TROUBLES DIVERS
chappe à travers les arcades dentaires ; les dents sont mal construites et presque toujours la dentition est incomplète et ravagée par la carie. Chez plusieurs sujets la seconde dentition ne s'est jamais effectuée ; ils n'ont que des dents de lait. Le menton est fuyant, la mâchoire inférieure souvent peu développée, enfin les oreilles présentent ces déformations caractéristiques, que Morel considérait comme l'un des meilleurs signes de la dégénérescence héréditaire ; le pavillon est mal développé, le lobule manque souvent, les bords sont irréguliers, festonnés, ou manquent complètement.
On rencontre souvent chez ces sujets des déformations du tronc et des membres. Ils ont quelquefois des déviations de la colonne vertébrale. Ils ont souvent un pied bot ou des contractures qui leur déforment les membres. Enfin, dans bien des cas la main de l'idiot est très incomplètement développée, bien que l'on ait exagéré l'importance de ce caractère (1).
Les troubles somatiques dont les idiots peuvent être affectés sont extrêmement nombreux. Les fonctions sensoj'ielles sont très souvent aflectées chez eux. Les sens spéciaux sont les premiers à souffrir.
L'amblyopie et même l'amaurose sont fréquentes chez eux. Ces troubles s'expliquent tantôt par de la rétinite pigmentaire, tantôt par une atrophie plus ou moins complète; de la rétine et des nerfs optiques, tantôt, enfin, par
(i) Feu le professeur Hirtz (de Strasbourg) se plaisait à décrire dans ses cours la main idiote, eu regardant sa propre main, puis à la fin de sa description il s'écriait avec un air de surprise : « Qu'ai-je fait?... c'est ma propre main que je viens de décrire. » Par cette plaisanterie un peu forcée, il visait les exagérations des auteurs qui incriminent au point de vue morphologique les caractères les plus communs.
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des vices de conformation cérébrale qui semblent frapper la fonction même à son point d'arrivée.
La surdité est fréquente aussi ; elle s'explique quelquefois par des lésions du rocher ou des vices de conformation de l'oreille interne, mais elle relève plus souvent encore de certains vices de conformation cérébrale.
Signalons enfin la perte du goût et de l'odorat et l'anesthésie cutanée, qui peut être totale ou partielle.
Parmi les troubles delamotilité,nousavons déjà signalé le strabisme. Nous y joindrons le bégaiement, qui s'observe chez beaucoup d'idiots capables de parler. L'un et l'autre symptôme semblent se rattacher à une lésion du bulbe.
Les contractures et les paralysies sont extrêmement communes: beaucoup d'idiots ne peuvent ni marcher ni se tenir debout. Mais l'étendue des lésions n'est point toujours aussi grande et l'on observe souvent des paralysies partielles limitées à un membre, et des atrophies musculaires portant tantôt sur un muscle isolé, tantôt sur certains groupes démuselés.
Rien n'est plus commun d'ailleurs que de voir les grandes névroses convulsives venir compliquer l'idiotie. L'épilepsie et la chorée s'observent très souvent chez les sujets de cette espèce ; ils peuvent être atteints aussi de diverses afïections chroniques de la moelle épinière, et parmi les nombreux symptômes auxquels peuvent donner lieu de pareilles lésions, nous signalerons un affaiblissement marqué de l'excitabilité électrique.
Les fonctions génitales sont habituellement affaiblies chez les idiots ; ils sont frappés d'impuissance et de stérilité et beaucoup d'idiotes n'ont jamais été menstruées. Il semble que la nature ait voulu prendre contre la reproduction de ces types difformes des précautions salutaires. Et cependant
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il n'en est pas toujours ainsi. On voit certains idiots se livrer avec frénésie à la masturbation; on voit certaines idiotes, surprises par des hommes qui ont abusé de leur faiblesse intellectuelle, devenir enceinteset accoucher régulièrement.
Nous ne croyons point devoir insister davantage sur le côté purement physique de l'idiotie. Abordons l'étude des phénomènes psychiques . Chez les idiots complets ou automatiques, il n'existe aucune espèce de spontanéité et l'absence presque totale de l'intelligence n'est point remplacée par cette mystérieuse faculté qu'on appelle l'instinct. Non seulement il leur est impossible de vouloir, mais ils ne songent même pas à satisfaire les besoins physiques de la vie. Il faut les nourrir, nous avons presque dit les gaver. En effet, semblables aux pigeons sans cervelle, ils sont incapables d'a])sorber leur nourriture, si on ne la leur ingurgite pas. Ils vivent dans la malpropreté la plus absolue et se livrent à des mouvements automatiques accompagnés quelquefois de cris bizarres. J'ai vu dans le service de M. Moreau (de Tours) une jeune idiote qui passait complètement son temps à se balancer d'avant en arrière en répétant toujours le même cri : « Hé, hé, hé ! Bé, bé, bé. » Le sommeil venait interrompre ses exercices qui recommençaient immédiatement au réveil.
L'idiotie portée à ce degré n'est point compatible avec une durée normale de l'existence. Les sujets de cette espèce meurent presque tous jeunes, et il est extrêmement rare de les voir dépasser l'âge de trente ans.
L'idiotie complète, absolue, automatique, ne se traduit guère au point de vue psychologique que par des faits négatifs.
L'idiotie moins complète^ moins absolue, et qui laisse
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aux facultés un certain degré d'activité, ne se prête guère à une description d'ensemble. On voit, en effet, chez certains idiots, persister à un degré remarquable des fractions d'intelligence, si je puis m'exprimer ainsi. Chez les uns c'est l'instinct musical qui subsiste, et quelquefois à un degré surprenant. Chez d'autres, on rencontre une grande habileté de calcul; ils ont, comme on dit vulgairement, la bosse des nombres. Chez d'autres, enfin, il existe une assez grande habileté manuelle, qui leur permet d'exécuter certains travaux. Griesinger rapporte le fait suivant : pendant une visite à l'établissement d'Earlswood, en Angleterre, il vit un modèle très bien fait d'un vaisseau de guerre exécuté par un jeune homme plongé d'ailleurs dans un état profond de dégradation intellectuelle. Les notions les plus élémentaires lui manquaient absolument, et malgré tout, il lui restait, comme on le voit par cet exemple, certaines facultés d'imitation, de conception et d'exécution.
D'après Ireland, les idiots des villes sont moins dégradés que ceux des campagnes au point de vue intellectuel, ce qui tient sans doute à la différence des milieux oii ils ont vécu. Cette observation ne peut, d'ailleurs, s'appliquer qu'aux idiots partiels et non à ceux dont la dégradation est absolue.
Enfin les sentiments affectifs chez certains idiots peuvent survivre à la disparition presque complète de l'intelligence. Beaucoup de ces sujets s'attachent d'une manière touchante à leur mère, à un frère, à une sœur, aux personnes qui leur donnent des soins. Par contre, on voit souvent chez eux des instincts absolument pervers. Ils sont portés d'instinct à tous les vices, à l'homicide, à la sodomie, an vol, à la gloutonnerie et surtout à des colères irréfléchies qui les portent à se précipiter sur tout ce qui les entoure.