DIAGNOSTIC DE L ALCOOLISME CHRONIQUE
sédatif de l'alcool, si remarquable chez les alcooliques en état de délire.
2° Epilepsie alcoolique. — Chez les alcooliques, l'attaque convulsive est souvent identique à celle des comitiaux et sous le rapport des symptômes, ces deux états se ressemblent au point de se confondre. Mais ils se distinguent surtout par leurs causes occasionnelles.
L'épilepsie alcoolique éclate le plus souvent après une émotion dans le cours de l'ivresse, ou après une orgie. Elle se montre aussi dans le delirium tremens ou pendant l'évolution du délire alcoolique. Rien de semblable pour la véritable epilepsie, dont les accès sont aussi capricieux par leur apparition qu'ils sont réguliers dans leur évolution. En outre, l'épilepsie alcoolique guérit par la suppression de la cause qui lui a donné naissance ; l'épilepsie vraie persiste, et c'est ainsi qu'on peut formuler, avec certitude, sinon le diagnostic immédiat, du moins le diagnostic éloigné.
3° Lypémanie alcoolique. — Chez les alcooliques, la lypémanie prend très souvent la forme du délire des persécutions ; elle s'accompagne d'hallucinations très prononcées de la vue et de l'ouïe, mais ce sont surtout les hallucinations de la vue qui prédominent. D^ailleurs, le caractère de ces troubles sensoriels suffit pour les distinguer de ceux qui résultent d'une vésanie proprement dite. L'alcoolique voit des animaux, des figures menaçantes qui le remplissent de terreur ; il rêve aux occupations de son métier et vit au milieu de ses préoccupations journalières. Le persécuté a surtout des hallucinations de l'ouïe et, sousl'empire de ses idées fixes, il s'éloigne de plus en plus des souvenirs de la vie normale. D'autre part, les signes physiques de l'alcoolisme diffèrent essentiellement de ceux de la mélancolie
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ordinaire et, dans bien des cas, ils suffiraient à le faire reconnaître.
4° Démence alcoolique. — La démence chez les alcooliques est caractérisée plutôt par la torpeur que par Tabolition complète des facultés. L'alcoolique dément est moins complètement nul que le dément véritable. Cependant, il faut en convenir, parvenue à un certain degré, la démence alcoolique ne se distingue plus par aucun caractère des autres formes de la déchéance intellectuelle.
Il me reste à dire quelques mots du diagnostic entre ralcooHsme et la paralysie générale. Nous avons déjà touché ce sujet à propos du deliriura tremens, mais il faut bien le savoir : à tous les degrés et dans toutes les formes de l'alcoolisme chronique, on se heurte à cette difficulté. Rappelons donc, en quelques mots, les difTérences essentielles qui séparent ces deux maladies.
La faiblesse musculaire est l'un des grands caractères de l'alcoolisme. Chez les paralytiques généraux, au contraire, les forces musculaires sont assez bien conservées au début, quelquefois même elles sont exaltées, et les troubles de la motilité, le tremblement qu'ils présentent sont des phénomènes plutôt spasmodiques que paralytiques. Lorsqu'à une période plus avancée la paralysie s'affirme, les autres phénomènes de la maladie sont trop nettement accentués pour qu'il soit possible de s'y méprendre.
L'alcoolisme s'accompagne presque toujours d'un certain degré de dyspepsie ; l'appétit est nul, la soif est vive, et chez les vieux buveurs il existe une sécrétion exagérée des glandules mucipares de l'estomac qui s'exprime par des vomissements glaireux. Au contraire, chez les paralytiques généraux, les fonctions digestives sont en général bien conservées et quelquefois même exagérées. IjC paralytique dévore,
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l'alcoolique ne mange guère, et c'est là, très incontestablement, un élément de diagnostic.
Au point de vue moral, la dépression, la tristesse, la lypémanis, sont l'expression habituelle de l'alcoolisme. La satisfaction, le contentement, l'exaltation du moi sont, au contraire, le type de la paralysie générale. Sans doute, il est des paralytiques tristes et des alcooliques gais ; mais, dans la paralysie générale, la mélancolie prend le plus souvent la tournure hypochondriaque ; on se voit alors en présence de malades très préoccupés de leur santé et craignant sans cesse la mort. Les alcooliques, au contraire, sont extrêmement portés au suicide et l'on ne rencontre pas habituellement, chez eux, ces terreurs hypochondriaques qui caractérisent si nettement la forme dépressive de la parai ysde générale.
Les hallucinations, peu communes dans la paralysie générale, sont, au contraire, l'un des traits dominants de l'alcoolisme. Elles s'y présentent avec une telle abondance, une telle netteté et des caractères si spéciaux, qu'il est difficile de les méconnaître.
L'insomnie est bien plus prononcée chez les alcooliques que chez les paralytiques, et ils sont exposés à des crises nocturnes qui, comme l'a si justement fait observer M. Lasègue, constituent la note dominante de leur maladie.
Enfin, l'intelligence est incontestablement mieux conservée chez les alcooliques, qui, dans la majorité des cas, sentent parfaitement leur faiblesse et déplorent eux-mêmes leur affaissement moral.
Ces différences permettront le plus souvent de ne point confondre l'alcoolisme chronique avec la paralysie générale. Toutefois, il est des cas où les deux maladies présentent les ressemblances les plus intimes et ne peuvent être diCfé*
renciées que par leur mode d'évolution. Nous reviendrons plus loin sur ce sujet, à propos de la pseudo-paralysie générale alcoolique.
Pronostic. — L'alcoolisme exerce son action nuisible sur tous les organes de l'économie. La plupart des buveurs succombent à une maladie de foie, de l'estomac ou des poumons ; mais ce qui nous préoccupe surtout ici, c'est leur état cérébral.
L'alcoolique peut toujours guérir s'il parvient à secouer le joug de ses habitudes, pourvu toutefois qu'il ne soit point arrivé à ce degré de désorganisation qui rend impossible le rétablissement des fonctions normales et condamne le sujet à une sorte de demi-démence ; mais il est extrêmement difficile à l'alcoolique de se réformer s'il n'est point placé sous une surveillance des plus rigoureuses. Toutefois, on a vu des conversions mémorables, et il n'est aucun médecin qui ne puisse en citer des exemples ; mais si l'alcoolisme est guérissable, la dipsomanie ne l'est point; nous étudierons d'ailleurs ce sujet, avec tous les développements qu'il comporte, dans la leçon prochaine.
Rappelons-nous, d'ailleurs, que si le pronostic est grave pour le coupable lui-même, il ne l'est pas moins pour sa postérité. Par voie de transmission héréditaire, Talcoolisme conduit à toutes les formes de l'aliénation mentale et surtout à ces dégénérescences qui constituent dans la patho^ logie mentale un chapitre à part.
Lésions anatomiques . — Si dans les principaux viscères on trouve des preuves non douteuses de l'action de l'alcool sur les tissus, il faut convenir que dans le système nerveux on ne rencontre aucune altération caractéristique. Les lésions de l'alcoolisme sont nombreuses et profondes, mais ne présentent en aucun cas de caractère spécifique.
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On peut diviser en trois grandes classes les lésions cérébrales : elles sont congestives^ inflammatoires ou dégénératives.
On rencontre souvent des congestions superficielles des hémisphères ; les méninges sont vascularisées, et les couches corticales participent à l'hypéréraie.
Souvent aussi l'on trouve des traces de méningite; il existe chez plusieurs sujets un épaississement opalin de la pie-mère et de l'arachnoïde ; mais la lésion la plus importante parmi les altérations de cet ordre, c'est la pachyméningite, ce sont les néo-membranes de la dure-mère qui deviennent l'une des sources les plus fréquentes de ces hémorrhagies méningées si fréquentes chez les alcooliques.
On trouve enfin des adhérences de la pie-mère aux circonvolutions sous-jacentes, et ces lésions ne se distinguent en rien de celles de la paralysie générale, si ce n'est par leur fréquence infiniment moins grande.
Parmi les lésions dégénératives, nous signalerons surtout les altérations des vaisseaux cérébraux. On rencontre souvent un état athéromateux très prononcé des artères, et des varicosités nombreuses, chez les vieux alcooliques. On comprend dès lors qu'ils doivent être sujets aux hémorrhagies cérébrales qui se rattachent tantôt aux anévrysmes miliaires, tantôt à la dégénérescence des parois artérielles; mais une conséquence plus directe encore de l'athérome, c'est le ramollissement, soit cérébral, soit spinal, qui se montre parfois dans une grande étendue. Par contre, on trouve chez certains alcooliques des plaques disséminées de sclérose cérébrale.
Un certain degré d'atrophie du cerveau se remarque chez la plupart des vieux alcooliques ; lorsque ce processus est
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trèi prononcé, le crâne semble offrir une capacité trop grande pour le cerveau qu'il renferme : c'est surtout alors que l'on constate de l'œdème cérébral, des épancheraenls sous-méningés ou ventriculaires qui viennent, en quelque sorte, combler le vide produit par le retrait de la substance cérébrale.
N'oublions pas enfin que chez certains sujets, loin d'être hypérémiée, la surface de l'encéphale est pâle, anémique, décolorée; c'est une conséquence naturelle des altérations vascLilaires que nous venons de décrire.
On rencontre parfois une infiltration graisseuse des cellules corticales et des dépôts pigmentaires. ^
Enfin l'analyse chimique a permis de reconnaître la présence de l'alcool dans le cerveau, surtout dans les cas de mort rapide à la suite d'accidents aigus.
Sauf ce dernier caractère, les lésions que nous venons de décrire, prises individuellement, ne sont point spéciales à l'alcoolisme; on les rencontre pour la plupart dans d'autres maladies, mais elles sont la preuve évidente d'un vice profond de nutrition de l'organe. L'alcool détermine d'abord un état congestif auquel succède une subinflammation chronique qui se termine par l'atrophie. On comprend dès lors pourquoi la maladie, qui, dans ses premières phases, paraît facile à guérir, aboutit en dernière analyse à une démence incurable.
Traitement, — Nous avons déjà parlé des moyens thérapeutiques qu'il convient d'opposer au délire tremblant et à la manie grave des buveurs. Nous ne parlerons donc ici que du traitement de l'alcoolisme aigu et chronique.
Presque toujours, nous l'avons dit, quand le malade renonce de gré ou de force à ses habitudes, il guérit complè-
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tement. Le moyen d'action qui se présente naturellement le premier à l'esprit, c'est la séquestration; mais il faut y joindre l'exercice physique et les distractions de tout genre, qui viennent fournir un aliment aux centres nerveux privés de leur stimulant naturel.
On a cherché quelquefois (à l'étranger) à inspirer le dégoût de l'alcool à ces malades par l'abus des préparations alcooliques. On introduit des liqueurs spiritueuses dans tous les mets qui leur sont offerts ; le filet au madère, l'omelette au rhum forment la base de leur régime, et aucun plat ne paraît sur leur table sans être largement alcoolisé. Au bout d'un certain temps, les malades, dit-on, éprouvent un tel dégoût, qu'ils renb^cent pour toujours aux boissons spiritueuses ; mais^ de l'aveu même des promoteurs de ce système, il est des sujets qui, loin de prendre en horreur un pareil régime, s'en accommodent parfaitement et paraissent y trouver le moyen de satisfaire leurs penchants. En outre, il est évident que chez plusieurs de nos malades un pareil régime compromettrait gravement la santé physique.
L'hygiène des alcooliques doit être basée sur une alimentation tonique : on leur donnera une nourriture riche en éléments phosphores; ils boiront du lait, du vin et du café. Une fois rétablis des conséquences immédiates de leurs abus, ils feront bien, s'ils en ont le courage, de pratiquer l'abstinence totale et de renoncer pour toujours aux boissons fermentées ; c'est le meilleur moyen de ne jamais retomber dans leur péché d'habitude. Leurs efforts, en ce sens, seront facilités par l'usage des amers. Enfin, l'hydrothérapie peut rendre ici de grands services, comme dans tous le cas d'affaiblissement général du système nerveux. • Il nous reste à dire quelques mots des moyens pharmaceutiques.
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Nous ne venions point nous occuper du traitement de l'alcoolisme en général; mais les troubles de l'estomac sont liés d'une manière tellement intime aux accidents nerveux, qu'il est impossible de les négliger.
Contre la paresse digestive, on emploiera les toniques amers et, plus spécialement, les préparations de noix vomique.
Contrôles vomissements glaireux, on emploiera le nitrate d'argent sous forme pilulaire à la dose de 1 ou 2 centigrammes par jour.
Contre les douleurs et les vomissements incoercibles, on fera usage de la glace et des préparations opiacées.
Enfla les révulsifs appliqués au creux épigastrique donneront quelquefois des effets utiles.
Il nous reste à parler du traitement des accidents nerveux.
L'insomnie appelle l'emploi des bromures alcalins, des bains prolongés et des sédatifs en général. Les narcotiques ne paraissent point agir avec avantage chez les malades de ce genre, lorsqu'ils sont parvenus à l'état chronique.
On a préconisé l'oxyde de zinc contre les hallucinations de l'alcoolisme, mais l'efficacité de ce remède ne paraît nullement démontrée. Nous en dirons autant de l'huile erapyreumatiquede pommes de terre, que certains auteurs ont regardée comme un spécifique contre le tremblement.
Mais il est un autre ordre de médicaments qui, maniés avec prudence, seront utiles dans toutes les formes et à tous les degrés de l'alcoolisme; ce sont les purgatifs qui agissent à la fois contre les accidents gastriques en balayant le tube digestif, et contre les accidents nerveux en décongestionnant les centres par leur action révulsive sur l'in- Lestin.
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En résumé, il n'existe aucun traitement spécifique contre l'alcoolisme; mais on peut se flatter d'obtenir d'excellents résultats d'une hygiène sévèrement observée et d'une abstinence sagement réglée. A ces deux grands ordres de moyen, les médicaments pharmaceutiques viendront en aide comme d'utiles auxiliaires, mais sans jamais occuper le rôle principal.