‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 3)Chapitre 61 sur 275 · FOLIE AIGUE · texte numérisé non relu

FOLIE AIGUE

bre si considérable de faits, je n'ai rencontré que six cas de folie (1/S5), mais il existait des troubles intellectuels dans quatre-vingt-cinq cas (1/3).

Du reste, il y a longtemps que Griesinger, signalant la différence entre les^ lésions à foyers et les lésions diffuses de l'encéphale, avait remarqué que ce sont surtout ces dernières qui engendrent l'aliénation mentale; et les observations si célèbres d'Abercrombie et de M. le professeur Richet, dans lesquelles un hémisphère tout entier (tantôt le droit, tantôt le gauche) avait pu êlre détruit sans qu'il se fût manifesté aucun trouble de l'intelligence, ont démontré que l'on peut penser avec une moitié de cerveau quand une fois on en a pris l'habitude. Des faits nombreux sont venus depuis lors confirmer cette manière de voir.

C'est donc à des lésions plus délicates, plus subtiles, et par cela même plus difficiles à trouver, que se rattachent probablement de ces troubles profonds des facultés intellectuelles qui constituenfe l'objet de nos études en médecine mentale.

Ces prémisses une fois posées, entrons en matière.

Une distinction indispensable s'impose à tout observateur qui veut étudier l'ensemble des faits que nous connaissons aujourd'hui. Il faut séparer la folie aiguë de la folie chronique. La première est un orage qui éclate avec violence, et peut déterminer la mort avant que les organes aient gardé l'empreinte de son passage. La seconde, au contraire, a eu, pour ainsi dire, le temps d'y apposer sa signature, et l'on doit s'attendre à en retrouver les marques. En effet, dans la folie aiguë, les autopsies sont bien plus rares et en même temps infiniment moins satisfaisantes que dans les cas chroniques.

Il faut l'avouer franchement: dans un grand nombre de cas de ■vésanie aiguë, le cerveau paraît absolument sain à l'autopsie. Ces faits négatifs, qui font le désespoir de certains aliénistes, sont pour le moins aussi intéressants que les faits positifs. Ils établissent un rapport intime entre la folie d'une part, et d'autre part l'épilepsie, la chorée, l'hystérie, la paralysie agitante et toutes ces grandes névroses oii la motilité, la sensibilité et l'intelligence sont lésées tour à tour ou simultanément, sans qu'il existe aucune lésion matérielle appréciable des centres nerveux.

Mais il existe des lésions positives dans beaucoup de cas. Nous allons en dresser rapidement la liste.

Les troubles de la circulation occupent la première place. Quelquefois on observe de l'anémie. La substance cérébrale et spinale est exsangue et les vaisseaux sont plus ou moins complètement vides de sang. Mais, dans la grande majorité des cas, c'est le contraire qui a lieu, c'est l'hypérémie qui prédomine ; elle a pour siège de prédilection la pie-mère et la substance corticale sous-jacente. Les capillaires veineux surtout sont gorgés de sang et il existe une couleur rouge de la substance corticale, occupant des îlots disséminés. Tout récemment, chez un mélancolique, qui a succombé dans le service à une pneumonie congestive, je vous montrais, à la surface des deux hémisphères, cet état congestif qui ressemble, au premier abord, à une ecchymose sous-méningée. On rencontre parfois des apparences analogues dans le rhumatisme cérébral.

A côté des hypérémies et des stases sanguines, il faut placer les effusions séreuses, qui jouent un rôle important en pathologie mentale, soit qu'il existe un véritable épanchement liquide, soit que l'on ait affaire à un œdème du cerveau.

Page 1