‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 3)Chapitre 44 sur 275 · CONCEPTIONS DÉLIRANTES · texte numérisé non relu

CONCEPTIONS DÉLIRANTES

oîi ils reprennent connaissance après un accès^ peuvent servir ici de type, et nous aider à comprendre ces dispositions morbides de l'esprit, qui impriment une teinte spéciale à toutes les idées du malade. Chez l'épileptique, en effet, il s^agit d'une terreur sans motifs, d'une impression d'origine purement physique; n'en est-il pas de même chez l'homme qui, en dépit delà raison, en dépit des efforts de sa propre volonté, se croit perdu sans ressource, lorsque rien ne justifie son désespoir?

c( Je sais parfaitement, disait un malade à son médecin, que ma position de fortune est excellente, et ne peut que s'améliorer avec le temps ; et cependant, je ne puis me soustraire à la conviction que je suis complètement ruiné. »

Dans un ordre d'idées différent, un homme profondément religieux est pris de scrupules exagérés ; il se reproche amèrement les actions les moins coupables de sa vie : il croit avoir encouru la vindicte céleste, et rien ne peut le délivrer de cette accablante certitude, qui fait le malheur de son existence.

Je suis perdu ; — ma fortune est faite ; — je suis damné; voilà en quelques mots le résumé de ces convictions tyranniques, contre lesquelles aucun raisonnement ne saurait prévaloir. Gomment discuter, en effet, avec un esprit malade, dont les erreurs reconnaissent une cause purement physique? C'est un faux pli de l'étoffe cérébrale, que tous les efforts de la logique ne pourront jamais redresser.

Tels sont les premiers pas qui conduisent sur la pente de l'aliénation mentale ; ou, pour employer un langage plus scientifique, tels sont les premiers symptômes de la maladie (1). A cette période correspondent le plus souvent

(1) Nous ne parlons pas ici de la folie dite instantanée, ni de ces

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ces altérations du caractère, ces perversions du sens moral qui poussent quelquefois les aliénés à des actes criminels et les exposent à la vindicte des lois. Mais sans aller aussi loin, on a souvent à leur reprocher un changement complet de sentiments et d'habitudes, de penchants et de goûts. Les parents les plus proches, les amis les plus chers deviennent l'objet de leur aversion violente ; leur humeur s'aigrit, leurs mœurs se dépravent; en un mot, leur axe inoral est profondément dévié.

Sur ce terrain depuis longtemps préparé, on voit enfin germer les conceptions délirantes, qui, d'abord vagues et flottantes, sont destinées à se transformer, par une évolution progressive, en idées fixes. Mais il importe d'établir à cet égard une distinction fondamentale. Parmi les aliénés, les uns sont logiciens, les autres sont incohérents. Les uns et les autres caressent des notions insensées ; mais les premiers se préoccupent des objections que soulèvent leurs idées : ils s'efforcent de systématiser leur délire; ils y parviennent avec le temps ; ils s'y installent alors avec complaisance, leur esprit se repose dans le cercle qu'ils se sont tracé, et ils refusent obstinément d'en sortir. Les seconds, au contraire, faibles, vacillants, indécis, tombent à chaque instant dans les contradictions les plus grotesques ; ils mêlent les souvenirs prosaïques de leur vie réelle aux événements fantastiques de leur vie imaginaire, et ne font aucun effort pour les raccorder. 11 n'existe d'ailleurs aucune barrière infranchissable entre ces deux états; ils peuvent se fondre l'un dans l'autre, et souvent le premier n'est que le vestibule du second.

étals maniaques qui présentent une si grande analogie avec les affections cérébrales aiguës, et qui seront étudiés plus loin.

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