‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 4)Chapitre 155 sur 278 · DES FOLIES SYMPATHIQUES. — DES FOLIES GÉNITALES · texte numérisé non relu

DES FOLIES SYMPATHIQUES. — DES FOLIES GÉNITALES

Sommaire. — Corrélation entre le fonctionnement intellectuel et l'état des divers organes. — Influence de la puberté. — Hébéphrénie. — Influence de l'onanisme et des pertes séminales. — Phénomènes intellectuels chez les masturbateurs. — Paresse. — Torpeur cérébrale. — Etat d'exaltation et de dépression. — Exaltation morbide du moi. — Démence.

Influence des excès vénériens. — Influence de la continence longtemps prolongée. — Influence des troubles de la menstruation. — Folie périodique. — Influence de la ménopause. — Influence des maladies utérines.

Folie puerpérale. — Quatre formes. — Folie puerpérale proprement dite. Manie puerpérale. ~- Mélancolie puerpérale, — Troubles physiques. — Folie de la grossesse. — Folie de l'accouchement. — Délire de la la lactation.— Anatomie pathologique. — Traitement. — Eliologie. — Hérédité.

La doctrine des sympathies est aussi ancienne que la médecine. Les liens intimes qui relient entre eux des viscères souvent fort éloignés et qui les rendent pour ainsi dire réciproquement solidaires, ont été connus et commentés depuis la plus haute antiquité; et, de nos jours, la théorie des actions réflexes est venue donner une explication plausible de ce qui n'était jusqu'alors qu'un fait d'observation.

Le chapitre des sympathies est donc l'un des plus importants en pathologie, et les maladies mentales ne font

point exception à cette règle. L'encéphale est de tous les organes celui que les liens les plus intimes unissent aux autres parties du corps. Aussi le travail de la pensée est-il constamment influencé par l'état de santé ou de maladie de nos viscères. L'influence du cerveau sur l'estomac et réciproquement de l'estomac sur le cerveau en ofTie ua exemple familier, et l'immortel ouvrage de Cabanis n'est, en réalité, qu'une longue paraphrase de cette donnée primitive; car, en parlant des rapports du physique et du moral, il entendait évidemment signaler les corrélations entre le fonctionnement intellectuel et le mouvement organique de la vie. Ainsi donc, la doctrine des folies sympathiques n'offre en principe aucune nouveauté. Nous trouvons dans les anciens auteurs de nombreuses observations qui se rapportent à l'influence qu'exercent les diverses maladies de nos organes sur les dérangements de l'esprit. Mais c'est seulement vers la première moitié de notre siècle, à l'occasion des débats soulevés par l'école psychologique allemande, que l'importance des folies sympathiques a été vraiment mise en lumière. Fortement préoccupés de la nécessité d'opposer des arguments positifs aux idées des spiritualistes qui refusaient au corps toute influence sur les maladies de l'esprit, les partisans de l'école somatique et surtout Jacobi et Schrôder van der Kolk ont cherché, dans les viscères, les lésions qui -leur faisaient défaut dans l'encéphale, et c'est ainsi que de longues et patientes recherches ont créé un trésor de faits qui ont été résumés dans l'excellente thèse de M. Ch. Loiseau.

Parmi les folies dites sympathiques, il en est qui, comme la folie cardiaque, paraissent influer principalement sur la sirculation de l'encéphale. Il en est d'autres qui, comme la folié des phthisiques, peuvent être rapportées à l'in-

fluence d'une diathèse; il en est d'autres enfin qui sont "visiblement la conséquence d'une action réflexe ou d'un rapport mystérieux entre les organes lésés et le centre intellectuel. Obligés de nous circonscrire dans d'étroites limites, nous avons choisi, comme type des folies sympathiques, celle qui se rapporte aux maladies des organes génitaux. Nulle part, en effet, on ne voit se manifester plus fortement l'action de la sympathie ; nulle part, on n'observe des corrélations aussi palpables et des résultats aussi con-^ cluants. Il n'existe nulle part, dans l'économie, une sympathie plus intime que celle qui relie aux centres nerveux les organes de la reproduction, et tel est leur empire sur les manifestations de la vie inteUectuelle qu'on pourrait, sous ce rapport, partager l'existence humaine en trois grandes époques : avant, pendant et après la période des fonctions génitales.

Dès le moment où les premiers indices des attributs sexuels se laissent deviner, un changement profond s'opère dans l'individu tout entier. La physionomie se transforme, la voix prend un timbre différent, les forces se développent et l'intelligence elle-même est entraînée dans le mouvement. L'enfant n'est plus, l'adolescent commence, et les idées, les penchants et les goûts subissent une métamorphose complète sous l'influence d'une véritable invasion de sentiments et d'instincts nouveaux. L'individu s'affirme et la notion du moi paraît dans toute son ampleur. Mais cette transformation radicale, loin de s'opérer toujours en silence et dans le calme d'une évolution régulière, donne souvent lieu à des orages violents. 11 est, en effet, deux types parmi les enfants qui arrivent à la puberté : les uns sont paisibles, et chez eux le changement s'opère sans secousse ; les autres sont agités ; ils ont des crises de tristesse

qui se manifestent par des pleurs, par de la mélancolie, par le tœdiitm vùœ, enfin par des impulsions au suicide. C'est parmi les individus de cette seconde espèce que se manifeste cette forme particulière de délire que les Allemands ont appelée hébéphrénie. Elle frappe surtout les prédisposés et plus spécialement les héréditaires, ou pour exprimer la même idée, sous une forme différente : les prédispositions latentes choisissent volontiers ce moment pour se manifester. Sa forme habituelle est la dépression, la lypémanie, accompagnée d'excentricités singulières; mais aussi l'on peut observer une forme différente, caractérisée par de l'excitation, par des idées vaniteuses, par le désir de plaire et surtout d'attirer l'attention, enfin par une loquacité intarissable.

Chez les jeunes filles, ce désordre moral se traduit par une coquetterie exagérée, par des rires et des pleurs sans motif, enfin par de l'hystérie.

Ces troubles intellectuels sont souvent transitoires, mais ils peuvent aboutir à une folie confirmée et conduire à la démence. Aussi, ild est ifficile de séparer l'action de la puberté de deux autres grandes causes, l'une pathologique, l'autre physiologique, qui jouent en psychiatrie un rôle immense : ce sont la masturbation et la menstruation.

L'influence de l'onanisme et des pertes séminales involontaires a été très exagérée autrefois par Tissot, par Lalleinand et par Lisle. La masturbation est une pratique qui remonte aux temps préhistoriques et qui a régné sous la tente des patriarches comme au sein des sociétés modernes. Elle est d'une fréquence extrême chez les deux sexes, mais elle paraît exercer une influence moins fâcheuse chez la femme, qui supporte aussi plus facilement que l'homme les excès vénériens.

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