‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 4)Chapitre 53 sur 278 · TROUBLES DE LA MÛTILITÉ · texte numérisé non relu

TROUBLES DE LA MÛTILITÉ

culaire. Chez beaucoup d'aliénés il existe une sensibilité musculaire exagérée ; ils ont des inquiétudes dans les membres ; il leur est impossible de garder une position quelconque. Ils ont un besoin perpétuel de mouvement. Poussez l'exagération de ce phénomène jusqu'à ses dernières limites, et vous aurez l'explication naturelle de l'incroyable agitation que présentent certains maniaques qui sont la vivante image du mouvement perpétuel. C'est encore par suite d'une perversion du sens musculaire que certains agités se ruent contre tous les obstacles pour les renverser. Mais nous empiétons ici sur le domaine des troubles delà motilité, qui doivent maintenant nous occuper.

Messieurs, rien n'est plus difficile, dans une esquisse générale, que de faire la part exacte des troubles de la motilité qui relèvent de l'aliénation mentale proprement dite. D'une part les fous sont sujets, comme les autres malades, et plus peut-être que les autres, aux paralysies, aux hémiplégies, aux contractures. D'une autre part, il existe des troubles moteurs parfaitement caractérisés et se rapportant très nettement à certaines maladies mentales qui ne sau' raient trouver leur place ici, puisqu'il s'agit des vésaniques seulement. Réduite à ces proportions et renfermée dans ces limites, la question ne saurait être traitée qu'à un point de vue très-général. C'est dans ce sens que nous allons l'aborder, et nous chercherons à vous présenter un programme qu'il vous sera facile de remplir vous-mêmes quand vous aborderez l'étude des détails.

La sensibilité musculaire subit chez les vésaniques des modifications extrêmement remarqual)les. Ciicz beaucoup de fous, le sentiment de la fatigue paraît complètement aboli. Une agitation violente, qui se prolonge pendant des heures et des journées entières, les entraîne à des efforts

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musculaires sans cesse renouvelés sans trêve ni repos ; ou bien, sous l'empire d'une préoccupation morbide, ils prennent une attitude plus ou moins pénible qu'ils maintiennent indéfiniment par un simple effort de la volonté. Ce sont des cataleptiques sans catalepsie, car ils n'ont même pas pour excuse de leur immobilité cet état cérébral particulier dans lequel la conscience est abolie. Tels sont, pour n'en citer qu'un exemple, ces malades qui, couchés horizontalement sur le dos, maintiennent indéfiniment la tête demi-fléchie sur le tronc dans l'attitude la plus incommode qui sepuisse imaginer et ne consentent jamais à reposer sur leurs oreillers.

Un degré plus élevé, s'il est possible, de ces troubles sensitivo-moteurs, nous est offert par les hallucinations musculaires dont certains aliénés sont le jouet. Tel qui s'imagine que les diverses parties de son corps s'échappent et s'en vont au loin s'épuise en vains efforts pour retenir ses pieds et ses mains prêts à s'envoler ; tel autre se croit enlevé tout entier et cherche à se cramponner aux objets voisins. A un degré moins prononcé, les malades éprouvent des secousses, des décharges électriques dans les muscles, qui sont évidemment en rapport avec une perturbation de la sensibilité de ces organes.

Mais les contractures et les paralysies jouent aussi un rôle des plus importants chez nos malades. Parmi les phénomènes de cet ordre qui se relient plus directement à l'aliénation mentale, nous citerons la contracture des muscles de la face qui imprime au masque une physionomie grimaçante. Nous citerons aussi les contractures viscérales parmi lesquelles la première place appartient peut-être à la dysphagie, soit occasionnée par un spasme œsophagien, soit localisée dans les muscles du pharynx. Notons enfin les

CONTRACTURES El PARALYSIES. 179

troubles de la motilité linguale, contracture ou glossoplégie, qu'il nous est si souvent donné d'observer.

Parmi les paralysies qui peuvent atteindre nos aliénés, il en est quelques-unes qui ont une signiflcation toute spéciale. On a signalé [Guislain) comme une marque de démence incurable la paralysie des muscles de la nuque, qui laisse tomber la tête sur la poitrine. On doit aussi remarquer la perturbation et l'affaiblissement de tous les mouvements coordonnés, phénomène qui se traduit bien souvent par une altération de l'écriture, et surtout par la perte de l'habileté manuelle. Enfin notons les altérations de la voix et surtout les perturbations de l'équilibre des muscles de l'œil qui aboutissent dans beaucoup de cas à un strabisme permanent, qui n'existait point avant l'explosion de la folie.

Nous ne croyons pas devoir poursuivre plus loin cette description générale. La question sera reprise et traitée dans tous ses détails quand nous aborderons l'étude des formes diverses de la folie et plus spécialement de la paralysie générale.

Passons maintenant aux altérations que subit la nutrition chez les aliénés.

La folie est pour les gens du monde une simple aberration intellectuelle; il en est tout autrement pour le médecin. Pour nous, la folie est une maladie àeVêtre tout entier. C'est une maladie qui, ainsi que toutes les autres, présente une période prodromique, une période d'état et une période de convalescence et de déclin. A chacun de ces divers états correspondent des troubles tropbiques très-variés.

Il est un moyen de diagnostic que je regrette de ne pas voir plus souvent usité en clinique, c'est l'emploi de la balance. Les pesées, pratiquées constamment en Allemagne

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chez tous les malades, ?ont un excellent moyen de se rendre compte des changements qui s'opèrent dans l'état général de l'économie. C'est par l'emploi de ce procédé que l'on est arrivé à démontrer un fait très-important.

A la période prodromiqiie, à l'époque oiî les troubles intellectuels sont encore absents, prenez un individu non encore aliéné, mais sur lechemin de l'aliénation mentale. Cethomme ne présente pas encore de conceptions délirantes ; cependant il va perdre une partie considérable de son poids, et cette déchéance, très-rapide chez les jeunes sujets, peut les amener en peu de temps à un état d'amaigrissement trèsprononcé, alors qu'ils n'ont pas encore présenté de troubles intellectuels évidents.

Mais la folie éclate avec tous ses caractères ; reste alors à suivre la marche de ses phénomènes. Nous savons que la maladie peut parcourir rapidement ses diverses périodes ; mais, devant vous retracer le tableau des troubles qui se présentent du côté delà nutrition chez les aliénés en général, je dois prendre pour type un de ces malades dont l'affection peut se prolonger pendant longtemps.

Dans la période d'invasion, le poids ne varie pas autant que dans la période prodromique; cependant les modifications qui se présentent sont toujours dans le sens de l'amoindrissement; mais ce que l'on constate surtout, ce sont des troubles trophiques variés, longtemps avant que l'on ait observé aucun symiitômc intellectuel. On peut noter des altérations profondes delanutrilion, de la gangrène, des ulcérations, ce que l'en a apjx'lé /c décubihis aigu. Cela se rencontre non-seulement dans la folie, mais dans un grand nombre de maladies des centres nei'veux. Ce sont tantôt des troubles de la circulation ; tantôt des modifications gé-

IKOUBLKS l»E ISUJKiriON. iS'l

nérales de la nutrition de l'individu, qui ne se traduisent que partiellement par la diminution du poids.

L'orage se calme, les accidents du début commencent à s'apaiser et l'on entre dans la période d'état. Ace moment, réconomie semble avoir pris son parti des pertesqui lui i:ont infligées. On a sacrifié l'intelligence, et l'on se remet à vivre à peu près comme auparavant ; alors les fonctions digestives reprennent leur état habituel et l'on peut avoir une certaine amélioration au point de vue de l'embonpoint.

Mais nous arrivons à la période terminale; la masse du corps se développe de nouveau, et c'est là souvent un symptôme déplorable. Un fou qui engraisse est un homme perdu, dans l'opinion des gens du monde.

Rien n'est plus vrai, mais le contraire l'est également ; ce n'est pas que je veuille ici rien emprunter à cette morale justement flétrie par les Provinciales^ et pour laquelle deux opinions contradictoires peuvent être également probables, à la condition d'avoir été soutenues l'une et l'autre par un docteur grave. Mais il est absolument nécessaire d'établir ici une distinction fondamentale. Nasse a eu le mérite de démontrer le premier l'importance de ce fait, que dans la convalescence de la folie il y a un rapide accroissement du poids du corps. Cet accroissement est marqué surtout chez lés jeunes gens et chez les femmes ; dans l'âge adulte, il est plus lent, dans la vieillesse, il est presque nul. Ce qui est surprenant, c'est le chiffre que cette augmentation de poids peut atteindre. J'ose à peine vous indiquer quelques données. On assure que, dans des cas favorables, cet accroissement peut aller jusqu'à 200 ou 300 grammes par jour. On assure, en outre, que, parvenu aux limites qu'il doit atteindre, il peut être de 30 ou 40 pour 100 du poids que l'individu présentait autrefois; il aurait même

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été de 100 pour 100. Ce sont là des faits singuliers, mais en même temps profondément significatifs.

Vous vous rappelez que Nasse a été en Allemagne le grand fondateur de l'école somatique, le précurseur &e Jacobi, l'adversaire de Heinrotli et de l'école psychologique. A coup sûr, dans une affection qui présente si peu de traces anatomiques, il devait être heureux de trouver un fait d'une telle importance.

11 n'est pas de guérison solide sans cette augmentation du poids du corps. On voit des malades éprouver une amélioration intellectuelle quelquefois très-notable et cependant ne point engraisser; mais, en général, dans ces cas, il faut se méfier des rechutes.

Si l'augmentation de l'embonpoint est un signe de démence incurable, et si, d'autre part, l'augmentation du poids du corps est un signe de guérison certaine, comment distinguer les cas favorables de ceux dans lesquels il faut porter un pronostic fâcheux? Gomment savoir, en somme, si l'engraissement est bon ou mauvais? Le critérium, en pareil cas, c'est l'état intellectuel. Chez un individu dont l'activité cérébrale s'engourdit, lorsqu'on voit augmenter le poids du corps, lorsqu'on voit les fonctions digestives reprendre leur activité, c'est alors qu'on peut dire : le fou qui engraisse est un homme perdu. On peut comparer ce qui se passe alors à ces modifications qui se produisent dans certaines maladies du système musculaire, et oii une hypertrophie considérable des muscles correspond à une diminution dans leur activité physiologique. Le malade, comme on l'a dit si justement, devient alors un tube digestif.

Mais il en est tout autrement d'un homme qui doit guérir ; l'esprit chez lui reprend son empire, l'expression de la

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