ALTÉRATIONS DES OS
britannique, à Cork, Cette question a été étudiée en Allemagne et en Angleterre par divers observateurs, Gudden, Merser, etc. Au point de vue macroscopique, les os deviennent mous, fragiles, faciles à couper; ils tendent à prendre une teinte grisâtre particulière. Cet état paraît coïncider avec une augmentation véritable de leur système vasculaire.
Lorsqu'on étudie au microscope ces altérations, on constate une tendance à la disparition des éléments caractéristiques du système osseux, qui sont remplacés par de la graisse. C'est donc une dégénérescence graisseuse du squelette en même temps qu'une diminution delà quantité des sels calcaires. Ce sont là des phénomènes qui existent également dans l'ostéo-malacie ordinaire, par exemple dans celle qui peut se montrer chez les femmes dans l'état puerpéral.
Cette dégénérescence graisseuse se rencontre ailleurs; on la retrouve dans les vaisseaux dont les parois sont altérées et c'est là l'une des causes du purpura et des taches ecchymotiques qui sont si fréquentes chez certains aliénés. Je me contenterai de vous rappeler l'observation d'un malade chez qui le purpura était tellement général, que, vu de loin, c'était un homme bleu.
Il me reste à vous signaler quelques autres troubles fonctionnels. L'état du pouls, les troubles circulatoires, que je vous ai déjà signalés, semblent se rattacher à une modification de la circulation capillaire et à la stase veineuse. Les troubles dont je veux vous parler ici se rapportent plutôt à des altérations artérielles.
Leuret et Mitivié ont publié un traité sur l'état du pouls chez les aliénés. Ils l'ont étudié surtout au point de vue du rhythme et de la fréquence, mais ces phénomènes sont relégués au second plan par les données que nous fournit
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la sphygmographie. Quelques données principales se détachent des nombreux tracés publiés à cet égard. Wolff a formulé à la suite de ses recherches des conclusions qui peuvent se traduire ainsi. En premier lieu, à l'état pathologique normal pour ainsi dire, il existe un rapport entre la courbe des températures et les oscillations du pouls ; le tracé sphygmographique présente des ditTérences de niveau en rapport avec l'élévation ou l'abaissement de la température. La caractéristique des aliénés, c'est la perte de ce parallélisme entre les battements des vaisseaux, d'une part, et les fonctions de caloriûcation, d'autre part. C'est là un fait qui témoigne d'un trouble profond dans la synergie des fonctions.
En second lieu, dans les cas graves, le dicrotisme accompagné de la lenteur du pouls a été observé bien des fois chez des sujets sains d'esprit, mais frappés d'une altération profonde du système nerveux central. On le rencontre également chez des aliénés présentant des formes graves et qui ne doivent pas guérir. Lorsque vous trouverez chez nos malades un pouls lent et dicrote, l'individu aura toute chance de marcher vers la démence.
A côté des altérations du pouls se placent les variations delà température. La folie, disait Esquirol, est une affection sans fièvre ; ainsi nous devons nous attendre à ne pas rencontrer ces variations thermométriques qui accompagnent d'ordinaire les affections aiguës. Quand elle produit des modifications de température, c'est le pkis souvent dans le sens de l'abaissement. Chez les mélancoliques, le thermomètre placé dans le rectum peut facilement descendre jusqu'à 35 degrés; mais ce qui paraît plus étrange, c'est qu'un phénomène analogue se produit quelquefois chez des agités.
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Chez les malades de cette espèce on constate longtemps avant la terminaison fatale des phénomènes de collapsusqiii ne sont indiqués que par des abaissements de la température, qui peut descendre à 30, 28, 25 degrés. On cite même un cas dans lequel le thermomètre serait tombé au chiffre de 23 degrés centigrades, quelque temps avant la mort.
Ce qui paraît se dégager de l'étude de ces observations, c'est qu'un abaissement notable de température peut précéder d'un temps assez long la crise finale qui doit se terminer d'une façon défavorable.
Cependant, on voit quelquefois la température monter on la voit surtout se développer chez les individus frappés d'une constipation opiniâtre, chez ceux dont la sécrétion urinaire est ralentie. On voit, enfin, cette élévation se manifester chez les individus qui ont subi une excitation physique ou morale, et, dans ce cas, le thermomètre a pu s'élever jusqu'à 40 degrés.
Si l'état de la température centrale fournit des renseignements intéressants, le fait est encore plus frappant lorsqu'il s'agit de températures locales. Sous ce rapport des recherches plus complètes et plus précises ont été faites dans ces temps derniers. On sait actuellement qu'il existe dans beaucoup de formes d'aliénation mentale des différences très notables de température entre les parties supérieures et les parties inférieures du corps, entre l'une et l'autre moitié. On constate souvent, chez les maniaques, chez les agités, des différences qui peuvent aller à 1 degré et au delà. Ces modifications sont habituellement en rapport avec un trouble de température locale en sens inverse du côté de l'encéphale. C'est le système des impressions croisées. Une excitation faradique, portée sur un côté de l'encéphale, développe une augmentation de température
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du côté opposé du corps. Au contraire, une excitation légère et longtemps prolongée amène un abaissement de température du côté opposé.
Peut-être trouverons-nous dans les faits de ce genre l'explication de ces modifications de température qui se présentent chez les fous.
Après vous avoir parlé des phénomènes de nutrition, je voudrais vous dire quelques mots de la pathologie des aliénés. On a répété avec raison que ces malades sont placés en quelque sorte en dehors de la loi commune. On les voit résister d'une manière incroyable au froid et à la faim ; ils peuvent s'agiter indéfiniment, se priver de sommeil lorsqu'ils sont jeunes, sans que leur résistance organique diminue. On les voit subir facilement les opérations les plus graves; les blessures les plus profondes se cicatrisent chez eux avec facilité. Mais, comme l'a fait remarquer Esquirol, ces faits sont rares, ils sont exceptionnels; quelques individu;! ont pu frapper, par une résistance extraordinaire, l'imagination des observateurs, mais la plupart sont des hommes comme les autres; le froid conserve sur eux toute son influence, ilsse fatiguent parle mouvement et ilssubissentphysiquement toutes les conséquences des mauvais traitements.
Puisque la pathologie ne perd pas chez eux son empire, quelle est la mortalité des aliénés? Quelles sont les causes diverses auxquelles ils peuvent succomber? Leur mortalité, prise dans l'ensemble, est assurément plus grande que chez les individus ordinaires, et les compagnies d'assurances sur la vie le savent bien ; c'est là, pour elles, une cause d'exclusion absolue. Il est incontestable que les fous vivent moins longtemps que les hommes sains d'esprit, et cela en dehors de toute tentative de suicide.