ÉTAT MENTAL DES HYSTÉRIQUES
bout d'un quart d'heure on voit changer complètement la pente de leur esprit.
Leur sensibilité n'est pas moins affolée que leur jugement. Stoïques devant les plus grands malheurs, elles s'emportent sous l'influence des plus minces contrariétés jusqu'à éprouver des crises nerveuses d'une extrême violence.
Par un contraste frappant avec la mobilité de leurs idées, ces malades sont animées d'un esprit exagéré de contradiction et d'un goût singulier pour la controverse. Elles prennent constamment le contre-pied de ce qu'on leur dit. Mais, par contre, elles ont au plus haut degré l'esprit d'imitation. On connaît les épidémies convulsives qui se développent si souvent chez les hystériques ; mais le délire n'est pas moins contagieux, et c'est surtout chez ces malades que l'on voit éclater ces idées folles qui, comme une traînée de poudre, parcourent une localité tout entière. Les hystériques ne sont jamais indifférentes pour leurs congénères; elles s'attirent ou se repoussent; elles s'adorent ou se détestent.
Lorsque dans un service d'hôpital, au moment de la visite, il se déclare une crise d'hystérie, des quatre coins de la salle vous voyez accourir cinq ou six malades, toujours les mêmes, qui s'empressent autour de la patiente ; ce sont les hystériques du service, qui ne sauraient laisser passer un accès sans s'en être mêlées ; et tandis que les autres malades de la salle manifestent de l'indifférence ou de l'ennui, les hystériques suivent avec un intérêt palpitant tous les détails de la crise, quitte à donner elles-mêmes, un instant après, le spectacle d'une attaque.
Il est fort naturel de supposer que cet empressement part d'un bon naturel, mais au fond il n'en est rien : il s'agit d'un mouvement de curiosité ou plutôt de l'attrait que ces
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malades exercent les unes sur les autres, car au fond rien n'est plus égoïste que le caractère d'une hystérique ; constamment occupée à se plaindre, toujours disposée à gémir sur son propre sort, elle semble convaincue que tout dans l'univers doit converger vers elle.
Ajoutons enfin que rien n'est plus frappant chez ces ma- " lades que la rapidité, la soudaineté des impulsions et des actes. La cause la plus futile, la moindre contrariété, les refus opposés à un caprice passager, quelquefois des motifs plus frivoles encore, provoquent des explosions subites de colère souvent portées jusqu'à la fureur et accompagnées de violence. Il semblerait, pour parler le langage de certains métaphysiciens, que la sensation se transforme brusquement en idée, et l'idée en acte. C'est un réflexe, mais un réflexe moral.
Tous ces désordres de l'esprit peuvent se résumer en un seul mot : faiblesse. C'est, en effet, l'affaiblissement de la volonté qui est la clef de ces phénomènes singuliers ; avec une ferme volonté, on résiste à ces impulsions. L'hystérique n'y résiste pas, et c'est le secret de son extrême mobilité.
Mais, nous dira-t-on, le caractère hystérique, tel que vous le décrivez, n'est que l'exagération du tempérament féminin. Chez la femme à l'état normal nous retrouvons, à un moindre degré, toutes les perturbations que vous venez de décrire.
Sans doute, il existe un rapprochement qui s'impose entre le caractère hystérique et le tempérament féminin. Mais notons en passant que, dans les cas assez rares d'hystérie chez l'homme, ces troubles moraux sont encore plus accentués s'il est possible, ce qui prouve bien qu'il s'agit là d'une perturbation intimement liée à la maladie et totalement indépendante du sexe de l'individu. Mais il est un fait
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plus grave qui constitue au profit de l'hystérie un trouble psychologique vraiment caractéristique. Nous voulons parler de ce goût inné pour la tromperie qui dépasse la portée ordinaire de la duplicité et du mensonge. Pour ce qui touche aux symptômes de leur maladie, aux excentricités qui peuvent la caractériser, les malades, on le sait, sont toujours portées à l'exagération. Rien de plus dangereux, au point de vue scientifique, que de prendre pour des faits réels toutes les mystifications dont sont capables ces personnes, et c'est un écueil que n'ont point toujours évité les observateurs les plus justement célèbres. Mon maître, M. Moreau (de Tours), m'a souvent raconté que, pendant les premiers temps dé son service à la Salpêtrière, il avait eu l'idée d'expérimenter les effets du haschisch sur les hystériques de son service, et qu'il avait obtenu les résultats les plus merveilleux. Mais tout à coup, saisi d'un scrupule bien légitime, il substitua des boulettes de mie de pain aux pilules qu'il avait précédemment administrées, et il eut la mortification de voir se reproduire les mêmes symptômes avec une intensité toujours croissante. C'est ainsi que les phénomènes les plus étranges observés chez ces malades peuvent n'être que le fruit d'une simulation plus ou moins habile.
Choisissons un fait entre mille. Une jeune hystérique, qui n'urinait presque pas, vomissait de temps en temps des flots d'un liquide qui présentait tous les caractères physiques et chimiques delà sécrétion urinaire. On était arrivé à croire à un véritable transfert de la sécrétion rénale sur les parois de l'estomac, lorsqu'une surveillance plus attentive fit découvrir la ruse de la malade ; elle avalait ses urines presque immédiatement après les avoir rendues. Que penser après de telles désillusions des faits merveilleux dont
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nous entretiennent certains médecins voués par profession au culte de l'hystérie ?
La même duplicité qui s'observe chez ces malades se rencontre dans les rapports ordinaires de la vie, en dehors de toute question relative aux symptômes de leur mal. Ce sont des accusations mensongères contre leur entourage ; ce sont des récits absolument imaginaires, mais assez bien construits pour paraître plausibles au premier abord. Enfin, comme l'a si bien fait observer, dans une occasion récente, M. le professeur Lasègue, il est des hystériques chez qui le besoin de tromper s'exalte jusqu'au délire. Elles mentent absolument pour le plaisir de mentir.
Un autre penchant qu'on reproche assez volontiers aux hystériques, c'est l'érotisme, soit au point de vue sensuel, soit'au point de vue moral. Les anciens ont beaucoup exagéré l'intensité de cette tendance, qui, pour le vulgaire, est devenue synonyme du mot hystérie ; les modernes, et surtout M. Moreau (de Tours), ont montré combien cette imputation formulée d'une manière aussi absolue était mal fondée.
Il est incontestable que chez beaucoup d'hystériques il existe une aversion absolue pour les rapports sexuels ; chez d'autres il existe une sorte d'érotomanie platonique s'appuyant plutôt sur l'imagination que sur les sens, et qui les prédispose à devenir amoureuses des hommes qui les entourent. Enfin, chez quelques-unes d'entre elles, on rencontre une véritable excitation sexuelle ; mais c'est là bien plutôt l'exception que la règle. Ce qu'il faut surtout retenir ici c'est, comme nous l'avons déjà fait remarquer, l'extrême faiblesse de la volonté qui les livre sans défense à toutes les irrégularités du caprice. A l'état normal, quand la passion parle, la pudeur, l'éducation, les principes four-