FACULTÉ DU LANGAGE. 8H
traire. Gomme le dit Spielmann, chaque idiot représente un type spécial et mérite d'être étudié séparément.
Il est donc très facile de multiplier indéfiniment les classes et les divisions, mais on admet généralement Téchelle établie par Morel. Au dernier rang il place les idiots, au second les imbéciles, au premier, par ordre de mérite, les faibles d'esprit. Cette dernière expression est souvent appliquée à des sujets qui, même en présentant des facultés intellectuelles assez distinguées, manquent de jugement et ne savent point diriger leur vie. Il serait préférable d'abandonner ce terme, qui manque de précision. Nous ne parlerons donc ici que des imbéciles et des idiots. Mais chez ces derniers même il existe des degrés divers. Esquirol les classe d'après la faculté de langage, qui est plus ou moins complètement abolie ou conservée chez eux. Dans la première classe le sujet a conservé quelques mots et peut quelquefois dire de courtes phrases ; dans la seconde classe, tout se borne à des cris inarticulés ; dans la troisième enfin, l'expression vocale est totalement abolie; il n'y a rien, pas même un cri.
Cette classification est trop arbitraire et pourrait être facilement critiquée. Elle repose sur une base trop exclusive. En effet, chez les animaux la faculté d'expression vocale est loin de mesurer l'intelligence. Nous voyons que les oiseaux, surtout chez certaines familles, possèdent une faculté très étendue de vocalisation, qui peut aller quelquefois jusqu'à rivaliser avec la parole humaine. Au contraire, l'éléphant, dont l'intelligence est infiniment supérieure à celle des oiseaux, ne possède qu'un seul cri monotone et strident.
N'en est-il pas de même chez l'homme, et lorsque l'on s'adresse aux déshérités qui ont perdu la plus grande
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partie de leur patrimoine intellectuel, ne peut-on pas souvent rencontrer des sujets qui possèdent encore un certain degré d'intelligence, alors que la faculté d'expression par la parole a complètement sombré?
J'aime donc mieux adopter pour les idiots la division classique, en automatiques et en spontanés. Les premiers, réduits à l'état de machine, ne jouissent guère que de la vie végétative; les seconds ont conservé quelques parcelles d'intelligence et manifestent une volonté propre. Ils peuvent offrir, d'ailleurs, au point de vue de leur développement, de très grandes différences, et, sous ce rapport, le point de départ de leur état cérébral mérite d'être pris en considération.
L'idiotie est le plus souvent congénitale ; cependant elle peut se développer par suite de maladies diverses pendant une longue période de l'évolution, depuis la naissance jusqu'à six ou sept ans.
Les idiots présentent, dans leur aspect extérieur, les stigmates évidents de leur dégénérescence. Le crâne est difforme, quelquefois volumineux (hydrocéphalie), d'autres fois rétréci (microcéphalie) ; la figure est stupide et sans expression, et le plus souvent des irrégularités notables en marquent les traits. Des grimaces, des rides prématurées, des tics nerveux, viennent augmenter la laideur primitive de leur physionomie. Plusieurs d'entre eux sont atteints de strabisme, et l'on rencontre souvent chez ces sujets cette inégalité des deux moitiés de la face que M. Lasègue a très heureusement désignée sous le nom de strabisme facial. La partie inférieure de la figure offre surtout un aspect bestial : la bouche est largement fendue, les lèvres sont difformes et épaissies ; la langue, souvent volumineuse et gênée pour ainsi dire dans la cavité qui l'enferme, s'é-