CLIMA'IS, SAISONS, HABITATIONS
SLiltats de la statistique ne sont point comparables entre eux. Nous savons, en etTet, que les pays tempérés sont aussi les plus civilisés du globe et en même temps les plus riches en aliénés. 11 est donc impossible de discuter sérieusement l'influence favorable ou nuisible du climat dans des contrées dont la population est si différente de la nôtre.
Gomment comparer, en etTet, les noirs de l'Afrique centrale ou les races jaunes de la Malaisie avec les peuples de l'Europe?
A l'exemple d'Hippocrate, nous rapprocherons les climats des saisons. Ici l'affirmation est possible. L'explosion de la folie est certainement plus fréquente en été qu'en hiver. Le nombre d'aliénés amenés au bureau municipal de la préfecture de police est beaucoup plus considérable aux mois de juillet et d'aotit qu'à toute autre époque de l'année. Mais il est probable que l'alcoolisme joue ici un rôle important, car c'est surtout pendant les grandes chaleurs qu'on éprouve le besoin de se désaltérer.
Les troubles météorologiques, les orages, les vents, le tonnerre, les grandes chaleurs ont une influence incontestable sur la population des asiles; leur action est plus difficile à démontrer pour ce qui tient au développement de la folie chez les gens sains d'espiit. Quant à l'influence de la lune, elle est reléguée au rang des vieilles fables, bien que cette idée ait eu autrefois assez de crédit pour faire donner le nom de lunatiques aux insensés, et c'est encore ainsi qu'on les désigne en Angleterre.
L'habitation de l'homme est un milieu constant dont les effets peuvent être comparés à ceux du climat. 11 n'est donc pas sans intérêt de comparer, au point de vue de l'aliénation mentale, les habitants de la campagne à ceux des villes.
Il est incontestable qu'en France les ruraux fournissent un tribut beaucoup moins considérable à la folie que les citadins. Le calme relatif de leur existence peut expliquer cet avantage; mais par compensation les arrêts de développement, l'idiotie et le crétinisme sont infiniment plus fréquents chez les populations champêtres.
Par contre, si nous traversons la Manche, nous trouvons dans les Iles-Britanniques une proportion beaucoup plus considérable de fous chez les gens de la campagne que chez les habitants des villes. Ce contraste entre la France et l'Angleterre s'explique probablement par la différence des conditions sociales. Le paysan français est incontestablement plus heureux, mieux nourri, mieux partagé sous tous les rapports que le laboureur anglais. Pour descendre encore plus bas dans l'échelle de la misère, il faut passer en Irlande. Pour se faire une idée de l'état du dénuement où se trouve la population agricole de ce malheureux pays, il convient de lire le travail si remarquable de M. le professeur Sigerson (1). Or, nous savons que l'une des causes prédisposantes les plus énergiques de l'aliénation mentale, c'est la misère avec toutes ses conséquences. Nous trouverons peut-être dans ces considérations la clef de la différence qui existe, sous ce rapport, entre la France et V kwgleterre.
(1) France médicale, 1881, t. II, n"J9, 40 et 41.