TRAITEMENT
mesure ce qu'ils voient faire autour d'eux. Mais le grand principe dans l'éducation de ces enfants est de chercher les aptitudes qui peuvent subsister au milieu de cet affaiblissement général, et de cultiver chez eux le talent du dessin, l'aptitude au calcul, le goût de la musique et les autres capacités qui persistent chez bon nombre d'entre eux. L'intelligence générale profite à son tour de cette gymnastique cérébrale, et lorsqu'il ne s'agit point d'idiots de la dernière espèce, on parvient souvent à réaliser des progrès vraiment remarquables chez des intelligences qui semblaient absolument déshéritées.
Tout en applaudissant aux efforts intelligents et à la persévérance philanthropique de Seguin, de Belhomme, de Voisin, de Delasiauve, dlreland et des autres éducateurs de la jeunesse idiote, on ne peut se défendre d'un scrupule de conscience en voyant dépenser tant d'intelligence et tant d'activité pour une culture essentiellement stérile et qui nedonnerajamaisqu'une très pauvre et misérable récolte. Lorsque tous les enfants normalement constitués de l'Europe \ Ua'^ recevront cette instruction élémentaire qui, dans bien des (^ . /h cas, leur fait absolument défaut, il sera temps, semble-t-il, de s'occuper de l'instruction des idiots. Jusque-là c'est un singulier paradoxe, en apparence du moins, que de prodiguer tous les bienfaits de la culture intellectuelle à des enfants qui n'ont point d'intelligence à cultiver. Mais, pour apprécier à leur juste valeur les efforts tentés dans cette direction, il faut les considérer comme une belle et vaste expérience destinée à nous montrer quels sont les moyens les meilleurs pour lutter contre des intelligences rebelles et triompher de leur inertie. La grande cause de l'éducation, envisagée dans son vaste ensemble, est destinée sans nul doute à en profiter un jour.