‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 4)Chapitre 107 sur 278 · ANATOMIE PATHOLOGIQUE DE LA DÉMENCE. 3S · texte numérisé non relu

ANATOMIE PATHOLOGIQUE DE LA DÉMENCE. 3S

Si, dans la folie proprement dite, on rencontre peu de lésions anatomiqiies, il en est bien autrement dans la démence. Toujours des altérations profondes et manifestes viennent expliquer la ruine de l'intelligence. On peut les résumer en un terme général, c'est Y atrophie. On constate presque invariablement, h l'ouverture du crâne, une diminution en masse du volume des hémisphères cérébraux qui se traduit h première vue par l'abondance du liquide céphalo-rachidien. L'aplatissement des circonvolutions coïncide avec un agrandissement des sillons qui les séparent, et le cerveau, loin d'offrir cette turgescence qui caractérise un fonctionnement vigoureux, semble flotter librement dans la cavité crânienne, devenue trop vaste pour lui. Presque toujours l'un des hémisphères est plus atrophié que l'autre.

Le poids du cerveau doit évidemment subir une diminution parallèle à l'amoindrissement de son volume; le cerveau des déments, et surtout des déments séniles, présente un poids très inférieur en effet à la moyenne des cerveaux de vieillards.

Mais des altérations plus caractéristiques viennent solliciter notre attention. La pie-mère présente souvent des épaississements, quelquefois même des adhérences ; des ramifications vasculaires, souvent variqueuses, la parcourent. La substance corticale du cerveau est pâle, décolorée, légèrement ramollie; une coupe des circonvolutions démontre l'amincissement de la substance grise. A l'intérieur du cerveau, ou rencontre souvent sur des points divers des cavités, de véritables lacunes qui semblent résulter d'un processus de résorption. Les artères cérébrales sont presque toujours athéromateuses et présentent très souvent des anévrysmes miliaires.

Si l'on vient à examiner au microscope les cellules ce*

rébrales, on les trouve sur plusieurs points en état de régression. Souvent elles renferment du pigment, souvent elles ont subi l'infiltration granulo-graisseuse ; quelquefois même elles présentent un amas de sels calcaires. Les tubes nerveux participent à cette dégénérescence : les cylindres prennent un aspect noueux. Enfin, il existe souvent une sclérose interstitielle diffuse.

Toutes les lésions que nous venons de décrire peuvent porter sur l'ensemble de la masse encéphalique, mais elles sont presque toujours plus prononcées au niveau des lobes frontaux.

Comme complément de ces lésions intracrâniennes, on constate souvent un épaississement des os du crâne.

En résumé, la démence, quand même elle ne résulte point de lésions grossières de l'encéphale, telles que la paralysie générale et les hémorrhagies de l'encéphale, coïncide presque toujours avec de profondes altérations qui rendent parfaitement compte de l'atrophie progressive et de l'affaissement final des facultés intellectuelles.

Il peut sembler puéril de s'occuper du traitement de la démence, puisque l'incurabilité fait partie de sa définition même, telle que nous la comprenons aujourd'hui. Mais une bonne hygiène, une alimentation soignée, un repos nécessaire et une activité réglée peuvent en retarder les progrès. Les déments conservent souvent un certain degré d'aptitude pour le travail, pour les jeux, pour la musique, pour les représentations théâtrales : il sera donc utile d'exercer ce qui leur reste de facultés.

Enfin, des soins de propreté scrupuleux pourront empêcher ou du moins retarder ces troubles trophiques qui marquent presque toujours les approches de la fin.

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