‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 3)Chapitre 188 sur 275 · EMBARRAS DE LA PAROLE · texte numérisé non relu

EMBARRAS DE LA PAROLE

sont à peine intelligibles, bien qu'il parle encore avec une assez grande volubilité. EnjQn, il aboutit quelquefois à une perte presque absolue delà faculté du langage. Je pourrais vous montrer un malade actuellement à la clinique et qui prononce avec une très grande difficulté le mot bonjour, qui constitue aujourd'hui tout son vocabulaire. Il ne s'agit pas cependant d'un cas d'aphasie ; le malheureux sait parfaitement ce qu'il veut dire, mais les organes de la parole lui refusent absolument leur concours. Si j'insiste sur cette distinction très importante, c'est qu'il peut exister une aphasie très réelle chez certains paralytiques généraux ; c'est alors un trouble intellectuel et qui n'a aucun rapport avec l'état des organes de mouvement.

N'oublions pas que l'embarras de la parole peut subir des aggravations manifestes sous l'influence des causes les plus diverses. Le malade parle beaucoup plus difficilement à la suite d'une vive émotion et même après un bon repas. Chez les femmes, on observe, à l'époque menstruelle, une aggravation du phénomène. Enfin, c'est surtout la fatigue qui joue ici le rôle principal. Tel malade, dont l'articulation paraît irréprochable au début d'une conversation, parlera très indistinctement à la fin. Quelques minutes suffisent chez certains sujets pour produire à cet égard une difi'érence des plus notables.

Lorsque le bégaiement paralytique est très prononcé, il est impossible de le méconnaître. Lorsqu'au contraire il est très léger, le diagnostic peut être difficile et il faut toute l'habileté d'un clinicien consommé pour en reconnaître l'existence. Il est des malades qui peuvent soutenir une conversation assez longue sans que rien ne vienne trahir leur infirmité.

M. Lasègue donne à cet égard des règles excellentes et

qu'il faut toujours observer dans l'examen des cas douteux :

1° Faire lire le malade à haute voix, en choisissant des passages oîi se trouvent des mots difficiles et qui renferment beaucoup de consonnes ;

2° Prolonger l'entretien, car souvent, sous l'influence d'un certain degré de faligue, on voit se manifester certaines irrégularités dans la prononciation;

3° Enfin interroger les malades, qui ont souvent conscience de leur infirmité. Ils vous apprendront alors qu'à certains moments ils ont la langue pâteuse.

J'ai l'habitude de faire prononcer aux sujets des mots d'une certaine longueur, comme transubstantiation, ou qui renferment des / mouillées, comme artillerie. Le son dont il s'agit est, en effet, très difficile à rendre pour les paralytiques, même lorsqu'ils parlent assez bien sous d'autres rapports.

Il est d'autres phénomènes d'origine visiblement spasmodique qui peuvent remplacer l'embarras de la parole, ou marcher parallèlement à ce symptôme capital. Tels sont, le mâchonnement perpétuel, qui mérite d'attirer l'attention lorsqu'il ne s'agit point d'un vieillard ; les mouvements de dégustation, qui, d'après Strambio, seraient très fréquents dans la paralysie générale pellagreuse; enfin le grincement des dents, phénomène non moins caractéristique, mais qui appartient à une époque plus avancée de la maladie. Nous avons en ce moment à la clinique un malade chez qui ce mouvement spasmodique et absolument involontaire est tellement prononcé, qu'il est obligé de s'introduire son mouchoir dans la bouche, pour éviter, dit-il, l'usure des dents qui résulterait de ce frottement perpétuel.

DYSPHA'GIE. INÉGALITÉ fUPlLLAlRE. 727

En même temps que les troubles de la parole, on constate des altérations de la voix. C'est ainsi que Westphal rapporte l'observation d'un malade chez qui le premier symptôme d'une paralysie générale fut la perte d'une voix de ténor (1). Lennox-Brown a constaté au laryngoscope, chez certains sujets, une parésie des muscles du larynx. Chez beaucoup de paralytiques, la voix est rauque, sourde, voilée ; quelquefois même elle est nasonnée, ce qui indique une paralysie du voile du palais.

La paralysie du pharynx arrive plus tard ; elle marche plus lentement, mais tout aussi sûrement. Elle se caractérise par une difficulté toujours croissante de la déglutition et quelquefois par des accidents d'asphyxie dus à la pénétration du bol alimentaire dans les voies aériennes. C'est là, comme vous le savez, une cause assez fréquente de mort subite, chez les paralytiques généraux.

L'ensemble des accidents que nous venons de décrire pourrait se rattachera des lésions du bulbe; mais, dans ces temps derniers, les efforts des physiologistes ont ramené l'attention vers les lésions de la surface des hémisphères et Ton admet universellement aujourd'hui que les troubles de la motilité sur lesquels nous venons d'insister, peuvent fort bien résulter d'une lésion corticale et super* ficielle.

Passons maintenant à un autre symptôme qui marque souvent les débuts de la maladie. L'inégalité pupillaire, signalée pour la première fois par M. Baillarger^ est excessivement fréquente chez les paralytiques généraux. D'après M. Moreau (de Tours), eUe existerait dans plus de la moitié des cas. Considérée comme une dilatation par les uns,

(1) Virchow'sArchiv. Bd. XXXIX, p. 117.

comme une contraction par les autres, elle se rattache évidemment à des troubles dans l'innervation du grand sympathique. S'il est excité, comme cela se voit souvent au début, la pupille se dilate ; s'il est paralysé, elle se contracte, et comme en général les lésions de la maladie sont inégalement développées et ne présentent point une disposition symétrique, on comprend aisément que chez beaucoup de sujets l'une des deux pupilles sera plus affectée que l'autre. Cependant la différence est souvent assez minime, et il faut une grande habitude pour l'apercevoir. Au reste, il ne faut point oublier que l'inégalité pupillaire est un phénomène banal qui se rencontre dans beaucoup d'autres maladies et qui peut même exister à l'état normal (1).

Le fait qui prédomine est l'inégalité, mais ce renversement des rapports normaux peut être attribué soit à la mydriase, soit à la contraction de la pupille (myosis).

On observe à cet égard les combinaisons les plus diverses. Tantôt les deux pupilles sont dilatées simultanément, mais inégalement. Tantôt l'une est dilatée, l'autre contractée ; tantôt enfin les deux sont contracturées ; ce cas est plus rare, dit-on, et serait d'un fâcheux augure. La lésion prédominerait à gauche dans les deux tiers des cas. Enfin l'on admet généralement que le côté de la mydriase est le plus malade des deux.

Notons en passant quelques autres troubles oculaires qui sont loin d'offrir la même importance : ce sont le strabisme, le défaut d'accommodation, la diplopie, la chute de la paupière supérieure et la saillie du globe oculaire. Ces divers accidents sont liés à des paralysies plus ou moins complètes

(1) Nous renvoyons le lecteur, pour déplus amples détails, à l'intéressante étude publiée par M. Doutrebentej Congrès des aliénistes,

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