‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 4)Chapitre 124 sur 278 · INSOLATIONS, CAUSES MORALES · texte numérisé non relu

INSOLATIONS, CAUSES MORALES

l'action de la chaleur se prolonge, les phénomènes deviennent de plus en plus graves ; il se produit des convulsions accompagnées d'un délire des plus violents, et qui se terminent fréquemment par la mort.

Mais ce qui nous intéresse le plus, c'est de connaître l'état intellectuel des sujets qui ont échappé à la maladie. Il existe souvent chez eux une excitabilité cérébrale qui les expose à des accidents très graves, sous l'influence de causes très légères. On voit alors éclater un délire aigu bientôt suivi de mort.

D'autres fois, c'est une folie chronique qui succède à l'insolation ; on peut observer alors toutes les formes du délire ; celle qui prédomine le plus habituellement est l'excitation maniaque avec affaiblissement progressif de l'intelligence. La démence envahit bientôt la scène, le malade est frappé de paralysies multiples et finit par succomber.

Les lésions, anatomiques sont très variables; on a constaté de la méningite, de la méninge- encéphalite, de la pachyméningite et de l'œdème cérébral. Quand toutes ces lésions font défaut, on trouve souvent une congestion veineuse très intense. Enfin, L. Meyer a signalé un cas de sclérose cérébrale,

Pour compléter le tableau des causes physiques de la folie, je devrais vous signaler les effets du froid, ceux de l'inanition et de quelques autres conditions hygiéniques fâcheuses; mais, pressé parle temps, je crois devoir terminer ici cette énuraération.

Il me tarde, en eflet, d'arriver aux causes morales, qui sont incontestablement l'origine la plus classique des maladies mentales. On peut se demander quelle est la fréquence relative des deux grands ordres de causes qui engendrent la

folie. Esquirol, Gaislain, Parchappe, Morel et les auteurs français accordent une grande prépondérance aux causes morales. Les observateurs modernes, surtout en Angleterre, accorderaient volontiers une plus grande part d'influence aux causes physique?. Il me paraît absolimient inutile de citer ici des chiffres.

Mais, vous le comprendrez aisément, tout dépend de l'interprétation des faits. Si, conformément aux idées que je viens de vous exposer, Ton accorde une importance capitale aux prédispositions morbides , alors , sans aucun doute, les troubles physiques prendront le premier rang ; si l'on restreint le débat aux causes immédiates de la folie, les émotions morales occuperont de droit la première place.

D'ailleurs, il est des cas oiî la distinction est vraiment difficile à établir. Parmi les causes de la folie, il en est une dont l'action est incontestable. C'est la perte de la virginité. On a vu des jeunes femmes, immédiatement après leur mariage, ou à la suite d'une violence dont elles ont été victimes, perdre subitement la raison. C'est la îoWe post-co)i)U(biale des Anglais. S'agit-il, dans l'espèce, d'une cause morale ou d'une cause physique? La discussion serait évidemment oiseuse et stérile, et l'on peut en dire autant de toute la polémique soulevée au sujet de la prépondérance des causes psychologiques ou matérielles sur le développement des maladies mentales.

Il nous suffira de dire qu'après avoir réservé la part des prédispositions morbides, on ne saurait contester l'immense influence des émotions morales. Toute impression violente portée sur les facultés intellectuelles détermine un trouble momentané dans les fonctions cérébrales. Pour peu que la nature s'y prête, l'efTet devient permanent. La frayeur, la joie, les chagrins sont autant de causes qui

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