DÉLIRE DE LA LACTATION. S
bunaux, l'expert doit-il toujours rechercher quel était l'état mental de la malade avant le crime, quelles étaient les conditions dans lesquelles elle était placée, et comment l'acte a été commis. On sait, en effet, que dans les circonstances de l'infanticide, on peut saisir quelquefois des preuves manifestes d'aliénation mentale. Ainsi, une femme étrangle son enfant et ne prend pas la précaution de faire disparaître le lien dont elle s'est servie et qu'elle laisse autour du cou : preuve manifeste qu'elle ne raisonnait pas, au moment du crime.
En dernier lieu, j'arrive au délire de la lactation, qui se manifeste habituellement vers le deuxième ou troisième mois de l'allaitement. Il a pour causes principales l'anémie et l'affaiblissement de la nourrice et pour adjuvant la misère ; il revêt surtout le type mélancolique et présente un caractère plus grave et un pronostic moins favorable que celui de la folie puerpérale proprement dite.
Il me reste, messieurs, à vous dire quelques mots de la nature, du traitement et de l'étiologie de cette affection et c'est par là que je terrninerai.
L'anatomie pathologique n'a jamais donné ici que des renseignements contradictoires. Tantôt on a observé de la méningite avec suppuration, tantôt de la congestion, quelquefois on a rencontré diverses lésions des parties profondes de l'encéphale, souvent aussi il n'existait aucune altération appréciable. C'est qu'en effet les états morbides que provoque, du côté de l'encéphale, la puerpéralité, sont aussi nombreux que divers, et la folie puerpérale n'est une espèce morbide qu'au point de vue de son étiologie. C'est un tronc unique d'oij. partent des branches divergentes. Nous avons donc affaire, non pas à une maladie toujours la même, mais à une série de maladies diverses ; cela suffît
pour nous rendre sceptiques quant au traitenaent, et pourtant les médications qui ont été successivement proposées sont multiples.
Je commencerai par vous rappeler la saignée qui est restée en honneur dans l'aliénation mentale jusqu'à Pinel.
Je suis loin de dire que ses effets ont toujours été désastreux, mais ils l'ont été souvent, et bien des femmes ont versé dans la démence par l'usage intempestif des émissions sanguines ; je vous recommanderai donc la plus grande prudence dans son emploi. Je vous citerai le tartre stibié, donné par la méthode rasorienne. Les purgatifs légers seront donnés avec précaution, surtout quand il existe des phénomènes de gastricité; dans les cas d'insomnie et d'agitation, les narcotiques, les sédatifs et les bains seront employés avec utilité, ainsi que toute la série des bromures alcalins, qui joue un rôle si important dans le traitement des affections mentales. Il est aussi une méthode qui a réussi entre les mains de M. Baillarger : c'est la diète lactée. Enfin, messieurs, s'il est une précaution capitale jjue je doive souligner, c'est d'interdire une seconde grossesse à toute femme qui a été folle une première fois pendant l'état puerpéral.
Je terminerai par quelques considérations sur l'étiologie. Relativement au nombre des accouchées, la folie puerpérale n'est pas une maladie fréquente, surtout dans les hôpitaux ; il est naturel de penser, d'ailleurs, qu'un acte purement physiologique ne doit pas souvent troubler les facultés de l'esprit. Mais les cas de folie puerpérale sont assez nombreux par rapport aux autres causes d'aliénation mentale, puisque la proportion varie, selon les statistiques, de trois à sept pour cent." Ce chiffre est donc assez impor-