‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 4)Chapitre 159 sur 278 · FOLIE UTÉRINE · texte numérisé non relu

FOLIE UTÉRINE

pies. Toutefois une polémique assez vive s'est engagée sur ce point.

11 n'est pas douteux que beaucoup de femmes aliénées ont des lésions utérines ou ovariennes. On constate chez elles des ulcérations et des granulations du col , de la leucorrhée, des déplacements, enfin le cancer. Reste à déterminer si la maladie utérine a précédé la folie ou s'est développée postérieurement aux troubles intellectuels. Il est universellement admis aujourd'hui que, dans certains cas, les affections utérines peuvent déterminer la rupture de l'équilibre intellectuel, et l'on a vu la guérison de l'affection locale faire disparaître les aberrations intellectuelles. On ne saurait donc aujourd'hui contester l'influence de cette cause ; il s'agit maintenant de ne point en exagérer la fréquence.

Chez l'homme, les maladies de la vessie, et plus rarement celles des organes génitaux, peuvent déterminer la folie, et l'on cite un cas de guérison obtenu par l'uréthrotomie chez un malade atteint d'un rétrécissement ancien. Mais il est incontestableque, dans le sexe masculin, les affections locales des organes génitaux ont une influence infiniment moins grande sur les troubles de l'esprit que chez la femme.

Il nous reste à vous parler de la plus importante de toutes les folies génitales, je veux parler de celle qui résulte de la grossesse, de la parturition et de l'allaitement.

Cette maladie mérite toute votre attention, tant par sa fréquence, sa gravité, et la nature de ses symptômes, que par la perturbation qu'elle jette si souvent dans les ménages, dans les moments les plus critiques de la vie de

famille. C'est donc une des questions qui intéressent le plus directement le praticien.

Permettez-moi d'abord, Messieurs, de vous exposer quelques considérations préliminaires qui sont indispensables à rintelligence du sujet.

La folie puerpérale, qui, pendant longtemps, a été considérée comme un état vague, mal défini, sans limites précises, n'a été bien étudiée pour la première fois que par Esquirol. C'est à lui qu'on en doit la création. Cette maladie, envisagée au point de vue psychologique, ne présente aucune uniformité. On y voit régner les états psychiques les plus divers ; tantôt c'est la manie qui prédomine, tantôt la mélancolie ; la stupeur se rencontre très souvent, ainsi que les délires partiels et les monomanies impulsives. Il est donc inutile, ou pour mieux dire impossible, d'établir une division fondée sur la forme du délire.

Mais il est une autre division qui s'impose naturellement. L'état puerpéral amène dans l'organisation de la femme des modifications profondes et durables ; celle qui a enfanté une 'fois est bien différente de celle qui est restée stérile. Or, le cerveau participe à ces perturbations qui se* manifestent dans toute l'économie, et nous savons tous combien la femme, pendant la grossesse, est irritable, difficile à vivre, sujette à des envies, qui constituent un véritable délire.

La durée de ces phénomènes se divise en quatre périodes, dont chacune peut présenter des troubles intellectuels différents. Il y a donc quatre formes de folie puerpérale : i" la folie de la grossesse, 2° la folie de l'accouchement, qui a lieu pendant le travail même, 3° la folie puerpérale, proprement dite, qui se manifeste après la naissance de l'en-

Page 1