‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 3)Chapitre 85 sur 275 · PHÉNOMÈNES ■ PHYSIQUES DE LA STUPEUR · texte numérisé non relu

PHÉNOMÈNES ■ PHYSIQUES DE LA STUPEUR

dant il est quelques exceptions à cette règle et même M. Dagonet a signalé chez un certain nombre de ces malades l'existence du ptyalisme qui les rapproche des indi- \idus en état de démence. Mais c'est là un phénomène fâcheux qui indique le passage d'une condition morbide à une autre condition plus mauvaise encore.

Au milieu de cet ensemble de phénomènes physiques qui accompagnent la stupeur, on voit quelquefois les conditions matérielles delà vie s'améliorer; le sujet reprend des couleurs, les sécrétions augmentent, les digestions deviennent meilleures, la nutrition ne languit plus, l'embonpoint revient, et c'est là un phénomène d'autant plus surprenant qu'il n'est accompagné d'aucune modification de l'état intellectuel : l'individu reste stupide ; cependant c'est l'un des indices les plus significatifs en faveur d'un rétablissement prochain.

Vous trouverez peut-être, messieurs, que j'ai longuement insisté sur les phénomènes physiques de cette maladie. Il le fallait cependant pour donner leur signification aux phénomènes psychiques que nous allons maintenant étudier.

Ce qui frappe tout d'abord chez les malades en état de stupeur, c'est leur indifférence au moins relative aux objets extérieurs, au monde qui les entoure. Un homme habitué à une vie active, prenant une part considérable aux fonctions sociales, devient tout à coup indifférent, il ne s'occupe plus de ses labeurs ; bientôt ce phénomène augmente d'intensité, il reste immobile pendant plusieurs jours, refuse de répondre ; enfin il tombe dans la stupeur la plus complète, tout lui est indifférent.

Souvent il se passe alors un phénomène qui peut servir de thermomètre intellectuel : je veux parler de la perte du

sentiment de la pudeur ; quand on le voit disparaître, c'est un signe évident de l'obnubilation des facultés de l'esprit et de leur déchéance. Quand ce sentiment reparaît, c'est un signe très favorable et qui annonce presque toujours une guérisoQ prochaine. J'ai connu un Anglais chez lequel ce symptôme se montra d'une façon très nette. Cet homme ne voulait pas consentir à se dépouiller de ses vêtements pour se laisser mettre au bain. Un jour il se laissa déshabiller sans résistance, et c'est alors qu'il commença réellement à tomber en état de stupeur. Bientôt il refusa de nouveau de se laisser découvrir ; c'est que la crise touchait à sa fin.

Ce qui est plus frappant encore, c'est que le stupidc paraît indifférent aux dangers qui peuvent le menacer ; rien ne semble l'émouvoir; on peut lui appliquer le mot d'Horace : Impavidmn ferlent ruinœ. Il verrait un incendie dévorer sa demeure, il ne chercherait pas la porte pour s'enfuir.

Nous savons, parles malades autrefois atteints de stupeur qui sont revenus à l'état normal, qu'il ne s'agit pas ici d'une impossibilité physique, mais d'une véritable indifférence morale. Ils habitent, pour ainsi dire, une cité imprenable contre laquelle viennent se briser les bruits de l'extérieur et au dedans de laquelle se joue quelquefois un drame épouvantable. Pénétrons donc à l'intérieur de cette inteUigence et cherchons à voir ce qui s'y passe.

M. Baillarger l'a prouvé, il se produit chez plusieurs stupides une sorte de rêve accompagné d'hallucinations terrifiantes ou bizarres. On peut prendre pour type la première observation de son mémoire. Un jeune homme^ soigné à l'asile de CharentoUj revint à la santé après une longue période de stupeur, et c'est alors qu'il fit lui-même ces confessions si remarquables que M. Baillarger a rapportées.

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Il se croyait en enfer ; Gharenton était le lieu de supplice, il croyait entendre les clameurs de ses parents que l'on torturait d'une manière impitoyable; chaque baignoire lui semblait un instruiîient de torture ; il croyait voir le sang couler constamment des piqûres qu'on lui avait faites.

Une autre malade, une femme, dont parle M. Baillarger, se croyait transportée dans le pays des neiges, elle vivait dans un verger exotique oii des sentiers couverts de neige se déroulaient indéfiniment sous ses yeux. Une autre se figurait être constamment entourée de serpents.

Il est inutile de -pousser plus loin cette analyse ; nous le savons maintenant, les malades vivent dans un monde imaginaire et ce monde se peuple d'images menaçantes, de visions effroyables, et voilà pourquoi, lorsqu'on cherche à vaincre leur résistance, on éprouve des difficultés souvent insurmontables.

D'autres stupides se trouvent dans une sorte d'impuis^ sànce qui les empêche de manifester leurs moindres vo-» lontés. Comme le disait une malade, j'ai en moi une force qui me dompte et qui me contraint de rester à ma place sans pouvoir la quitter. 11 se passe là ce qui arrive souvent dans les cauchemars lorsque, voulant fuir devant une vision menaçante, on est invinciblement retenu et dans l'impossibilité de faire aucun mouvement.

Mais ce n'est pas tout ; malgré l'opinion contraire de quelques auteurs à cet égard, il existe une autre forme de mélancolie stupide, dans laquelle la pensée n'existe plus et se plonge dans cet anéantissement complet dont les bouddhistes ont fait le bonheur suprême. Je vous ai montré un malade qui nous a raconté que pendant toute la durée de sa maladie il ne pensait à rien.

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Il est donc certain, d'après l'observation des faits, qu'il existe deux formes dans la mélancolie stupide : une forme active et une forme passive; mais, je le répète encore une fois, il existe, entre ces deux états psychiques si différents, un lien commun qui les réunit ; c'est l'état physique dont nous avons donné la description plus haut.

Au milieu de cet affaisseraent, on voit quelquefois survenir brusquement l'agitation. Un stupide qui paraît une masse inerte va tout à coup se précipiter sur son gardien avec l'intention de l'assommer ; un autre se jette subir tement sur sa belle-mère dans le but de l'étrangler. Une stupide, se trouvant dans un asile au milieu d'autres malades, s'élance sur une de ses voisines et veut l'étouffer. Elle avait cru voir un loup.

Enfin, sans parler de ces accès dont il est important de se défier, il faut se rappeler que souvent les stupides sortent de leur torpeur pour commettre des tentatives de suicide ; et le moyen dont ils se servent le plus communément, c'est le rasoir.

Il est d'autres phénomènes d'agitation qui se produisent quelquefois d'une façon brusque sans revêtir aucun caractère agressif. Un individu était resté stupide pendant plusieurs mois ; tout à coup il se lève, prend brusquement sa course et se met à courir autour du jardin pendant plusieurs heures. Le soir, il était retombé de nouveau dans sa stupeur.

On voit par là comment, chez beaucoup de malades, la stupeur peut succéder à une excitation et se voir remplacée par elle ; c'est là un fait analogue à ce qu'on appelle la folie circulaire.

Quelles que soient d'ailleurs son origine et ses idées délirantes, la stupeur est une maladie chronique qui se terraîne ordinairement par la guérison ; mais c'est surtout

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