FOLIE MENSTRUELLE
Esquirol et Brierre de Boismont en ont rapporté de curieux exemples. L'aliénation mentale prend surtout alors la forme de la manie. Quelquefois aussi on observe la mélancolie, l'obtusion des facultés et la demi-stupeur.
Le retour des règles peut souvent amener la guérison, et l'un des cas les plus remarquables en ce genre est celui que rapporte Esquirol, où le retour des fonctions menstruelles détermina une guérison immédiate après des accès bien caractérisés de folie.
Mais j'arrive à un fait plus curieux encore : il existe, chez certaines femmes, une folie périodique qui se reproduit à chaque époque menstruelle. Nous savons qu'à l'élat physiologique il existe des troubles moraux dont la fréquence est tellement grande qu'ils attirent à peine l'attention. La plupart des femmes sont irritables et difficiles à vivre aux approches de l'époque menstruelle. Elles subissent plus facilement l'influence des moindres émotions ; elles sont enfin plus vulnérables qu'à l'état normal ; plusieurs d'entre eUes éprouvent un malaise profond, des congestions et de la céphalalgie.
Franchissant enfin les limites extrêmes de l'état physiologique, certaines femmes deviennent absolument aliénées à l'époque des règles, pour reprendre leur raison immédiatement après. Nous en rapporterons, d'après Hitzig (1), un cas extrêmement remarquable : une mère avait tué son enfant, en le jetant à l'eau. Elle fut arrêtée et mise en jugement, sous l'inculpation de meurtre. Pour se défendre, elle prétendit qu'à l'époque de ses règles, elle éprouvait toujours un malaise extrême de corps et d'esprit, et c'était sous l'influence de cet état pathologique qu'elle avait commis son
(l) Arch, fiXr Psychiatrie, de Westphal, t. VIII, p. 63.
crime. Comme elle paraissait absolument saine d'esprit, elle fut renvoyée en prison , pour y être soumise à une observation rigoureuse. On put alors constater qu'à chaque époque menstruelle, elle subissait en effet une crise d'aliénation mentale. En conséquence, elle obtint un verdict d'acquittement.
La forme la plus commune du délire, en pareil cas, est la manie aiguë ; mais on observe quelquefois la mélancolie accompagnée d'hallucinations. Chez certaines malades, les idées religieuses prédominent; chez d'autres, c'est la démonomanie qui occupe la scène. Enfin, il est des femmes qui, à chaque apparition des règles, ont un accès de nymphomanie.
Malgré sa gravité incontestable, cette folie périodique peut guérir. La grossesse exerce à cet égard une heureuse influence. Enfin, on voit quelquefois les accès périodiques disparaître à l'âge critique.
Et cependant la ménopause est une des causes les plus importantes de la folie chez la femme. Non seulement on voit l'aliénation mentale se développer avec toutes ses formes diverses, à cette époque de la vie, mais encore il existe incontestablement, chez la plupart des femmes parvenues à cet âge, un caractère irascible, difficile et fantasque. C'est là, très certainement, l'une des causes de la mauvaise réputation dont jouissent les belles-mères ; car, de 43 à oO ans, beaucoup de femmes, sans être positivement aliénées, ont un caractère insupportable.
Les maladies utérines ont été depuis longtemps rangées parmi les causes habituelles de la folie. Pinel, Esquirol, Nasse, Jacobi, Guislain, et parmi les contemporains, MM. Azam et Bazin, en ont rapporté de nombreux exem-