MÉLANCOLIE ANXIEUSE
III. Mélancolie anxieuse. — Gomme vous venez de le voir, l'un des caractères les plus frappants de la mélancolie proprement dite, c'est l'inertie, l'immobilité, l'aversion pour toute espèce d'effort musculaire. Dans la mélancolie anxieuse, au contraire, une tristesse extrême s'allie à une agitation incroyable, à un besoin extraordinaire de mouvement. Pendant des heures, pendant des journées entières, les malades vont et viennent, en répétant sans cesse les mêmes paroles. Sans doute, après une longue période d'agitation, leur activité se ralentit, parce que les forces humaines ont des limites ; mais la fatigue peut seule triompher de leur agitation.
Cette variété de mélancolie se rapproche beaucoup plus de la première forme que de la deuxième. Presque toujours exempte d'hallucinations, elle se manifeste, elle aussi, par accès intermittents, séparés par des intervalles de santé. Mais ce qui nous importe le plus, c'est de savoir que cette forme de la maladie est parfaitement guérissable ; elle ne marche jamais vers la démence, et lorsque les malades reviennent à la santé, ils rentrent en pleine possession de leur intelligence.
IV. Mélancolie perplexe. — Cette forme de mélancolie est essentiellement caractérisée, selon M. le professeur Lasègue, par raffaiblissementde la volonté ; les malades, incapables de prendre aucune décision, passent leurs jours dans une sorte de tristesse paresseuse, dont ils ne peuvent pas sortir.
Existe-t-il des lésions anatomiques dans la mélancolie ? Sans doute, dans un grand nombre de cas, l'inspection la plus attentive ne fait rien découvrir ; mais souvent on rencontre chez ces sujets des traces évidentes de méningite
chronique; d'autres foison trouve des lésions manifestes de l'arbre vasculaire.
Je viens de procéder à l'autopsie d'une femme de quarante ans, qui depuis dix-huit mois était atteinte d'une tristesse profonde et sans motifs. Elle mourut, peu de jours après son entrée, d'unehémorrhagie cérébrale foudroyante. On découvrit à l'autopsie une dégénérescence aihéromateuse de toutes les artères cérébrales^ circonstance d'autant plus remarquable que l'artère radiale ne présentait aucune de ces altérations qui font songer, pendant la vie, à l'existence de ce genre de lésions. -N'est-il pas permis de croire qu'un trouble profond de la circulation cérébrale était ici la cause de la perturbation morale que présentait cette malade?
Le traitement de la mélancolie se confond, à beaucoup d'égards, avec celui de la folie en général; toutefois, il se prête à des considérations particulières que je vais vous indiquer succinctement.
C'est peut-être chez les mélancoliques que le traitement moral exerce la plus bienfaisante influence. Isoler le malade, l'enlever à son milieu, le soustraire aux ennuis de famille, aux préoccupations d'affaires, aux excitations sans cesse renaissantes qui le maintiennent dans un état d"liypéresthésie morale, telle est la première de toutes les indications. Des entretiens bienveillants, dans lesquels, sans froisser le sujet, on combat ses idées erronées, peuvent rendre de grands services; mais c'est surtout à la période ascendante, quand la convalescence est sur le point de se déclarer, que de tels moyens peuvent être employés avec succès.
Le traitement médical est d'une utilité plus immédiate.