‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 4)Chapitre 179 sur 278 · CAUSES DE LA DIPSOMANIE · texte numérisé non relu

CAUSES DE LA DIPSOMANIE

sont quelquefois atteintes d'une véritable fureur utérine pendant leur accès de dipsomanie.

On Yoit d'autres sujets présenter dans ces circonstances un penchant irrésistible au vol, au meurtre, à l'anthropophagie. Esquirol cite le cas d'une idiote qui, après des excès alcooliques, était atteinte de pyromanie. Mais ce qu'on observe le plus souvent, en pareil cas, c'est l'impulsion au suicide.

Voyons maintenant quelles sont les causes qui déterminent cette forme singulière de délire impulsif. 11 faut, en premier lieu, signaler l'hérédité comprise dans le sens le plus large. Il ne s'agit point seulement, en effet, de l'hérédité directe et similaire ; mais on peut rencontrer chez les ascendants d'un dipsomane toutes les variétés d'aliénation mentale et toutes les perturbations que peut nous offrir le vaste domaine des névropathies. La dipsomanie se présente alors sous la forme d'une névrose héréditaire, obéissant à la loi de transformation qui régit un si grand nombre de cas semblables, et qui modifie, chez les enfants, le type morbide dont leurs parents ont offert l'exemple.

Viennent ensuite l'alcoolisme et les abus habituels. Il s'agit ici de la dipsomanie acquise, forme acceptée par les auteurs anglais, et qui n'est point généralement admise par les observateurs français. Nous nous sommes expliqué déjà sur ce point. Nous croyons qu'il est, parmi les ivrognes de profession, des sujets qui conservent encore un certain degré de liberté et qui peuvent, par un effort de volonté, se soustraire à leurs habitudes, pourvu toutefois que les circonstances les favorisent. Il est évident qu'on ne doit point les confondre avec ceux qui subissent dans toute son étendue la tyrannie de l'habitude, et qui, sans être des dipsomanes spontanés, ont (îni par perdre leur liberté morale et par

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éprouver de temps en temps des besoins absolument irrésistibles qui rendent leur guéri son impossible.

Nous signalerons ensuite toutes les causes d'affaiblissement. L'état puerpéral, les hémorrhagies abondantes, les grands traumatismes, l'insolation (Browne), enfin les excès de travail, les chagrins, les anxiétés poignantes peuvent éveiller cette disposition morbide chez les sujets auparavant raisonnables et bien portants.

Chez les femmes, il faut tenir compte de tous les antécédents de h vie génitale ; la menstruation est souvent l'occasion de pareils désordres ; la ménopause, à son tour^ peut marquer le début de la dipsomanie ; on la voit se produire chez les nouvelles accouchées, chez les femmes en état de grossesse^ enfin pendant la lactation. Le goût très prononcé de la plupart des nourrices pour les boissons alcooliques n'est peut-être pas toujours une simple question de gourmandise.

Enfin, chez les deux se^es, les débuts de l'aliénation mentale sont souvent marqués par une crise de dipsomanie. Esquirol a rapporté l'histoire d'une dame atteinte de folie intermittente, et dont les accès étaient toujours précédés d'une période pendant laquelle elle manifestait un penchant irrésistible à l'ivrognerie. On sait que les débuts de la paralysie générale sont très souvent marqués par une tendance analogue.

Est-il difficile d'établir le diagnostic de la dipsomanie ? Il semble, au premier abord, que rien n'est plus facile que de reconnaître un penchant morbide qui vient, pour ainsi dire, se dénoncer lui-même; et pourtant, nous rencontrons ici comme ailleurs des difficultés très réelles.

Sachons d'abord le reconnaître, il est des dipsomanes qui cachent si bien leur penchant qu'ils parviennent à endormir tous les soupçons.

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