LOI DE
les vues de Pinel, et dont Ferrus a posé les bases fondamentales. C'est grâce à son influence que le mot aliéné^ introduit dans la science par Pinel, a pénétré pour la première fois dans la loi; et ce n'est point une vaine question de mots, car l'adoption officielle de ce terme marque un changement radical dans l'esprit même de la législation. A partir de ce moment, le fou est déflnitivement classé au rang des malades et devient essentiellement tributaire de la médecine; aussi, le point principal, l'innovation capitale de la loi de 1838, c'est la création d'asiles publics d'aliénés, placés dans chaque département sous la direction de l'autorité publique. Il faut, disait-on a\ec toute justice, il faut d'abord s'occuper des pauvres, les riches trouveront toujours des soins empressés.
Il est si difficile, messieurs, de reconnaître que l'on n'a pas toujours possédé les biens dont on a l'habitude de jouir, qu'il nous semble impossible d'admettre que ces asiles, dont l'existence est une nécessité sociale, n'aient point toujours existé. Ils sont venus combler cette lacune, dont je vous ai parlé, et lutter avec un succès toujours croissant contre les congrégations religieuses, dont l'influence a toujours reculé depuis cette époque et dont le rôle paraît aujourd'hui terminé.
S'il n'a pas été possible de donner jsatisfaction complète à tous les besoins, le droit des aliénés à la protection officielle a été du moins reconnu, et nous voyons apparaître enfin dans la loi une idée essentiellement médicale, celle du traitement.
Ainsi donc, par une série de motifs divers et convergents, on conclut à la séquestration de l'aliéné. Deux grandes raisons militent surtout en faveur de cette mesure : il faut d'abord que l'aliéné soit traité, car il est susceptible de
8o4 l'aliéné devant la société
guérir; il faut ensuite qu'il soit enfermé, car sans cela ses extravagances le conduiraient presque fatalement en prison. La maison de santé suppose nécessairement à un degré quelconque la coercition. Placez un aliéné dans une maison ouverte, dans l'immense majorité des cas il n'y restera point. Aussi, comme le dit spirituellement M. le professeur Lasègue, le fonctionnaire le plus important d'un asile d'aliénés, c'est le concierge.
Je sais parfaitement que des principes fort différents tendent à prévaloir à l'étranger, et surtout en Angleterre. On préconise le système des asiles à portes ouvertes, oiî tout le monde peut entrer et sortir à son gré ; mais un pareil système serait inapplicable en France, et rien ne démontre qu'il soit pleinement justifié chez nos voisins. Car il ne faut point prendre au sérieux la boutade fort originale d'un auteur écossais qui, faisant l'éloge des asiles à portes ouvertes, déclare avec un imperturbable sérieux que si l'adoption de ce système entraînait par hasard quelques assassinats, il ne faudrait point y voir un argument contre le principe.
Il faut donc, dans l'intérêt public, que l'aliéné soit privé de sa liberté, et, dans l'immense majorité des cas, cette privation soulève de sa part des réclamations incessantes.
Sans doute il est des malades qui viennent d'eux-mêmes solliciter leur placement ; tourmentés par l'approche d'une crise, ils sentent venir le mal et vont d'eux-mêmes chercher un refuge. La sœur d'un illustre écrivain anglais, Mary Lamb, qui dans un accès de folie furieuse avait eu le malheur d'assassiner sa mère, ne manquait jamais, lorsqu'elle sentait approcher une crise, de se faire conduire dans un asile d'aliénés ; et il n'est pas un spécialiste qui,