‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 4)Chapitre 164 sur 278 · VINGT-NEUVIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-NEUVIÈME LEÇON

DE L'ENCÉPHALOPATHIE SATURNINE.

Sommaire. — Caractères communs à tous les délires toxiques. — Forme transitoire et forme permanente. — Poisons agréables et poisons industriels. — Empoisonnement saturnin. — Formes de l'encéphalopathie saturnine. — Manie saturnine. — Ses trois aspects. — Forme maniaque aiguë. — Mode de début. — Troubles intellectuels. — Hallucinations de la vue. — Amnésie, — Durée. — Terminaisons. — Démence d'emblée. — Pseudo-paralysie générale saturnine, — Symptômes. — Terminaisons. — Forme convulsive ou épileptique. — Forme comateuse. — Forme mixte. — Forme apoplectique. — Rapports de ces formes avec l'albuminurie saturnine. — Lésions anatomiques de l'encéplialopathie saturnine. — Physiologie pathologique. — > Pronostic. — Traitement.

Messieurs,

Les folies toxiques sont, en pathologie mentale, une famille bien nettement définie. Il existe, en effet, un grand nombre de poisons qui, portant leur action nocive directement sur les centres nerveux, déterminent une déviation permanente ou passagère des facultés intellectuelles ; et quelle que soit la différence que l'on observe dans leur mode d'action, il est impossible de méconnaître les analogies profondes qui réunissent en une seule et même famille pathologique toutes les maladies mentales qui reconnaissent pour origine l'action d'une substance toxique sur l'encéphale.

Eq effet, tous les poisons qui troublent les fonctions cérébrales, — l'alcool, l'opium, le mercure, le sulfure de carbone, le plomb, — pour ne citer que ceux-là, exercent en même temps une action spéciale sur d'autres organes de l'économie. L'empoisonnement par le plomb, si nous le prenons pour exemple, nous en offre les preuves les plus manifestes; non seulement il agit sur l'encéphale et sur les nerfs périphériques, mais il porte aussi son action sur les muscles, sur les os, sur les articulations, sur le cœur et les vaisseaux, sur le tube digestif, sur le foie, sur les poumons et sur les reins; le sang lui-même en offre les marques, et les dégradations morbides nées sous son influence peuvent, dans une certaine mesure, se transmettre par voie d'hérédité. On né saurait marcher plus directement sur la trace des diathèses ni pour ainsi dire en emprunter plus complètement le masque.

C'est là un premier caractère qui relie entre elles toutes ces maladies artificielles engendrées par un agent toxique et qui simulent, pour ainsi dire, les diathèses. Mais ce qui nous touche pour ainsi dire de plus près, ce qui se rattache le plus directement à nos études psychologiques, c'est que les délires toxiques peuvent affecter deux formes essentiellement différentes : la forme transitoire et la forme permanente.

Souvent, sous l'influence d'un poison, le malade est pris d'un délire violent; c'est l'ivresse du plomb, de l'alcool, de l'opium. Mais, après cette première atteinte, l'orage se dissipe et les facultés reviennent à leur état normal. Supposons, au contraire, que l'action de la cause nuisible se prolonge pendant un temps assez long, et nous aurons alors des troubles permanents, signes d'une désorganisalion cérébrale presque fatalement mortelle. L'encéphale-

Page 1