‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 3)Chapitre 69 sur 275 · ÉTAT PHYSIQTIE DES MÉLANCOLIQUES · texte numérisé non relu

ÉTAT PHYSIQTIE DES MÉLANCOLIQUES

de l'odorat et du goût. Par contre, il n'est point rare d'observer, chez ces malades, une céphalalgie intense qui revêt le caractère névralgique.

Je ne saurais séparer de ces manifestations morbides un phénomène des plus importants, qui précède souvent tous les autres et marque le début de la maladie : c'est le trouble névropathique par excellence, c'est Yinsomnie. La privation de sommeil, surtout à la première période, est l'un des phénomènes les plus constants de la mélancolie, et lorsque, par exception, le sommeil persiste, il est presque toujours traversé par des rêves, par des cauchemars, par des visions terrifiantes.

Contrairement à ce qui se passe chez un assez grand nombre de fous, les mélancoliques sont presque toujours atteints d'a?iorexie. Ils éprouvent de la répugnance pour les aliments, ils arrivent facilement à la sitophobie, au dégoût de toute nourriture, et, à ce point de vue, il est plus facile de soigner les malades tombés dans un abattement complet que ceux qui ont conservé assez d'énergie pour lutter contre leur entourage.

Une conséquence naturelle de ce jeûne forcé, c'est l'amaigrissement : la plupart des mélancoliques perdent rapidement une partie considérable de leur poids et subissent une déchéance profonde de toute l'économie.

A côté de ces troubles digestifs, il faut placer un sym*ptôrae à peu près constant et qui, au point de vue clinique, offre une valeur presque égale à celle de l'insomnie : c'est la constipation. Extrêmement opiniâtre chez tous les mélancoliques, elle paraît se relier à une paralysie intestinale, et c'est en grande partie à ce phénomène, signalé dès les premiers temps de la médecine, qu'il faut attribuer la coutume des anciens de purger les fous avec de l'ellébore. La

méthode évacuante, en effet, constitue l'un des meilleurs traitements de la mélancolie.

Le ralentissement de la nutrition doit évidemment nous faire prévoir une diminution correspondante dans toutes les dépenses de l'économie et principalement dans les sécrétions. D'une manière habituelle, leur abondance diminue ; on le constate pour les urines, on le constate pour la transpiration cutanée, ce qui rend la peau dure et sèche au toucher. On le constate enfin par l'état des cheveux, qui deviennent secs, cassants, ternes, parce qu'ils manquent de cet enduit sébacé que nous fournit l'organisme à l'état physiologique.

La sécrétion spermatique chez l'homme est notablement amoindrie et les spermatozoïdes sont beaucoup moins abondants. Chez la femme, la cessation des règles est un symptôme des plus communs, et l'on peut dire qu'en général les fonctions génitales sont abolies dans l'un et l'autre sexe. Toutefois, il est des mélancoliques qui se livrent à la masturbation.

Mais ce sont les troubles de la circulation qui semblent dominer l'état physique de ces malades. Tous les mélancoliques présentent un refroidissement des extrémités et une tendance à la cyanose. Les mains sont froides, bleuâtres, livides. 11 en est de même de la figure, du nez, des oreilles. Cet état doit être attribué sans aucun doute à une cause générale. La contractilité vasculaire et la fonction de l'hématose sont probablement toutes les deux compromises.

Marcé, dans un excellent mémoire, a fort bien étudié ces perturbations, en même temps que les troubles respiratoires. Les mélancoliques ne font pas des inspirations complètes, l'air n'arrive point jusqu'aux dernières ramifications bronchiques, les mouvements de la poitrine n'ont pas

Page 1