ÉTAT MENTAL DES HYSTÉRIQUES
nissent un point d'appui utile à la résistance. Chez les hystériques, il n'en est rien. Dénuées de tout ressort, elles succombent à la première impulsion des sens.
Au reste, presque toutes les malades de cette espèce sont vaniteuses et coquettes, préoccupées de leur personne et désirant toujours attirer l'attention. C'est là une tendance qui peut souvent se confondre en apparence avec l'érotisme et qui peut, dans une certaine mesure, en imposer à des observateurs peu habitués aux distinctions délicates et quelquefois subtiles de la psychologie morbide.
Les facultés intellectuelles sont conservées en apparence chez les hystériques, mais elles sont affaiblies en réalité. Souvent il arrive que leur conversation, pleine d'abandon et remplie d'un certain charme, les fait passer pour spirituelles et laisse supposer une certaine exaltation de l'intelligence; mais si nous allons au fond des choses, nous constatons un affaiblissement de la mémoire qui peut aller très loin, une frivolité extrême qui porte ces malades à s'intéresser aux plus petits sujets et à négliger les affaires les plus importantes ; enfin et surtout, un manque d'attention qui les empêche de suivre un raisonnement, de résoudre une difjQculté et de s'attacher à un travail quelconque. Ce vice capital est la marqua évidente d'une déchéance intellectuelle et d'un amoindrissement des forces vives de l'esprii.
Tous les accidents que nous venons de signaler redoublent d'intensité aux époques menstruelles, et c'est surtout alors qu'on voit apparaître le caractère hystérique sous ses véritables couleurs.
Toutes les perturbations psychologiques dont nous venons de parler restent en-deçà de la frontière qui sépare la raison
du délire. C'est avec les impulsions irrésistibles que la véritable folie apparaît tout d'abord.
Les hystériques ont un penchant prononcé au suicide. Tuke et Bucknill rapportent l'observation d'une jeune Anglaise qui s'est suicidée à l'âge de onze ans ; elle appartenait à une famille de trois sœurs, toutes hystériques, et qui toutes ont fini par le suicide. Cette prédisposition morbide se rencontre souvent chez tous les membres d'une même famille; mais, pour ne considérer que les cas individuels, presque toujours l'hystérie joue un rôle prépondérant chez les jeunes filles qui, pour les motifs souvent les plus futiles, mettent fin à leurs jours. Ce qui est plus fréquent encore, c'est la simulation du suicide ; c'est ici que se placent ces empoisonnements fictifs, oii le laudanum joue un si grand rôle, ces coups de pistolet qu'on se tire, mais en ayant soin de ne pas se toucher, et les autres tentatives avortées qui n'ont d'autre but que de faire plaindre la victime et d'attirer des désagréments à son mari ou à ses proches. Il ne faut cependant pas oublier que pour simuler le suicide, il faut être déjà sur la pente d'un état m^orbide qui peut conduire à des tentatives plus sérieuses et qui seront suivies d'effet. Ce n'est là, pour ainsi dire, que le premier anneau de la chaîne.
L'homicide est très rare chez les hystériques, mais il en existe quelques exemples bien avérés. M. Moreau rapporte l'observation d'une femme qui , saisie d'une impulsion subite, voulait étrangler une de ses compagnes, et qui était sur le point d'y réussir, lorsque subitement elle fut prise d'un violent accès d'hystérie qui termina la crise.
L'impulsion au vol est au contraire très fréquente. On voit en pareil cas des femmes du grand monde commettre des vols insiguifiants, sans aucune valeur, et se laisser sur-