QUARANTE-QUATRIÈME LEÇON
DU CRÉTINISME
Sommaire. — Définition du crétinisme; opinions diverses.— Arrêt de développement. — Côté physique et côté moral. — Crétins, demi-crétins et crétineux.
Description physique des crétins complets. — Crâne. — Face. — Dentition.— Marche. — Taille. — Organes génitaux. — Croître. — Conformation générale. — Défaut de proportion entre le tronc et les membres.
— Enveloppe cutanée. — Système pileux. — Rachitisme. — OEdème. — Fonctions respiratoires. — Pouls. — Voracité. — Fonctions digestives.
— Faiblesse musculaire. — Torpeur. — Sensibilité. — Ouïe. — Parole.
— Maladies intercurrentes.
Demi-crétins. — Goitre. — Organes génitaux. — Crétineux. — Type moins accentué.
Etat intellectuel des crétins. — Ils sont susceptibles d'un certain degré d'éducation. — Mémoire souvent développée. — Caractère moral. — Crétins physiques.
Anatomie pathologique. — Forme du crâne. — Capacité crânienne. — Epaisseur des os. — Ossification tardive des sutures. — Cerveau. — Cervelet. — Isthme de l'encéphale. — Lésions accessoires. — Rachitisme.
Etiologie. — Rapport entre le goître et le crétinisme. — Endémicité. — Hygiène. — Hérédité. — Eaux potables. — Discussion. — Crétinisme sporadique. — Myxœdème. — Distribution géographique du crétinisme. Pronostic. — Traitement. — Prophylaxie. — Moyens curatifs.
Messieurs,
Il est une dégénérescence particulière de l'espèce humaine, qui se localise de préférence dans certaines vallées situées dans les hautes montagnes, bien qu'elle puisse exister à Tctat sporadique, chez les individus isolés. Cet arrêt de développement, si voisin de l'idiotie par certains
DÉFINITION DU CRÊTINISMÈ. Sîîl
côtés, en diffère cependant par des caractères essentiels que nous aurons tout à l'heure à vous signaler. Il s'agit, vous le savez déjà, du crétinisrae.
Voyons tout d'abord comment on doit envisager cette condition particulière; nous en étudierons ensuite les causes, la prophylaxie et le traitement.
La définition du crétin comprend deux caractères indispensables : il existe, en effet, dans cette anomalie, un côté physique et un côté moral.
Cette manière de voir n'a pas été toujours admise. Pour Fodéré, il n'existait point de différence essentielle entre l'idiotie etlecrétinisme, et pour beaucoup de pathologistes, le goitre surajouté à la nullité de l'intelligence suffirait pour caractériser cette dégénérescence. Ils auraient dit volontiers : «Est crétin tout idiot pourvu d'un goître. » C'est là une erreur profonde, car s'il existe des rapports intimes entre le goître et le crétinisme, il est aujourd'hui bien démontré que les vrais crétins ne sont point goitreux ou ne présentent qu'à un très léger degré cette infirmité.
Mais, sans anticiper sur cette partie du sujet, nous allons étudier le type physique et moral que nous présentent ces êtres dégradés. A l'exemple de la commission sarde, nous admettons qu'il existe trois degrés, désignés sous les noms de crétin^ demi-crétin et crétineux. Occupons-nous tout d'abord des crétins complets, offrant le véritable type delà dégénérescence.
Dès leur naissance, les petits crétins présentent des indices qui peuvent faire soupçonner l'avenir qui les attend . Ils présentent une tête volumineuse ; le front est déprimé en arrière; l'occipital vient à sa rencontre, ce qui donne à l'ensemble du crâne une forme pointue.
La face est œdémateuse; le regard est sans expression
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et cette lumière qui vient éclairer bientôt la physionomie des petits enfants ne viendra jamais animer leur visage. La face présente déjà les traits qui la caractériseront plus tard : le nez est épaté ; la langue déborde les lèvres, qui sont épaisses et charnues ; le col est gros et court, et cependant l'enfant tient mal sa tête, qui ballotte de tous côtés. Souvent enfin on constate une légère hypertrophie du corps thyroïde.
Les caractères fonctionnels viennent confirmer les inductions tirées des signes physiques. Le petit crétin tette avec difficulté ; il ne sourit jamais; il ne reconnaît point les personnes qui l'entourent, pas même sa nourrice ; il ne donne jamais enfin aucune preuve d'affection ou d'intelligence, et pour compléter le tableau, il demeure dans un état de somnolence presque continuelle.
A mesure que l'enfant grandit, on constate que, malgré son appétit vorace, il se développe très lentement. La dentition, par exemple, est tardive, incomplète, irrégulière; les dents sont noires, mal plantées sujettes à la carie, et, presque toujours, en nombre inférieur au chiffre normal. La seconde dentition, chez plusieurs de ces sujets, ne se fait jamais, ou du moins ne se montre que très incomplètement.
L'enfant marche très tard ; ce n'est qu'à sept ou huit ans qu'il peut se tenir sur ses jambes ; il est toujours très maladroit et sait à peine se servir de ses mains; sa taille ne se développe pas; il reste toujours très petit et ne mesure à l'âge adulte que quelques centimètres au-delà d'un mètre. A vingt ans, le sujet a les apparences d'un enfant, et, par contre, dès les premières années de la vie, il ressemble à un vieillard. C'est, en effet, un petit vieux ridé, au teint blafard, aux yeux éteints, et plongé dans cette profonde indif-