DIAGNOSTIC
de l'empereur », en bégayant ; à partir de ce moment, aucune erreur n'était possible.
La folie à double forme présente deux périodes, dont l'une est caractérisée par la dépression, l'autre par l'exaltation. C'est surtout dans ce dernier cas que l'observateur peut souvent concevoir l'idée d'une paralysie générale. Pour être moins incohérente, moins absurde et moins contradictoire que celle des vrais paralytiques, l'ambition des sujets atteints de folie circulaire n'est pas moins frappante ; et, lorsqu'on voit un sujet de cette espèce soutenir qu'il est le premier ministre, qu'il a fait des inventions merveilleuses et réalisé une fortune colossale, il est bien permis d'hésiter.
M. Régis, dans un travail récent (1), signale la bienveillance habituelle des paralytiques, qu'il oppose avec raison à l'orgueil méchant, au caractère agressif de la plupart des fous circulaires. Cette remarque est parfaitement juste et peut servir à formuler le diagnostic. Cependant le mieux est d'attendre l'évolution delà maladie, et quand on voit se dessiner la courbe caractéristique de la folie alternante, les doutes se dissipent aisément.
N'oublions pas toutefois qu'il existé une forme alternante ou circulaire de la paralysie générale ; mais elle se distingue de la vraie folie circulaire, par une tendance manifeste vers la démence ; tandis que les circulaires peuvent traverser des crises fréquemment répétées, sans subir aucune déchéance intellectuelle, les paralytiques tendent de plus en plus vers l'abolition des facultés. Enfin, la paralysie générale à double forme est toujours à courte période, ce qui suffit pour la distinguer au moins des formes prolongées de la folie circulaire.
(1) L'EncéTphale^ 2S décembre 1881.
Passons maintenant à une forme entièrement différente de délire; je veux parler des actes impulsifs. Nous savons combien ces troubles de la volonté sont fréquents dans la paralysie générale. Comment distinguer les actes morbides qui relèvent de cette maladie, de ceux qui reconnaissent une origine différente? Deux éléments de diagnostic se présentent encore à nous : d'abord les antécédents du malade, ensuite la nature même de l'acte incriminé. Le paralytique, ici comme ailleurs, est toujours absurde ; il commet des indélicatesses, ou des actions répréliensibles, avec toute la maladresse d'un honnête homme, qui ne manque jamais de se faire prendre à son coup d'essai. C'était un paralytique qui volait une planche à un échafaudage ; c'était un paralytique qui se présentait chez M. de Rothschild pour toucher une traite fantastique, signée des noms de tous les généraux sous lesquels il avait servi ; c'était un paralytique enfin, qui, dans sa fureur génésique, essayait de violer la chienne de la maison. Ces crimes sont assurément des crimes, mais leur niaiserie les rattache à l'état psychologique de la paralysie générale. Mais, dira-t-on, les aliénés criminels sont souvent absurdes à leur tour, et plus d'une fois on les voit commettre des actions qui, pour être éminemment répréhensibles, n'en sont pas moins absolument insensées. Vous me permettrez de répondre que c'est déjà beaucoup de savoir qu'un criminel est aliéné ; on peut alors le placer dans des conditions favorables à l'observation, et la suite de sa maladie nous apprendra s'il était, ou non, paralytique.
Messieurs, j'en ai fini avec les vésanies, et je vais aborder le diagnostic des lésions organiques du cerveau qui peuvent simuler la paralysie générale.
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L'épilepsie et la chorée, ces grandes névroses qui simulent quelquefois la maladie qui nous occupe, nous serviront de transition entre les vésanies proprement dites et les affections de nature organique.
Il peut paraître étrange qu'on ait à faire quelquefois le diagnostic entre l'épilepsie et la paralysie générale. On sait cependant que des crises épilepliformes accompagnent très souvent la maladie dans son évolution et surtout au cours de la deuxième période; mais quelquefois ces accidents sont précoces et se manifestent avant que la maladie ait acquis ses caractères distinctifs. L'embarras de l'observateur ne peut guère être, en pareil cas, de longue durée, car les crises épileptiformes ne tardent point à aggraver la situation du malade en imprimant une marche plus rapide à la maladie.
Quant à la chorée, on ne peut être tenté d'y songer que dans le cas oii le tremblement paralytique présente un aspect absolument choréiforme ; mais, comme dans le cas précédent, l'erreur ne saurait être de longue durée.
J'arrive aux grandes lésions en foyer de l'encéphale, à l'hémorrhagie et au ramollissement cérébral. Quand ces lésions déterminent une hémiplégie, l'erreur n'est guère possible, car les hémiplégies transitoires de la paralysie générale ne ressemblent guère aux troubles permanents et profonds qui résultent d'une hémorrhagie ou d'un ramollissement cérébral. Mais dans les cas oii ces lésions s'accompagnent de démence, sans produire aucune hémiplégie, elles peuvent ressembler de très près à la paralysie générale dite sans aliénation, d'autant plus qu'un léger embarras de la parole est fréquent en pareil cas. Cependant, une étude attentive permettra souvent d'éliminer de pareilles causes d'erreur. Dans l'hémorrhagie et le ramol'
lisseraent, s'il peut y avoir de l'embarras dans la parole, on ne trouve point le tremblement vermiculaire de la langue et des lèvres, qui est si caractéristique dans la paralysie générale. De plus, on rencontre souvent chez des sujets de cette espèce, soit de l'athéromasie, soit des affections du cœur, qui sont beaucoup moins communes chez les paralytiques généraux.
L'âge des sujets peut être également invoqué. La période classique de la paralysie générale couvre un espace de dix ans, de trente-cinq à quarante-cinq ans. Les lésions profondes du cerveau, dont nous venons de parler, se manifestent ordinairement à une époque plus avancée de la vie.
Enfin le mode de début, lorsqu'il est possible de le reconnaître, forme à l'observateur de précieux renseignements.
Les considérations qui viennent d'être développées, s'appliquent également aux tumeurs cérébrales. Ici le délire n'est point un symptôme habituel, mais on observe souvent un affaiblissement de l'intelligence, avec perte de la mémoire, qui peut faire songer à la paralysie générale sans aliénation, lorsqu'on observe certains symptômes physiques qui sont communs à Tune et à l'autre maladie. Tels sont : un léger embarras de la parole, une certaine difficulté de déglutition, de la céphalée et des accidents convulsifs.
Par contre, les tumeurs cérébrales sont caractérisées par certains symptômes qu'on ne trouve guère dans la paralysie générale. Nous citerons surtout les vomissements, les paralysies limitées, surtout à la face et aux muscles moteurs de l'œil ; enfin, l'amaurose, avec les lésions spéciales de la rétine que révèle l'ophthalmoscope.
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Ajoutons enfin que les antécédents du malade doivent être interrogés. Souvent les tumeurs cérébrales reconnaissent pour cause un traumatisme, un coup sur la tête. Cette origine est beaucoup moins fréquente dans la paralysie générale. Il faut cependant reconnaître, avec M. Foville, qu'il est des cas oii le diagnostic est absolument impossible.
La syphilis cérébrale peut donner lieu à un complexus symptomatique qui a été désigné sous le nom de pseudoparalysie générale syphilitique.
Comme la plupart des lésions cérébrales organiques, lorsqu'elle emprunte le masque de la paralysie générale, c'est à la forme sans aliénation qu'elle ressemble le plus. Cependant, trois données capitales permettront d'éviter ici une erreur : d'abord les antécédents du sujet; ensuite le strabisme, ou, pour mieux dire, les paralysies des muscles moteurs de l'œil ; enfin, et surtout, l'influence rapide du traitement. Toutes les fois, en effet, que le moindre doute peut exister à [cet égard, un traitement antisyphilitique est absolument indiqué, ne fût-ce qu'à titre d'expérience.
On a dit aussi que l'âge du sujet pouvait servir de moyen de diagnostic. La syphilis est une affection de jeunesse, la paralysie générale frappe surtout l'âge mûr ; mais le critérium nous paraît infidèle, car la syphilis cérébrale est une manifestation tardive, et l'on n'est pas toujours puni immédiatement après avoir péché. Aussi, plus d'un homme ne paye-t-il définitivement ses dettes de jeunesse que dix, quinze ou vingt ans après les avoir contractées.
Ainsi donc, si nous voyons chez un homme de vingt ans des symptômes de paralysie générale, nous songerons peut-être à la syphilis ; mais à trente-cinq ans on est exposé
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à l'une et l'autre maladie, et l'âge du sujet n'a plus aucune importance par rapport au diagnostic.
11 nous resterait à parler de l'encéphalopathie saturnine et de l'alcoolisme chronique ; mais ces sujets ont été déjà longuement traités dans mes leçons précédentes.