‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 3)Chapitre 53 sur 275 · TROUBLES DE NUTRITION · texte numérisé non relu

TROUBLES DE NUTRITION

nérales de la nutrition de l'individu, qui ne se traduisent que partiellement par la diminution du poids.

L'orage se calme, les accidents du début commencent à s'apaiser et l'on entre dans la période d'état. Ace moment, réconomie semble avoir pris son parti des pertesqui lui Eont infligées. On a sacrifié l'intelligence, et l'on se remet à vivre à peu près comme auparavant ; alors les fonctions digestives reprennent leur état habituel et l'on peut avoir une certaine amélioration au point de vue de l'embonpoint.

Mais nous arrivons à la période terminale; la masse du corps se développe de nouveau, et c'est là souvent un symptôme déplorable. Un fou qui engraisse est un homme perdu, dans l'opinion des gens du monde.

Rien n'est plus vrai, mais le contraire l'est également ; ce n'est pas que je veuille ici rien emprunter à cette morale justement flétrie par les Provinciales, et pour laquelle deux opinions contradictoires peuvent être également probables, à la condition d'avoir été soutenues l'une et l'autre par un docteur grave. Mais il est absolument nécessaire d'établir ici une distinction fondamentale. Nasse a eu le mérite de démontrer le premier l'importance de ce fait, que dans la convalescence de la folie il y a un rapide accroissement du poids du corps. Cet accroissement est marqué surtout chez les jeunes gens et chez les femmes ; dans l'âge adulte, il est plus lent, dans la vieillesse, il est presque nul. Ce qui est surprenant, c'est le chiffre que cette augmentation de poids peut atteindre. J'ose à peine vous indiquer quelques données. On assure que, dans des cas favorables, cet accroissement peut aller jusqu'à 200 ou 300 grammes par jour. On assure, en outre, que, parvenu aux limites qu'il doit atteindre, il peut être de 30 ou 40 pour 100 du poids que l'individu présentait autrefois ; il aurait même

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été de 100 pour 100. Ce sont là des faits singuliers, mais en même temps profondément significatifs.

Vous vous rappelez que Nasse a été en Allemagne le grand fondateur de l'école somatique, le précurseur de Jacobi, l'adversaire de Heinrotli et de l'école psychologique. A coup sûr, dans une affection qui présente si peu de traces anatomiques, il devait être heur&ux de trouver un fait d'une telle importance.

11 n'est pas de guérison solide sans cette augmentation du poids du corps. On voit des malades éprouver une amélioration intellectuelle quelquefois très-notable et cependant ne point engraisser ; mais, en général, dans ces cas, il faut se méfier des rechutes.

Si l'augmentation de l'embonpoint est un signe de démence incurable, et si, d'autre part, l'augmentation du poids du corps est un signe de guérison certaine, comment distiTiguer les cas favorables de ceux dans lesquels il faut porter un pronostic fâcheux? Gomment savoir, en somme, si l'engraissement est bon ou mauvais? Le critérium, en pareil cas, c'est l'état intellectuel. Chez un individu dont l'activité cérébrale s'engourdit, lorsqu'on voit augmenter le poids du corps, lorsqu'on voit les fonctions digestives reprendre leur activité, c'est alors qu'on peut dire : le fou qui engraisse est un homme perdu. On peut comparer ce qui se passe alors à ces modifications qui se produisent dans certaines maladies du système musculaire, et oij une hypertrophie considérable des muscles correspond à une diminution dans leur activité physiologique. Le malade, comme on l'a dit si justement, devient alors un tube digestif.

Mais il en est tout autrement d'un homme qui doit guérir ; l'esprit chez lui reprend son empire, l'expression de la

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