MÉLANCOLIE DÉPRESSIVE
propre mal placé ; ils reconnaissent parfaitement qu'ils ont subi les atteintes d'une maladie qui, par elle-même, n'a rien de déshonorant. Ils en racontent tous les détails sans aucune répugnance. Il en est bien autrement chez les aliénés ordinaires ; une fois guéris, ils rougissent de leur malheur et manifestent une aversion profonde pour les médecins qui les ont soignés. L'ingratitude, que nous rencontrons si souvent dans la clientèle ordinaire, est décuplée lorsqu'il s'agit des fous, et plus particulièrement des persécutés.
IL Mélancolie dépressive. — Nous arrivons à la seconde forme de cette maladie, la mélancolie dépressive. Les sujets qui en sont atteints ressemblent à beaucoup d'égards à ceux dont je viens de vous tracer l'histoire; mais ils en diffèrent essentiellement par l'état de leurs facultés. Leur intelligence est profondément troublée, ils marchent vers a stupeur ; et cependant, dans les premières périodes de leur délire, ils conservent une notion vague, confuse et mal définie de leur état. Ils se préoccupent de leur santé, ils veulent être soignés ; mais bientôt il n'y aura plus de place dans leur esprit pour des idées saines, en dehors des chagrins imaginaires qui vont dominer toute leur existence. Ils sont perdus, ils sont ruinés; on les accuse d'un crime; ils se sentent coupables ; ils sont damnés. A mesure que la maladie fait des progrès, le délire s'accentue, et bientôt les hallucinations se mettent de la partie. C'est alors que le mélancolique devient de plus en plus concentré, de plus en plus immobile. Indifférent à tout ce qui l'entoure, il tombe dans un mutisme complet et finit quelquefois par entrer en état de stupeur.
Un fait des plus remarquables et qui établit une profonde différence entre ces malades et les persécutés, c'est
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qu'ils n'ont pas de persécuteurs ; ils sont malheureux et tourmentés ; ils se croient quelquefois accusés des actions les plus abominables ; mais lorsqu'on leur pose catégoriquement la question, ils répondent sans hésiter qu'ils n'ont pas d'ennemis; distinction profonde et radicale, et que je tenais à vous signaler.
Notons enfin que, chez ces malades, il n'y a point de ces délires cachés, de ces idées latentes que les fous dissimulent avec tant d'habileté et dont l'influence est d'autant plus profonde.
Vous le voyez donc, messieurs, une tristesse insensée, un affaissement général des facultés intellectuelles, du sentiment et du mouvement, tels sont les caractères de la mélancolie dépressive. Cette affection suit une évolution régulièrement ascendante ; elle marche vers la stupeur ; et cependant elle guérit le plus souvent, après une durée qui peut être extrêmement longue, — quelquefois même après des années entières. C'est une maladie essentiellement chronique; mais, lorsque la guérison survient, elle est franche et radicale, sans rechutes et sans retour en arrière, comme dans la forme que nous avons précédemment étudiée.
Je tiens particulièrement, messieurs, à vous faire observer que cette variété de mélancolie est très souvent liée à des causes exclusivement physiques, à des affections viscérales de diverse nature. Loin de moi la pensée de vouloir atténuer l'importance légitime des causes morales ; mais, en insistant sur l'action manifeste des troubles somatiques, je cherche à vous prouver une fois de plus que la mélancolie n'est pas une maladie essentielle^ mais un état général, et l'expression symptomatique de plusieurs maladies absolument différentes.