‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 4)Chapitre 39 sur 278 · HALLUCINATIONS DE PLUSIEURS SENS RÉUNIS · texte numérisé non relu

HALLUCINATIONS DE PLUSIEURS SENS RÉUNIS

famille était réunie autour d'une table sur laquelle brûlaient deux lampes allumées. En levant les yeux sur son père, elle vit une femme inconnue, en habits de deuil, se tenir debout derrière lui. Quelques jours plus tard, en se regardant dans la glace, elle vit la ligure de sa jeune sœur qui devait bientôt mourir; en même temps, elle entendit tomber un grand nombre de pièces d'argent sur le plancher de la chambre. La veille du jour oij son père tomba malade, elle lisait tranquillement, à neuf heures du soir, auprès de sa mère qui venait de s'endormir ; tout à coup elle entendit tambouriner sur la table; en levant les yeux, elle aperçut un homme vêtu de noir, assis devant elle ; il disparut au bout de quelques secondes. EnOn, huit jours avant la mort de son père, elle reposait tranquillement sur son lit, sans être endormie, lorsque tout à coup, à sa grande frayeur, elle sentit une main glacée s'appesantir sur elle et lui serrer le cou. Depuis cette époque, de nombreuses apparitions du même genre lui ont annoncé la mort prochaine de divers membres de sa famille. 11 lui arrive souvent, d'ailleurs, de revoir ses amis décédés, et quelquefois de les entendre.

Dans cette curieuse observation, nous voyons les hallucinations croître et se développer parallèlement aux convictions délirantes. Les troubles de la vue se montrent les premiers et conservent toujours la prédominance ; mais bientôt, à mesure que la malade acquiert la conviction de plus en plus ferme qu'elle est en communication avec le monde des esprits, aux hallucinations de la vue se joignent celles de l'ouïe, puis celles du toucher. Il est évident que la gravité toujours croissante de l'état mental était en rapport direct avec le nombre, l'intensité et la multiplicité des hallucinations. En se plaçant à ce point de vue, l'obsur"

vation que nous venons de rapporter peut servir de type; mais la marche des symptômes est loin d'être aussi régulière dans tous les cas d'hallucinations complexes, surtout lorsqu'elles se développent dans le cours d'une maladie aiguë. Hallucinations psychiques. — Il est des malades chez qui les fausses impressions ne semblent dépendre en aucune manière des perceptions sensorielles ; ce sont des pensées qui prennent la forme d'une conversation tout intérieure, des idées qui se transmettent d'âme à âme sans le secours de la parole, des dialogues muets avec des interlocuteurs invisibles ; ces phénomènes, dans lesquels l'intervention des sens ne paraît jouer aucun rôle, ont été décrits par M, Baillarger sous le nom à' hallucinations psychiques. On trouve une description souvent très complète de ce phénomène dans les écrits des auteurs mystiques ; et dans la plupart des cas, c'est au sens de l'ouïe que s'adressent ces perceptions intimes : ce sont des discours pensés par le malade. Toutefois, la vue et les autres sens peuvent y prendre part. Nous avons vu dernièrement dans le service de M. le docteur Bouchereau, à Sainte-Anne, une jeune femme qui présente au degré le plus élevé cette disposition morbide, et qui exprime dans un langage souvent très élevé les phénomènes qu'elle éprouve. Ainsi, pour le sens de la vue : « Les rayons de lumière, » dit-eUe, « sont des paroles, qui m'apportent des pensées. » Pour le sens de l'odorat : « Le parfum des violettes se glisse dans mon corsage et parvient à mon esprit. » Ajoutons que cette malade, employée chez un pharmacien pour écrire les étiquettes des médicaments, a souvent commis des erreurs dues aux suggestions de ses voix intérieures : « Heureusement » ajoute-t-elle, «que je n'ai envoyé personne dans le royaume des oublis. »

Page 1