DÉFINITION DU CRÉTINISME
côtés, en diffère cependant par des caractères essentiels que nous aurons tout à l'heure à vous signaler. Il s'agit, vous le savez déjà, du crétînisme.
Voyons tout d'abord comment on doit envisager cette condition particulière; nous en étudierons ensuite les causes, la prophylaxie et le traitement.
La définition du crétin comprend deux caractères indispensables : il existe, en effet, dans cette anomalie, un côté physique et un côté moral.
Cette manière de voir n'a pas été toujours admise. Pour Fodéré, il n'existait point de différence essentielle entre l'idiotie etlecrétinisme, et pour beaucoup de pathologistes, le goitre surajouté à la nulhté de l'intelligence suffirait pour caractériser cette dégénérescence. Ils auraient dit volontiers : «Est crétin tout idiot pourvu d'un goitre. » C'est là une erreur profonde, car s'il existe des rapports intimes entre le goitre et le crétinisme, il est aujourd'hui bien démontré que les vrais crétins ne sont point goitreux ou ne présentent qu'à un très léger degré cette infirmité.
Mais, sans anticiper sur cette partie du sujet, nous allons étudier le type physique et moral que nous présentent ces êtres dégradés. A l'exemple de la commission sarde, nous admettons qu'il existe trois degrés, désignés sous les noms de crétin, demi-crétin et crétineiix. Occupons-nous tout d'abord des crétins complets, offrant le véritable type de la dégénérescence.
Dès leur naissance , les petits crétins présentent des indices qui peuvent faire soupçonner l'avenir qui les attend. Ils présentent une tête volumineuse ; le front est déprimé en arrière; l'occipital vient à sa rencontre, ce qui donne à l'ensemble du crâne une forme pointue.
La face est œdémateuse; le regard est sans expression
et cette lumière qui vient éclairer bientôt la physionomie des petits enfants ne viendra jamais animer leur visage. La face présente déjà les traits qui la caractériseront plus tard : le nez est épaté ; la langue déborde les lèvres, qui sont épaisses et charnues ; le col est gros et court, et cependant l'enfant tient mal sa tête, qui ballotte de tous côtés. Souvent enfin on constate une légère hypertrophie du corps thyroïde.
Les caractères fonctionnels viennent confirmer les inductions tirées des signes physiques. Le petit crétin tette avec difficulté ; il ne sourit jamais; il ne reconnaît point les personnes qui l'entourent, pas même sa nourrice ; il ne donne jamais enfin aucune preuve d'affection ou d'intelligence, et pour compléter le tableau, il demeure dans un état de somnolence presque continuelle.
A mesure que l'enfant grandit, on constate que, malgré son appétit vorace, il se développe très lentement. La dentition, par exemple, est tardive, incomplète, irrégulière; les dents sont noires, mal plantées sujettes à la carie, et, presque toujours, en nombre inférieur au chiffre normal. La seconde dentition, chez plusieurs de ces sujets, ne se fait jamais, ou du moins ne se montre que très incomplètement.
L'enfant marche très tard ; ce n'est qu'à sept ou huit ans qu'il peut se tenir sur ses jambes ; il est toujours très maladroit et sait à peine se servir de ses mains; sa taille ne se développe pas; ilreste toujours très petit et ne mesure à l'âge adulte que quelques centimètres au-delà d'un mètre. A vingt ans, le sujet a les apparences d'un enfant, et, par contre, dès les premières années de la vie, il ressemble à un vieillard. C'est, en effet, un petit vieux ridé, au teint blafard, aux yeux éteints, et plongé dans cette profonde indif-