‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 3)Chapitre 68 sur 275 · MÉLANCOLIE · texte numérisé non relu

MÉLANCOLIE

Nous allons donc aborder la question par le côté physique : c'est là, croyons-nous, le meilleur moyen de faire cesser toute équivoque à cet égard.

Ce qui frappe avant tout l'observateur mis en présence d'un mélancolique, c'est l'expression de la physionomie. La contraction des traits, les rides de la figure indiquent une préoccupation constante ; le regard est fixe, les yeux baissés à terre; enfin l'attitude générale du malade n'est pas moins caractéristique ; elle respire l'aversion pour le mouvement. Le véritable mélancolique se tient immobile, il ménage ses pas et ses gestes, il conserve indéfiniment la même posture ; en un mot, rien ne saurait égaler l'antipathie que manifestent de tels malades pour tout effort musculaire, pour tout travail, pour tout exercice ; souvent ils résistent lorsqu'on cherche à les habiller, et ne veulent point sortir de leur chambre ; quelquefois même ils refusent obstinément de quitter leur lit ; c'est la manie lectuaire, dont je vous ai déjà parlé.

Un dernier trait vient compléter leur physionomie : c'est la voix. Elle est en rapport avec l'ensemble de l'individu, elle semble achever en quelque sorte son portrait. La voix du mélancolique est faible, indistincte, chevrotante, à tel point qu'il est souvent difficile de le comprendre, lorsqu'il est possible de le faire parler ; mais le plus habituellement il garde le silence, et il faut les plus grands efforts pour lui arracher quelques paroles : ce n'est que sous une forte pression, pour ainsi dire, qu'on parvient à en tirer quelques mots qui trahissent la préoccupation constante qui le domine. En dehors des causes morales, on peut invoquer des conditions physiques pour expliquer ce mutisme obstiné. Il existe en effet, chez plusieurs de ces malades, un affaiblissement très-réel des muscles phonateurs et une certaine

difficulté dans l'émission des sons. Ce n'est là d'ailleurs qu'un cas particulier de l'affaiblissement général qui frappe chez eux tous les muscles et qui coïncide avec des perturbations souvent profondes dans leurs fonctions. On observe en effet, chez ces malades, du tremblement, de la contracture, quelquefois même des parésies partielles. Dans une certaine mesure, on peut attribuer la faiblesse générale à la diète rigoureuse que s'imposent volontiers les mélancoliques et aux troubles de nutrition qui s'observent souvent chez eux, même en dehors de Tinsuffisance alimentaire.

Il est un autre symptôme qui, lorsqu'il existe, a presque toujours une signification fâcheuse au point de vue du pronostic, car il indique, soit une altération profonde des centres nerveux, soit une maladie qui sera de longue durée : c'est la paralysie des sphincters. Dès que le malade devient faible, pour employer l'expression bienveillante usitée en pareil cas, vous devez porter un pronostic grave, quel que soit d'ailleurs l'état du patient.

A côté des troubles de la nutrition, on voit souvent se produire des perturbations sensorielles. Chez la plupart des malades, la sensibilité générale est très-amoindrie ; ils supportent, avec un courage qui ne leur coûte guère, les chocs, les contusions, les piqûres, les brûlures, la chaleur, le froid. Mais il est difficile de distinguer ici ce qui se rapporte aux troubles de l'innervation et ce qui résulte d'une perversion psychologique, d'une idée fixe qui s'est emparée de l'aliéné et qui le domine tout entier. Au reste, il se produit souvent une alliance entre ces deux conditions, qui, s'appuyant l'une sur l'autre, produisent ensemble les effets les plus remarquables.

A côté de ces anesthésies cutanées, on peut rencontrer un affaiblissement des sens spéciaux, de l'ouïe, de la vue,

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