‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 4)Chapitre 38 sur 278 · HALLUCINATIONS DE PLUSIEURS SENS RÉUNIS · texte numérisé non relu

HALLUCINATIONS DE PLUSIEURS SENS RÉUNIS

apparitions qui adressent la parole aux malades tiennent presque toujours un langage approprié à leur caractère : les anges, les démons, les esprits des morts se renferment plus ou moins exactement dans leur rôle.

Toutefois, comme le fait observer M. Baillarger (1), chez la plupart des malades les hallucinations d'un sens prédominent à tel point, que les autres sont rejetés sur le second plan. C'est ce qui a lieu surtout dans les maladies aiguës, où les hallucinations complexes sont beaucoup plus fréquentes que dans les affections chroniques. Au reste, chez beaucoup d'aliénés les fausses perceptions n'affectent d'abord que la vue ou l'ouïe ; et c'est à mesure que l'état général s'aggrave en se prolongeant que de nouvelles hallucinations viennent se joindre à celles qui existaient déjà.

Nous empruntons à Forbes Winslow (2), en l'abrégeant considérablement, une intéressante observation qui, par la marche progressive des accidents et leur évolution régulière, vient à l'appui des considérations que nous venons d'exposer.

11 s'agit d'une jeune fille de dix-neuf ans qui, depuis plusieurs années, était atteinte d'hallucinations très variées, dont elle a tracé elle-même le récit. C'est à l'âge de quinze ans qu'elle éprouva pour la première fois une illusion de la vue. Elle se disposait à se rendre à un bal et s'occupait des soins de sa toilette, lorsque tout à coup, en jetant un regard dans la glace, elle vit apparaître derrière sa propre image la tête d'un homme à cheveux gris. Malgré sa frayeur, elle eut assez de présence d'esprit pour détourner les yeux et chercher à se distraire en continuant à s'oc-

(1) Mémoire cité, p. 357.

(2) On Obscure Diseuses of the Brain, etc. London, Churchill, 1860, p. 239.

CLiper, mais, chaque fois qu'elle se regardait de nouveau dans la glace, elle voyait reparaître la même figure. Quelques jours plus tard, elle apprit que son oncle venait de mourir, A partir de cette époque, elle eut une tendance à croire que la mort de ses proches lui était annoncée par des visions surnaturelles. D'autres événements vinrent l'affermir dans cette conviction. Quelques mois après le décès de son oncle, elle fut présentée au frère d'une de ses amies. M. B..., qui se disposait à partir pour les Indes orientales ; c'était un superbe jeune homme de vingt ans, dont la belle figure, encadrée d'une chevelure abondante et frisée, fit une vive impression sur elle. Le 8 novembre suivant, en se réveillant le matin de bonne heure, elle vit M. B... debout au pied de son lit, penché sur elle et le regard plongé dans ses yeux. Elle s'assit sur son lit, et l'apparition se redressa d'abord, puis recula peu à peu et finit par disparaître entièrement. Pendant tout le reste de la journée, elle entendit une main invisible frapper des coups secs contre le mur. Elle fut convaincue, à partir de ce jour, que M. B... était mort; elle fit part de cette triste nouvelle à la famille, qui se moqua de sa crédulité. Peu de temps après, on apprit que M. B... avait succombé, le 8 novembre, aune fièvre typhoïde (1). L'année suivante, au même anniversaire, elle vit reparaître la figure de son jeune ami. Quelques années s'étaient écoulées, lorsque de nouvelles visions lui annoncèrent la mort de son père et de sa sœur. Un soir, toute la

(1) 11 ne faut pas oublier que cette observation a été rédigée par la malade elle-même, qui écrivait évidemment sous l'empire de ses conceptions délirantes : c'est ce qui explique le côté merveilleux de l'histoire. Sous sa plume, la coïncidence d'un événement malheureux avec Tune des hallucinations qui l'obsédaient sans cesse, prend immédiatement les proportions d'un fait surnaturel.

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