DIAGNOSTIC
les plus légitimes et lui faire admettre la possibilité d'une paralysie générale. Il se présente bOus deux formes principales: d'abord, la manie ou l'excitation maniaque avec idées de grandeur; ensuite, le délire simple sans excitation maniaque. C'est la mégalomanie de M. Foville.
Occupons-nous d'abord du premier cas. Les éléments du diagnostic seront fournis d'abord par les antécédents du malade. En effet, la manie ambitieuse offre un début brusque, imprévu, violent et sans prodromes. La paralysie générale, au contraire, nous offre, au début, des alternatives de dépression et d'excitation; des phénomènes congestifs, des poussées vers la tête, des vertiges suivis ' quelquefois de perte de connaissance. Enfin l'on constate souvent un affaiblissement intellectuel évident caractérisé par des propos incohérents, par des actes bizarres et quelquefois coupables, et, ce qui est encore plus important, par une maladresse physique et morale. Nous avons en second lieu les caractères bien connus du délire paralytique. Nous les avons décrits avec soin, aussi nous dispenserons-nous d'y revenir.
Enfin, en troisième lieu, il faut tenir compte de l'évolution de la maladie. Il ne faut point, dans les cas douteux, se prononcer d'emblée; il faut réserver son jugement et revenir sur ses premières impressions. La marche de la manie et de l'excitation maniaque est, en effet, tellement différente de celle qu'affecte la paralysie générale, que tel cas, difficile en apparence au début, sera d'une simplicité absolue quelques mois plus tard.
La mégalomanie est essentiellement caractérisée par un délire logique, régulier, bien enchaîné. Le malade raconte un roman parfaitement bien rédigé. Ses explications ont une certaine vraisemblance dans leur absurdité, et la tenue
du sujet répond au rôle qu'il s'est attribué. Il est fier, dédaigneux, susceptible ; il ressent très vivement les injures, et surtout il fait preuve d'un fort méchant caractère, différent en cela du paralytique général, dont la bonté et la bienveillance un peu niaise sont un des traits les plus caractéristiques.
Les mégalomanes sont souvent remarquables par une excellente conservation de la mémoire. Cette faculté, nous le savons déjà, s'affaiblit rapidement chez les paralytiques. Mais un point plus important encore, c'est l'existence d'hallucinations de l'ouïe chez les fous ambitieux, qui, très souvent, sont aussi des persécutés. Or, les hallucinations sont peu communes chez les paralytiques et ne se manifestent que dans certaines conditions tout à fait particulières.
Notons enfin que l'évolution de la maladie est absolument différente dans les deux cas.
Pendant de longues années, le mégalomane reste identique à lui-même, sans dévier un instant de la ligne qu'il s'est tracée. Le paralytique est, au contraire, un mur qui s'écroule et chaque jour voit tomber quelques pierres de l'édifice.
La manie simple, sans idées de grandeur, me paraît facile à distinguer de la paralysie générale; cependant, il est une forme de la maladie dans laquelle l'agitation maniaque qui marque les débuts, persiste fort longtemps, sans changer de type, puis cède le pas à l'affaiblissement intellectuel, qui verse lui-même dans la démence paralytique, avec l'embarras de la parole, le tremblement et les autres signes caractéristiques de la maladie. Ce sont les cas de ce genre qui ont fait dire à Esquirol que la paralysie était surajoutée à la vésanie.
Ces faits sont incontestablement les plus difficilen h
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juger, et l'on ne peut se former une opinion qu'en présence du développement ultérieur de la maladie et de la tournure que prennent les événements.
Messieurs, il est une forme aiguë de la paralysie générale (1), dans laquelle il existe une fièvre intense, avec accélération du pouls, avec élévation de la température, état fuligineux de la bouche, en un mot, toute une série de symptômes qui font nécessairement songer au délire aigu.
Le diagnostic est extrêmement difficile. Cependant, il existe deux cas :
Dans le premier, la paralysie générale conserve ses caractères, et l'observateur peut se prononcer avec une certitude au moins relative. Le malade présente, en effet, de l'embarras de la parole, du tremblement, des idées ambitieuses, et cet embarras de la parole peut mettre sur la voie.
Dans le second cas, on se trouve en présence d'une excitation ou d'une démence d'emblée. Si les antécédents du malade soni; muets, le diagnostic est absolument impossible et ne se fait qu'à l'autopsie.
Nous en avons eu un exemple chez le sujet que je vous ai récemment présenté à la clinique et qui paraissait atteint d'une démence consécutive. Dans toutes les réponses aux questions qu'on lui adressait, il introduisait le nombre 14; il avait 14 ans, il avait 14 enfants, il avait gagné 14 francs. Nous avions admis une démence primitive, mais le malade mourut peu de temps après, et nous trouvâmes, à l'autopsie, les lésions manifestes de la paralysie générale.
Passons maintenant à la forme dépressive de la paralysie générale et aux maladies qui peuvent la simuler. Des
(1) Linas, Thèse de Paris, 1857.
difficultés non moins grandes nous attendent sur ce nouveau terrain.
La mélancolie avec stupeur est souvent difficile à distinguer de la paralysie générale à forme mélancolique. Les conceptions délirantes sont à peu près les mêmes. L'obtusion de l'intelligence simule la démence. Enfin la stupeur détermine quelquefois certains troubles de motilité qui pourraient aisément égarer l'observateur.
Le diagnostic devra s'appuyer en premier lieu sur les antécédents du malade. Il est rare que la paralysie générale, à forme dépressive, débute d'emblée sans être précédée par certains autres troubles intellectuels, par une grande incapacité de travail et quelquefois par un véritable délire, avec idées ambitieuses. La lypémanie proprement dite, au contraire, ne présente point ces signes de perturbation ou de décadence de l'esprit, et même, à la veille de la stupeur, le lypémaniaque, quand il parle, manifeste encore un certain degré de vigueur intellectuelle.
Les caractères du délire, pris en lui-même, sont donc le second indice qui peut mettre sur la voie de la paralysie générale. La perte de mémoire, l'absurdité des conceptions, les contradictions grotesques qu'on saisit, soit dans la conversation, soit dans les écrits des vrais paralytiques, ne se rencontrent jamais dans la lypémanie proprement dite.
Restent enfin^les signes physiques de la paralysie générale, qui ne se rencontrent jamais chez les vrais mélancoliques. Mais il est des cas où le sujet, se renfermant dans un mutisme obstiné, ne fournit à cet égard aucune indication appréciable. Il faut alors savoir attendre. Marcé rapporte le cas d'un malade qui, après avoir gardé un silence obstiné pendant cinq mois, a fini par dire : « Je suis le fils