‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 4)Chapitre 163 sur 278 · ÉTIOLOGIE DE LA FOLIE PUERPÉRALE. S · texte numérisé non relu

ÉTIOLOGIE DE LA FOLIE PUERPÉRALE. S

tant pour mériter de la part des aliénistes une sérieuse attention.

Chez la même femme, le nombre des accouchements exerce-t-il une influence sur la folie? D'après Marcé, la prédisposition augmente avec le nombre des grossesses, tandis que les Allemands et les Anglais, au contraire, prétendent que les primipares sont plus souvent atteintes. Je crois qu'il est plus simple d'admettre qu'une femme qui, dans ses premières grossesses, a échappé à la maladie, a plus de chances d'immunité par la suite, et que la plus grave de toutes les prédispositions, ce sont les folies antérieures. Aussi, je vous le répète, dans l'intérêt de la mère, de la famille et de la postérité, devez-vous toujours conseiller à une femme qui a été folle à son premier enfant, d'éviter de devenir enceinte de nouveau.

Une cause que l'on ne doit pas oublier non plus, c'est l'aliénation mentale antérieure à l'accouchement. Bon nombre déjeunes filles ont été aliénées avant leur mariage à l'époque de la puberté ; celles-là sont éminemment exposées à tomber dans la folie puerpérale.

La suppression du lait et des lochies, autrefois considérée comme une des causes les plus efficaces des troubles intellectuels de la puerpéralité, est aujourd'hui regardée par la plupart des observateurs comme un symptôme et non comme une cause de la maladie. L'opinion des anciens me paraît cependant mériter encore quelque crédit, et s'il est rationnel d'admettre que l'excitation cérébrale fait taire les autres fonctions, il est très naturel,, par contre, de penser que la brusque suppression d'une fonction très importante amène des troubles sympathiques qui retentissent immédiatement sur le fonctionnement de l'intelligence.

Viennent ensuite les difficultés de l'accouchement, un travail laborieux, des douleurs atroces, des héraorrliagies abondantes qui sont autant de causes de la folie puerpérale.

Je passe sous silence un grand nombre de points que le temps ne me permet pas d'aborder. Mais il me reste une dernière cause à vous signaler, et c'est de beaucoup la plus importante de toutes; je veux parler de l'hérédité. Il est bien certain que la fille d'une mère atteinte de folie puerpérale est exposée à devenir fohe quand ce sera son tour d'être mère ; de même une femme qui possède dans sa famille des aliénés, des névropathes, des individus mal équilibrés au point de vue mental, a de grandes chances de perdre l'esprit à la suite d'un acccouchement.

Il résulte de ces considérations une règle de conduite qui s'impose au médecin, surtout à une époque où les avantages matériels font souvent oublier les principes qui doivent présider à la fondation d'une famille. En présence de ces tendances, il vous appartient de veiller aux véritables intérêts de la chose pubHque et d'interdire sévèrement le mariage aux filles qui ont, dans leurs antécédents, des taches soit personnelles, soit héréditaires, au point de vue mental. C'est un devoir souvent pénible à remplir, mais en l'accompUssant avec fermeté, vous aurez acquis des droits à la reconnaissance de la société.

Page 1