‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 3)Chapitre 187 sur 275 · EMBARRAS DE LA PAROLE · texte numérisé non relu

EMBARRAS DE LA PAROLE

M. Lasègue. Il affecte plus spécialement la langue et les lèvres, les muscles de la face et les extrémités supérieures et inférieures, et selon M. Lasègue, c'est le plus habituellement par les mains qu'il débute. M. Galmeil, au contraire, affirme que c'est aux extrémités inférieures qu'il se montre en premier lieu. Enfin il est incontestable que chez beaucoup de sujets c'est par la langue et les lèvres, c'est par les organes affectés aux fonctions de la parole que commence le phénomène pathologique.

Il est évident qu'on ne saurait établir à cet égard aucune règle absolue. Selon les points lésés dans l'axe cérébro-spinal, la localisation du tremblement sera très diversement répartie, et le début des accidents pourra se produire tantôt sur un point, tantôt sur un autre. Il est aujourd'hui bien démontré que le point de départ de la maladie occupe très souvent la moelle épinière et dans les cas oii l'affection suit pour ainsi dire une marche ascendante, on ne saurait être étonné de voir les troubles fonctionnels se manifester tout d'abord dans les membres. Mais l'embarras de la parole présente ici une importance tellement capitale, que c'est par l'étude de ce phénomène que je commencerai ma description. D'ailleurs, au point de vue clinique, c'est là bien souvent le premier symptôme qui attire l'attention de l'observateur.

La difficulté qu'éprouvent ces malades dans l'articulation des sons n'est point, comme on pourrait le croire, le résultat d'une paralysie. Il s'agitsurtout d'unétatspasmodique. Il s'agit del'ataxie, de l'incoordination des mouvements de la langue, des lèvres, des muscles de la face et quelquefois de la mâchoire inférieure. C'est une chorée, mais une chorée d'une nature particulière.

Chez un sujet fortement atteint, au moment où il ouvre la bouche pour parler, on voit se produire un tremblement

fîbrillaire du muscle orbiculaire et des releveurs de la lèvre supérieure. La mâchoire inférieure elle-même oscille un instant, puis après quelques secondes d'hésitation la première syllabe est émise. Le tremblement de la langue devient surtout manifeste quand elle est tirée au dehors et qu'elle repose sur la lèvre inférieure.

Ces mouvements involontaires, pris dans leur ensemble, rappellent beaucoup ceux qu'on observe quelquefois au début de la fièvre typhoïde, lorsque le malade s'apprête à parler. Ce jeu de physionomie venant à la période d'incertitude, alors que la dothiénentérie n'est pas encore franchement déclarée, peut offrir quelque importance au point de vue du diagnostic.

Tantôt il s'agit d'un simple temps d'arrêt, d'un faux pas de la langue, après lequel le mot est nettement prononcé. Tantôt, au contraire, il s'agit d'une prononciation lente et scandée, d'une netteté pénible et manifestement artificielle. Le malade, ayant conscience de son défaut, cherche à le masquer par des efforts qui ne l'empêchent pas de trébucher de temps en temps sur un mot difficile.

Vient enfin le bégayement, qui peut affecter toutes les formes et tous les degrés. C'est d'abord un léger bredouillement comme celui d'un homme qui aurait trop bien déjeuné et dont la parole aurait perdu sa précision habituelle. Instruits par l'expérience, nous comprenons tous la valeur de cette comparaison.

Bientôt, le malade passe des syllabes ou s'embarrasse en voulant les prononcer. Il abrège les mots, il se trompe en parlant, et certaines paroles difficiles échappent complètement à ses moyens. Cependant à ce degré il peut encore assez bien se faire comprendre : mais le bégaiement devient de plus en plus prononcé. Les discours du malade

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