtus. Rien n'est commun comme de voir ces dépravations de l'appétit, connues sous le nom depica et de maiacia, qui poussent ces malades à rechercher des mets étranges, à se nourrir de craie, de terre, de charbon et quelquefois même à manifester des tendances plus répugnantes encore. Il est fréquent de rencontrer des femmes fort respectables et très honnêtes qui expriment un violent désir de se nourrir de certains aliments, à la condition qu'ils soient volés. Déplus, un besoin irrésistible de vol qui entraîne ces malades à satisfaire leur cupidité et à s'approprier des objets de toute nature, a été souvent observé par les aliénistes ; c'est une variété de kleptomanie. Le médecin légiste peut être appelé à se prononcer sur des cas de ce genre, et il ne doit pas ignorer que ces faits se rattachent souvent aux troubles intellectuels de la grossesse.

Chez les femmes en état de gestation, quand la folie se déclare, c'est généralement dans les trois derniers mois, et si c'est la manie qui prédomine dans l'état puerpéral, on peut dire que c'est la mélancolie qui est la forme la plus habituelle pendant la grossesse.

On s'est demandé si l'accouchement pouvait guérir la foHe. La chose est possible, mais ce que l'on voit le plus souvent, c'est que le déhre, qui a débuté pendant la grossesse, se continue dans l'état puerpéral.

Quant à la folie qui éclate au moment même du travail, c'est un délire passager, transitoire, qui reconnaît pour cause soit un travail difficile, soit une parturition clandestine, soit des conditions morales fâcheuses comme l'isolement, l'abandon, la misère. Il est caractérisé surtout par des tendances infanticides ; aussi, consulté par les tri-

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