‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 4)Chapitre 180 sur 278 · DIAGNOSTIC DE LA DIPSOMANIK · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC DE LA DIPSOMANIK

On observe alors, à un moment donné, des phénomènes étranges, bizarres, et lorsqu'enfin on est sur la piste de l'alcoolisme, c'est en surveillant de très près les sujets que l'on parvient quelquefois à surprendre leur secret.

Mais, dans les cas où la dipsomanie s'accuse ouvertement, il faut, avant tout, savoir la distinguer des excès qui marquent souvent le début de la folie et surtout de la paralysie générale. C'est la marche ultérieure de la maladie qui pourra, surtout ici, nous éclairer. Quant au diagnostic immédiat, il sera fondé sur les antécédents du malade, sur l'intermittence nettement accentuée des crises alcooliques,, enfin, sur les troubles physiques et psychiques qui se manifesteront de bonne heure chez un véritable aliéné. Le dipsomane, en effet, ne présente aucun délire en dehors de l'ivresse, qui résulte directement de ses excès, et une fois dégrisé, il est parfaitement raisonnable, et bien portant en général, sauf la dyspepsie qui est la conséquence immédiate de ses habitudes.

Enfin, il ne faut point confondre les dipsomanes avec les ivrognes de profession. Ceux-ci se livrent à la boisson toutes les fois qu'ils en trouvent l'occasion ; mais ils n'éprouvent point cet irrésistible besoin, fruit, le plus souvent, d'une prédisposition héréditaire qui tyrannise le sujet au point de lui faire perdre toute liberté morale, sans cependant agir sur les facultés du raisonnement et de l'intelligence.

Toutefois, nous admettons avec les Anglais que l'ivrognerie finit par créer ce besoin impulsif, et nous dirions volontiers que l'un des plus grands dangers qui menacent l'ivrogne, c'est de devenir dipsomane.

Le pronostic de la dipsomanie est absolument désespéré, surtout lorsqu'il s'agit du vice héréditaire et spontané, et non d'une habitude acquise. Jamais ces malades ne guéris-

sent, et cependant les moyens de traitement sont aussi variés que nombreux.

Il faut d'abord s'attaquer à la dyspepsie, conséquence habituelle des excès alcooliques, d'autant plus que, selon les Anglais, certaines formes de dyspepsie sont une prédisposition des plus puissantes à la dipsomanie. On prescrira le nitrate d'argent, les révulsifs, les toniques amers, enfin un régime approprié.

Les amers ont été préconisés aussi comme agissant directement contre la névrose. On prétend avoir obtenu de bons résultats de l'emploi delà strychnine et de la noix vomique. Quelquefois ropiimi a déterminé une amélioration momentanée. Enfin, l'hydrothérapie, nettement indiquée dans toutes les affections nerveuses, semble destinée à rendre ici des services réels.

Mais, de tous les moyens mis en usage, il n'en est qu'un seul dont l'efficacité soit absolument certaine, c'est l'isolement, c'est la séquestration. Privé de sa liberté, sevré des stimulants alcooliques dont il ne sait se passer, le malade revient à une raison parfaite et tourmente le médecin pour obtenir sa sortie. C'est alors qu'il faut s'armer de fermeté ; car, s'il est une chance de salut pour de tels malades, elle se trouve exclusivement dans une séquestration longtemps, je dirais presque indéfiniment prolongée.

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